dimanche 21 avril 2019

La charité est-elle réellement charitable ?


Notre Dame de Vuitton (Mona Chollet)

Article écrit en février 2017

Sous Théodose, le christianisme devient en 392 la religion officielle de l’Empire romain et les chrétiens furent placés sous l’autorité de l’évêque de Rome, le pape. Ambroise de Milan (mort en 397) fixa l’attitude de l’Église en face de l’état, et substitue, dans son De Officiis ministrorum, les nouvelles vertus cardinales aux anciennes, la Charité remplaçant la Justice et la Foi, la Sagesse.[1] En devenant politique, la spiritualité devient religion et rend possible une civilisation, dans ce cas la civilisation chrétienne, où la foi et la charité deviennent les nouvelles valeurs phares.

Dans le christianisme devenu religion, la charité (donner à manger, donner à boire, accueillir les étrangers, donner des habits, visiter les malades et les prisonniers… Matthieu 25, 31-46) devient une volonté divine, car ceux qui ne pratiquent pas la charité, se trouveront le jour du jugement dernier à la gauche du Fils de l’homme, siégeant sur son trône de gloire, qui leur dira : « Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. »[2]

La charité n’est donc pas forcément le prolongement de l’empathie, de la compassion, et de la générosité, mais peut aussi faire suite à un commandement religieux, être le résultat de la peur, voire être un acte intéressé[3]. La charité religieuse a un caractère obligatoire : la charité juive (tsedaka), la charité chrétienne (caritas), la charité musulmane (zakat, le troisième des cinq piliers), la charité bouddhiste (dhāna)…

La charité ne peut exister que par la grâce des inégalités, naturelles et morales, et semble vouloir pallier à ces mêmes inégalités, mais sans chercher à les éliminer tout à fait. D’ailleurs, les religions n’ont pas véritablement de problème avec les inégalités et sont souvent créatrices de nouvelles inégalités morales (ordines, castes…). Pour le philosophe Rousseau, la propriété privée est la source de toutes les inégalités.[4] C’est le rôle de la justice, qu’Ambroise de Milan remplaça par la charité, de rééquilibrer et réparer les inégalités[5]. Logiquement, la justice – comme principe - doit tendre vers l’égalité, pour rétablir l’équilibre. Mais la justice humaine est rendue en fonction des lois qui protègent la propriété privée et maintiennent les inégalités sociales.

La charité paraît ainsi un moyen pour créer et maintenir non pas un équilibre social, mais une paix sociale, en palliant aux inégalités morales inhérentes au système socio-économique. Avec la perte de l’influence des religions, les motivations d’actes charitables ont changé aussi. Ce ne sont plus la peur du feu éternel et la volonté divine qui commandent la charité, mais des raisons plus intéressées et vénales. Il s’agit de sauver la propriété privée[6] avec les inégalités qui en découlent, tout en maintenant la paix sociale. Quand les principes de justice et d’égalité font défaut, la charité est avancée comme cache-misère d’un système injuste.

Historique du conservatisme compassionnel

Les déréglementations commencées à la fin des années 1970 au Royaume-Uni (Margaret Thatcher) et aux États-Unis (Ronald Reagan) et la libéralisation économique qui s’en est suivi ont augmenté les inégalités. Pendant les élections présidentielles de 2000 aux États-Unis, Georges W. Bush avait proposé le « conservatisme compassionnel » comme un des points principaux de son programma. Les problèmes sociaux comme la santé publique ou l’immigration devraient être résolus en coopérant avec des entreprises privées, les charités et les institutions religieuses, au lieu d’être gérés directement par des ministères, autrement dit par des services publics.

« Les conservateurs compassionnels […] proposent une nouvelle façon de concevoir la pauvreté. Ils savent que dire aux pauvres qu’ils ne sont que les victimes passives, du racisme ou de facteurs économiques très vastes, n’est non seulement faux, mais en plus destructeur, car cela paralyse les pauvres en renforçant l’idée de leur propre impuissance et inaptitude. Les pauvres ont besoin d’un soutien moral plus large de la société ; ils doivent entendre le message de responsabilité personnelle et d’autonomie, par l’assurance optimiste que s’ils essaient – ce qu’ils doivent faire – ils peuvent s’en sortir. Ils doivent comprendre aussi qu’ils ne peuvent pas blâmer « le système » pour leurs propres erreurs. » — Myron Magnet, The Wall Street Journal[7]

Le conservatisme compassionnel avait fait des émules parmi d’autres chefs d’état comme l’ancien premier-ministre David Cameron et l’ancien premier-ministre néo-zélandais John Key. Et peut-être en France le candidat présidentiel François Fillon.[8] Ce conservatisme se caractérise dans la pratique par des coupes budgétaires dans les services publics, la privatisation des services publics et un rôle plus grand accordé au secteur privé et aux associations et entreprises caritatives. L’état se retire des affaires sociales et laisse de plus en plus la place au privé.

Les entreprises privées, qui devraient prendre la place de l’état, peuvent-elles vraiment servir l’intérêt général. Notamment en matière fiscale, car ce sont les impôts qui permettent de rééquilibrer les inégalités et de financer les services publics, surtout suite aux crises économiques, l’accroissement de la dette publique et la destruction des emplois par les robots et les nouvelles technologies[9] C’est plutôt le contraire, car au lieu de payer les impôts comme les autres contribuables, une évasion fiscale généralisée[10] est organisée et une pression collective est exercée sur les pays refusant de déréglementer[11]. Les inégalités Nord-Sud déjà anciennes persistent toujours[12].

Soucieux de leur image et en bons conservateurs compassionnels, les grandes entreprises ont chacune leurs programmes de bienfaisance, de mécénat et de sponsoring. Les entreprises se posent de plus en plus comme de nouveaux acteurs de la solidarité internationale. C'est un phénomène nouveau en France, mais qui existe depuis de nombreuses années aux États-Unis ou au Royaume-Uni.[13] Les programmes de bienfaisance peuvent passer par des organismes de charité ou organismes de bienfaisance (OB)[14], des organisations caritatives et des associations[15]. Par les dons transformés en crédits d'impôt, les entreprises peuvent choisir des organisations caritatives avec des objectifs compatibles, auxquelles elles souhaitent se lier, au lieu de payer la même somme en impôts. Plus le succès et le pouvoir des organisations caritatives s’accroît, et plus celui des états en matière de solidarité diminuera. L’argent et la solidarité iront là où les grandes entreprises veuillent bien qu’elle aille. Cela conduira ultérieurement à la privatisation de la solidarité et à une « charité » intégrée dans le consumérisme. Plus on consomme et plus on sera charitable. Rappelons néanmoins qu’une entreprise est un organisme à but lucratif ; toutes ses actions et le moindre euro qu’elle dépense sont tournés vers un seul objectif, dégager du profit.[16]

La rentabilité maximale vaut aussi pour les rapports entre les entreprises à but lucratif et les organismes de bienfaisance, de façon légale … ou moins légale. L'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) qui a pour mission de « promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde » avait publié en février 2009 un Rapport sur les abus des organismes de bienfaisance pour le blanchiment d'argent et l'évasion fiscale (en anglais)[17]. Le Rapport compile notamment les méthodes courantes de l'abus des organismes de bienfaisance et les secteurs à risque.[18]

Tout comme dans le passé, la charité et la foi sont en train de remplacer la justice et la sagesse. La foi n’étant plus la foi en une religion, mais la foi en la loi du marché et en la théorie du ruissellement (en anglais : « trickle down economics »), et la charité deviendra peut-être la solidarité totalement prise en charge par le marché et par le secteur privé. Une solidarité, « dont les piliers sont la dignité, la responsabilité et l’autonomie des personnes », comme le précisent François Fillon[19] et Myron Magnet (voir ci-dessus).

C’est une vision de conservatisme compassionnel à la droite de l’échiquier politique et donc une vision politique. Elle envisage de laisser le projet de la justice et de la solidarité sociale dans les mains des grandes entreprises, dont les statuts ne stipulent pas comme objet l’intérêt général, mais l’intérêt de l’entreprise et de ses actionnaires, autrement dit le profit personnel. La solidarité sera-t-elle dans de bonnes mains ?

Fréquenter les patrons de grandes entreprises pour obtenir des fonds pour des projets particuliers, favoriser l’approche caritative aux dépens d’une solidarité et de services publics organisés et gérés par un état démocratique et payés par l’impôt, c’est faire un choix très politique, sciemment ou non.

*** 

[1] Le christianisme médiéval, Jacques le Goff, publié dans Histoire des religions, volume II**, Folio Essais, éditions Gallimard (1972), p. 771.

[2] Matthieu 25, 31-46

[3] The good causes of the famous ‘benefit themselves more than the charities’, Emily Dugan, The Independent, Thursday 7 August 2014

[4] « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs n'eut point épargnés au genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant un fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d'écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n'est à personne. Mais il y a grande apparence, qu'alors les choses en étaient déjà venues au point de ne pouvoir plus durer comme elles étaient ; car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d'idées antérieures qui n'ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d'un coup dans l'esprit humain. Il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de l'industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d'âge en âge, avant que d'arriver à ce dernier terme de l'état de nature ».  Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, seconde partie.

[5] Les huit personnes les plus riches du monde possèdent autant que 50% des personnes les plus pauvres. Source : Oxfam. World's eight richest people have same wealth as poorest 50%
Courrier International, Oxfam fustige la concentration "indécente" de la richesse dans le monde, PARIS (AFP) 16.01.2017

[6] « I think we should adopt the slogan of compassionate conservatism...We can be fiscally conservative without losing our commitment to the needy and we must redirect our policy in that direction. » U.S. Representative James Robert Jones (D-OK) au New York Times en 1984.

[7] What Is Compassionate Conservatism? February 5, 1999.
« Compassionate conservatives [...] offer a new way of thinking about the poor. They know that telling the poor that they are mere passive victims, whether of racism or of vast economic forces, is not only false but also destructive, paralyzing the poor with thoughts of their own helplessness and inadequacy. The poor need the larger society's moral support; they need to hear the message of personal responsibility and self-reliance, the optimistic assurance that if they try – as they must – they will make it. They need to know, too, that they can't blame "the system" for their own wrongdoing. »

[8] FRANCOIS FILLON « Toutes ces mesures sont à mes yeux incontournables car ce sont elles, et elles seules, qui permettront à la France de retrouver le chemin de la croissance, c’est-à-dire d’atteindre le niveau de plein emploi auquel sont parvenus nos voisins allemands et britanniques.

Mais, pour autant, je considère que c’est l’honneur de notre pays que de se montrer attentif aux plus démunis.

M’exprimant publiquement le mardi 7 juin dernier à Boulogne-Billancourt sur les enjeux de la cohésion sociale et me référant à ce que disait sur ce sujet Philippe Séguin, j’ai affirmé clairement ma vision de la solidarité, dont les piliers sont la dignité, la responsabilité et l’autonomie des personnes. » [Caractères en gras ajoutés par moi. La terminologie rejoint celle de Myron Magnet ci-dessus]

« C’est donc avec le tissu associatif et ses milliers de volontaires, avec les travailleurs sociaux, avec tous les professionnels du terrain que les pouvoirs publics devront coopérer étroitement afin que la solidarité nationale exerce pleinement sa fonction de bouclier social et de filet de sécurité des habitants de notre pays face à tous les chocs économiques et sociaux.

Tout au long du quinquennat, une attention sera particulièrement accordée au dialogue et à la concertation avec les partenaires publics, privés et associatifs de toute la chaine de l’intervention sociale, en particulier dans le cadre du Conseil National des Politiques de Lutte contre la Pauvreté et l’Exclusion (CNLE).

Dans ce même ordre d’idées, je tiens essentiellement à ce que la conception et la mise en oeuvre du futur Plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et contre l’exclusion sociale soient accompagnées, dans la sphère publique comme dans l’univers associatif, d’une démarche concertée de mise en valeur des métiers du social. « Lettre de François Fillon aux associations caritatives et sociales de France publié le 08/11/2016

[9] Source : Robots et nouvelles technologies feront perdre 5 millions d'emplois d'ici à 2020, Jean-Pierre Robin, Le Figaro 18/01/2016,

[10] Fraude et évasion fiscales, aggravation des injustices, affaiblissement de la démocratie, mardi 28 juin 2016, par Gérard Gourguechon

[11] Lettre du Silicon Valley Tax Directors Group au gouvernement néerlandais le 6 mai 2016. . Le Silicon Valley Tax Directors Group représente les intérêts fiscaux des plus grandes entreprises du monde, parmi lesquels Apple, Facebook, Google, Microsoft,… La liste complète se trouve à la fin de la lettre.

[12] Source : Mondialisation et inégalités : parcours guidé, Site Alternatives économiques.

[13] « Danone qui s'engage à financer des puits au Niger via l'Unicef pour tout achat de bouteilles d'eau Volvic, Air France qui profite de son activité pour apporter une aide logistique à des organisations humanitaires, Veolia qui met à disposition d'associations son réseau Veolia Water Force de collaborateurs volontaires prêts à intervenir en situations d'ur­gence ou en coopération internationale… » L'entreprise, nouvel acteur dans l'humanitaire,

Gaëlle Ginibrière, Le Figaro 13/05/2008

[14] « Il fait référence aux organismes enregistrés en vertu de la Loi de l'impôt sur le revenu, lesquels doivent répondre à un certain nombre de critères qui les exemptent du paiement de l'impôt et leur concèdent la faculté de délivrer des reçus pour des dons pouvant être réclamés comme crédits d'impôt. » Le Portail Montréal Art Affaires,

[15] http://fr.kompass.com/a/organisations-caritatives-et-associations/88920/

[16] Partenariats « entreprise-association » : pourquoi c’est si difficile, Laurent Samuel, sur le site Association1901.fr le 24 février 2016.

[17] Lien

[18] « Ce canal souvent caritatif et qui a la sympathie de l’opinion publique est de plus en plus exploité par les blanchisseurs pour les raisons suivantes : ces organisations permettent la collecte et la circulation des fonds présentés comme des fonds recueillis en toute légitimité à des fins caritatives, et souvent par delà les frontières pour faciliter l’intégration des produits d’activités criminelles dans le système financier légal. Les fonds peuvent être collectés par tradition manuelle, par quête sur la voie publique ou par dons anonymes, ouvrant ainsi une voie large à une opacité certaine des ressources de financement. Les associations culturelles, les organisations caritatives et les sectes, qui opèrent dans des pays à réglementation faible, et sans obligations de création, d’enregistrement, de comptabilité, d’information financière et surtout sans obligations de désigner un auditeur, suscitent le plus grand intérêt des blanchisseurs obscurs et des terroristes de tout poil. Elles fournissent un soutien logistique direct aux blanchisseurs et servent de couverture à leurs activités, surtout si elles possèdent plusieurs succursales opérant dans de nombreux pays ou territoires sensibles. Elles permettent ainsi le camouflage et l’amalgame des fonds mal acquis. Le risque des organisations à but non lucratif s’accroît de plus en plus et met en danger la stabilité de nos sociétés surtout qu’il est utilisé par les criminels aussi bien par les terroristes. Il est crucial de le détecter en identifiant un certain nombre de caractéristiques individuelles inhabituelles, des signaux d’alerte comme : la discordance entre les donateurs prétendus et les montants levés ou transférés et incohérence entre le type et la taille des transactions financières d’une part et l’objet déclaré et les activités de l’organisation d’autre part (collecte des sommes très importantes dans des communautés au niveau de vie très modeste, augmentation soudaine de la fréquence et du montant des mouvements d’un compte appartenant à un organisations à but non lucratif, ou réactivation d’un compte dormant qui lui appartenait, transactions en espèces d’un montant significatif et inexpliqué, absence de contributions de la part de donateurs résidant dans le pays d’origine de l’organisation, existence d’un pool, ou d’une holding d’ organisations à but non lucratif avec des relations inexpliquées se transférant mutuellement de l’argent, ou ayant la même adresse, les mêmes dirigeants ou le même personnel. » Le blanchiment de l’argent sale et de l’argent noir : un risque à cerner et à anticiper par les entreprises de toutes tailles par IRHIS1 le 03/07/2016. Institut de recherches historiques du septentrion

[19] François Fillon, Lettre de François Fillon aux associations caritatives et sociales de France publié le 08/11/2016

dimanche 10 mars 2019

Mythes de naissance et naissance de mythes




Naissance du Bouddha sous l’arbre sal (śāl),
shorea robusta, Inde oriental Xème s.

<Malheureusement, pour une raison inconnue, toutes les illustrations de ce billet avaient disparues>

Est-ce qu’il existe un fonds commun indo-européen, mutatis mutandis, de mythologies et de rituels associés, de la Grèce au périmètre indien ? J’avais écrit une série de blogs sur les festivals et les coutumes de la ville de Purī en Inde.

Récapitulatif Purī, Jagganāth, Dionysos, devadasī etc.
Le festival des chars de PurīUn roi qui fait la pluie et le beau tempsJuggernaut ou la procession du soleilLa séduction de l'ascète cornu"Dionysos" à Purī ?

Le caractère dionysiaque des festivals me faisait penser à une influence grecque/ionienne, mais on peut aussi penser à un terreau commun, plus ancien, dont on pourrait spéculer sur les principales caractéristiques en considérant le déroulement des festivals de Purī et les Thesmophories grecques et les Cerealia, ou ludi Cereris, des romains.

Déméter avec Perséphoné-Coré
et le petit Iacchos

Nous connaissons ce type de festivals comme le culte de la déesse grecque Déméter, la déesse de l'agriculture, mais le culte pourrait être aussi ancien que l’agriculture et le souci de la fertilité des terres et du vivant. La nature, la terre, la fertilité, les saisons ainsi que les agents de la nature sont personnifiées et divinisées. C’est de la conformité de leur culte que dépend la réussite des récoltes, des naissances et de la prospérité en général. Ce culte a pour fonction d’instaurer l’ordre nécessaire à ces grâces.

Les Thesmophories et les Cerealia sont peut-être des formes atténuées plus publiques de cultes comme les Mystères d'Éleusis. Ce que ces cultes partagent est l’idée de la nature cyclique des saisons et de la nature, avec l’aller et le retour de la fertilité et de la vie, représentée par Perséphone, la fille de Déméter, qui passe sa vie entre le monde terrestre (printemps-été) et le monde souterrain (automne-hiver).

Pour garantir les cycles de la nature, il faut respecter les cycles du culte. Le roi et le prêtre jouent un rôle important dans le culte. Le roi est symboliquement marié à la terre sur laquelle il règne, le prêtre surveille le bon déroulement des rituels.
Dans la tradition éleusinienne, Eubouleus est un porcher englouti par la terre en même temps que Perséphone lorsqu'elle est enlevée par Hadès. En son honneur, les Athéniens jettent des porcs vivants dans les « gouffres de Koré et de Déméter » lors de la fête des Thesmophories. Il joue un rôle important dans le culte d'Éleusis en tant qu'accompagnateur de Perséphone lors de son retour des Enfers. Une inscription sur un relief [de Lakratéidè] trouvé dans le sanctuaire d'Hadès à Éleusis l'associe avec deux divinités, Théos et Théa, formant ainsi une triade. Source wikipedi
En effet, le rite essentiel des Thesmophories en Attique consistait à précipiter des cochons de lait dans des fosses, appelées mégara (μέγαρα) ; les restes, thesmoi (θεσμοί), avaient mécaniquement acquis des vertus fertilisantes, et étaient récupérés l'année suivante pour être mêlés aux semences.” Source Wikipedia

Varāha, le sanglier, joue un rôle important en tant que protecteur de la déesse terre Bhūdevī (un avatar de Vichnou). Y compris dans les rituels (de couronnement) où la boue de divers endroits du territoire doit être prélevé avec une défense de sanglier (éléphant ou rhinocéros).

Pour plus de détails :

“(Dialogues des Hétaïres, 11,1 - éd. Rabe p. 276)
Thesmophories : « les Thesmophories sont une fête grecque comportant des mystères. On les appelle aussi Skirophories. Elles ont pour origine un récit mythique : lorsque Korè [autre nom de Perséphone], qui cueillait des fleurs, fut enlevée par Pluton, il y avait sur les lieux un porcher nommé Eubouleus, qui faisait paître ses pourceaux. Ils furent tous engloutis dans le même gouffre où avait disparu Korè ; par suite, en l’honneur d’Eubouleus, on jette des porcelets dans les gouffres de Déméter et de Korè. Les restes décomposés des porcs ainsi jetés dans les megara sont recueillis par des femmes nommées écopeuses (antletriai) qui, après avoir passé trois jours dans une pureté rituelle, descendent dans les cavités sacrées (adyta) pour rapporter les restes et les placer sur les autels ; celui qui en prend et en mêle au grain de semence aura, croit-on, de belles récoltes. On dit aussi qu’il y a des serpents au fond des gouffres qui dévorent la plus grande partie de ce qui y a été jeté. C’est pourquoi lorsque les femmes écopent et, lorsqu’en retour elles déposent les figurines, elles font beaucoup de bruit en frappant afin d’éloigner les serpents que l’on considère comme les gardiens des lieux interdits (adyta). Cette même cérémonie porte aussi le nom d’arrhétophories et on en donne la même explication concernant la naissance des fruits et l’ensemencement des hommes. On offre alors des objets sacrés qui doivent rester secrets (arrhela), figurines de pâte dure de blé, fabriquées à l’imitation des serpents et de membres masculins. Et elles prennent des branches de pin chargées de leurs cônes, à cause de la grande fécondité de cette plante. Toutes ces choses sont jetées dans les megara qui est le nom des cavités sacrées (adyta) en même temps que les pourceaux à cause de la capacité également de cet animal à produire beaucoup de petits - en tant que symboles de la naissance des fruits et des hommes. Ainsi remercie-t-on Déméter qui, en donnant les "fruits de Déméter" a apporté la civilisation au genre humain. La première explication de la fête est donc le mythe et celle-ci vient de la nature. Les Thesmophories portent ce nom parce que Déméter a reçu l’épithète de Thesmophore, parce qu’elle a apporté les lois, c’est-à-dire les thesmoi, selon lesquelles les humains doivent se procurer leur nourriture en travaillant la terre. » Extrait de Les Grecs et leurs dieux: Pratiques et représentations religieuses dans la cité à l'époque classique de Louise Bruit Zaidman
Le rôle cultuel dans le temple décrit ci-dessus est réservé aux hétaïres grecs et aux devadasi indiens. pour certains festivals, les femmes du peuple aussi doivent garder une pureté rituelle.

Les fêtes autour de la Menstruation de la terre « Rāja Saṃkranti » (aussi Mithuna Sankranti), montrent le lien très particulier entre le roi, le peuple de Purī et la terre. Pendant cette période, les paysans ne labourent pas la terre, ni ne l’ensemencent et attendent la pluie. Ils s’abstiennent également d’avoir des rapports sexuels avec leurs femmes. La Menstruation de la terre (Bhūdevī), a lieu au mois de Jyeṣṭha (mai, juin) dure trois/quatre jours, et précède le Festival du bain (snāna purnimā/uschaba), qui inaugure la période des pluies. Le quatrième jour du festival a lieu le Bain de la déesse (ṭhākurāṇi gāduā). La terre brûlante (bhuī dāhana) attend les pluies. Les agriculteurs la traitent comme une femme menstruée et ne la labourent pas. Ils s’abstiennent également de rapports sexuels avec leurs femmes, qui se comportent comme si elles avaient les règles. Pendant la menstruation de la terre les femmes ne travaillent pas et se détendent. Ce sont les hommes qui font la cuisine.” Un roi qui fait la pluie et le beau temps (blog Dans le sillage d’Advayavajra).
Lors des Cerealia romains, qui célébraient le retour de Proserpine sur la terre et l'invention de l'agriculture on n'offrait point de sacrifice sanglant, à l'exception toutefois d'une truie, qu'on immolait à Cérès (wikipedia). Bona Dea (la Bonne Déesse), une autre déesse de l’entourage de Déméter, fut célébrée à Rome pendant des cérémonies nocturnes, uniquement ouvertes aux femmes. Toutes les représentations d'hommes ou d'animaux du sexe mâle étaient enlevés.
On sait que les participantes se recrutaient parmi les matrones appartenant aux milieux aristocratiques de Rome, auxquelles s'ajoutaient les Vestales. On sait aussi qu'elles portaient toutes sortes de fleurs (sauf le myrte) et offraient en sacrifice une truie et du vin.” (source wikipédia)
C’étaient probablement pendant des festivals de ce type, consacrées à Déméter, ou une divinité équivalente, que se joue le mythe de Myrrha/Smyrna raconté par Ovide dans les Métamorphoses. Selon les versions de ce mythe, Myrrha/Smyrna fut la fille du roi Cinyras et de la reine Cenchreis de Chypre ou du roi Théias d’Assyrie (qui serait le fils de Bélos) et de la nymphe Orithye (version de Panyasis). Pendant la tenue d’un de ces festivals consacrés à Cérès/Déméter, la reine Cenchreis pratiquaient l’abstinence sexuelle pendant neuf jours. Sa fille Myrrha, secrètement amoureuse de son père fit organiser des rencontres avec son père par sa nourrice. Myrrha contrevient ainsi aux préceptes de la déesse, qui provoque peut-être ainsi l’ire d’Aphrodite/Vénus. Il existe plusieurs versions pour expliquer son ire. Au bout de quelques nuits, le père découvre la manoeuvre et veut tuer Myrrha, qui s’enfuit dans les bois, où elle erre pendant neuf ans voulant disparaître de la surface de la terre et poursuivie par Aphrodite. La terre sauve Myrrha en recouvrant ses pieds de terre et en la transformant en arbre de myrrhe. Enceinte d’Adonis elle accouche de lui par une fente de son écorce avec l’aide de Lucina, la déesse de la naissance.

Naissance d’Adonis. Majolique de l’atelier de Fontana.

Ici aussi, il existe différentes versions hormis celle d’Ovide. Elle est retrouvée par le roi qui de son épée fendit le tronc en deux et le bébé Adonis en sortit. Dans une autre, un “sanglier, traqué, fuyant droit devant lui, fendit le tronc avec ses défenses et dans l'anfractuosité les chasseurs découvrirent un bébé préfigurant peut-être la mort qui l'attendait.” (source)

Naissance d’Adonis par Jean Decourt (1560)

C’est le retour du mythème du sanglier qui fertilise/sauve la terre. Adonis mourrut à la chasse étant mortellement blessé à la jambe par un sanglier.

Vénus pleurant la mort d’Adonis, Thomas Willeboirts Bosschaert

Le nom Adonis est considéré d’origine sémitique et on retrouverait le même mythe sous les noms de Tammouz ou de Thamous, qui correspond à son tour à Dumuzi le berger et l’amant d’Innana. Adonis est associé au myrte, qui est interdit dans le culte de Bona Dea, car le père incestueux de celle-ci “essaya en vain de parvenir à ses fins en l'enivrant. Excédé, il la fouetta avec une verge de myrte. Il réussit finalement à s'unir à elle, en prenant la forme d'un serpent.” (source wikipedia).

Ce qui est remarquable c’est l’inversion des thèmes du mythe de Myrrha. Cette dernière aurait été secrètement amoureuse de son père, et c’est en l’enivrant qu’elle avait réussi à coucher et tomber enceinte de lui. Dans le cas de Bona Dea c’est elle la victime et c’est son père qui aurait tenté de l’enivrer. Notons aussi le symbole phallique du serpent, que l’on retrouve aussi chez les devadasi à Purī (elles tapent du pied pour tenir les cobras à distance). Le serpent, la verge de myrte (d’Adonis) et le sanglier avec sa défense ont la même valeur symbolique.

Si Adonis, le porcher, est en effet l’équivalent de Tammouz/Dumuzi (le berger), le mythe est effectivement oriental. Le bel Adonis/Tammouz/Dumuzi doit accompagner Koré/Perséphone/Innana qui descend sous la terre et remonte au rythme des saisons. Les sangliers/pourceaux/truies ou leurs figurines qui le représentent sont sacrifiés et jetés à la fosse (terre fendue) de Déméter/Koré pour fertiliser la terre de la saison qui vient. Il se pourra bien qu’aussitôt né Adonis, le jeune pourceau, est destiné à mourir.

“Les Adonies, fêtes en l'honneur d'Adonis, étaient célébrées en divers lieux, et plusieurs auteurs de l'Antiquité grecque les ont évoquées. Aphrodite tint à rendre hommage à son amant défunt et organisa en son honneur une fête funèbre célébrée chaque printemps par les femmes phéniciennes. Ce rituel consistait à planter des graines et à les arroser d'eau chaude de manière à accélérer leur croissance. Ces plantations, surnommées « jardins d'Adonis », mouraient également très rapidement, symbolisant la mort du jeune homme. À Athènes dès le ve siècle av. J.-C., les femmes rendaient à Adonis un culte vibrant, dont s'est moqué Aristophane. Elles se lamentaient alors bruyamment sur le sort tragique des deux amants, gémissant et criant : « Il est mort, le bel Adonis. » Ces fêtes avec grande pompe étaient célébrées à Byblos, à Alexandrie, entre autres. Elles duraient deux jours : le 1er était consacré au deuil, le 2e à la joie. Seules les femmes prenaient part à ces fêtes. Adonis était appelé Adon en Phénicie, et possiblement « Thammouz » en Mésopotamie (voir le dieu Dumuzi/Tammuz du Proche-Orient ancien et le mois de Tammouz, qui en dérive, dans le calendrier juif, et qui veut dire « juillet » en arabe et en turc). Salomon Reinach a proposé de voir dans ce rite l'explication de la légende relatée par Plutarque de Chéronée, concernant un pilote de navire égyptien qui aurait entendu une voix venue du rivage de l'île de Paxos, l'appelant par son nom et lui demandant d'annoncer que « le grand Pan est mort » : selon lui, il faudrait comprendre que la voix disait « Thamous, Thamous, Thamous, le très-grand (Panmegas) est mort », Thamous étant à la fois l'hétéronyme d'Adonis et le nom du pilote. Marcel Detienne propose une interprétation tout à fait différente (Les Jardins d'Adonis..., 1972).” (Adonis)


Tel le soleil et Dionysos, Adonis est donc un dieu qui meurt et revient tous les ans. Né d’un arbre, mort près d’un arbre (voire sur l’arbre..). La tristesse de Vénus pleurant son Adonis a dû être l’égal de Marie Madeleine pleurant Jésus, ou Marie pleurant son fils.

La mort d’Adonis de PP Rubens

Mais, surtout grâce à Aśvaghoṣa et son Buddhacarita (env. 150 après J.C.), le bouddhisme aussi a de quoi être redevable à ce fonds mythologique. Le Bouddha n’est plus un simple jeune homme devenant un renonçant (śramaṇa), mais un dieu qui décide de se réincarner. Il descend sur terre et entre dans la matrice de sa mère sous la forme onirique d’un éléphant à six défenses.


Sa mère, enceinte de lui, donne naissance en agrippant la branche d’un arbre sal, un arbre à résine. La résine de sal est utilisée comme encens dans des cérémonies hindoues.

Bouddha mourant au milieu des arbres sal, Kamakura period (1185–1333)

“Dans le bouddhisme, le Bouddha Shakyamuni méditait dans un bois de sals près de Kusinâgar au moment de son parinirvana (sa mort physique)” (wikipedia). Un des épithètes du Bouddha est “le taureau parmi les hommes”.

Iconographiquement, la naissance d’Adonis et du Bouddha se ressemblent. Contrairement à Myrrha, Mayadevi n’est pas transformé en un arbre, mais elle est représentée comme une yakṣiṇī/dryade (śālabhañjikā, on y retrouve le mot śāl) par son déhanchement (posture grecque par ailleurs) et le pied touchant/tapant la terre pour faire jaillir le suc. Contrairement aux dryades, elle est habillée.


La courtisane à ses côtés qui recueille le petit bouddha correspond iconographiquement à la déesse Lucina. Comme Adonis, le futur bouddha ne naît pas par la voie naturelle. C’est tout naturellement auprès d’un arbre que le futur bouddha retournera pour atteindre l’éveil (et pour prendre à témoin la terre), et il mourra dans une forêt d’arbres sal. Il n'est pas tué par un sanglier comme Adonis, mais il meurt après avoir mangé un civet de porc ou de sanglier... Le poète a le sens de l'humour.

A moins que le bouddhisme n’ait voulu ainsi intégrer des cultes plus anciens. Il est possible que les excavations de l’archéologues Robin Coningham de l'université de Durham dans le Temple Maya Devi à Lumbini, l'endroit où le Bouddha serait né, aient révélé un sanctuaire de "déesse-arbre".

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Vénus et Cupidon, 1525 by Lucas Cranach l'Ancien.

















mercredi 14 novembre 2018

Esoterisme, illuminisme et mysticisme


L'homme cosmique selon Hildegard von Binge
Le mot ésotérisme (le substantif pas l’adjectif), qui ne date que du XIXème siècle désigne tous les enseignements secrets (mystères,c’est-à-dire les « choses secrètes » ou « occultes ») donnés dans le cadre d’une initiation, toute traditions confondues. C’est le caractère secret de l’enseignement et la transmission dans le cadre d’une initiation, ou équivalent, qui rend un enseignement ésotérique. Les « cultes à mystères » apparus aux premiers siècles de notre ère sont d’ailleurs aussi appelés cultes « initiatiques » ou « orientaux », à cause de leurs origines chaldéennes.

Le mot ésotérique signifie « Qui est réservé aux seuls initiés » ou selon une certaine étymologie « de l'intérieur, de l'intimité », ce qui conduit quelquefois à des traductions comme « intériorité » ou « intériorisme », ce que Antoine Faivre trouve acceptable à condition « de ne pas donner à ce mot un une interprétation romantiste ou intimiste qui négligerait l’entrée en résonance avec le monde et Dieu au profit de la seule introspection. »[1]

Message d'accueil à la grotte de Sainte Marie-Madeliene, Sainte Baume
Ésotérisme peut donc se référer aux mystères de la Grèce antique, l’hermétisme alexandrin, le pythagorisme, le néo-platonisme, la Kabbale juive, la Kabbale chrétienne, l’hermétisme chrétien, ainsi que toutes les formes ésotériques de type néo- qui sont parfois des renaissances (revivals) de formes anciennes (hermétisme néo-alexandrin,…).

L’Islam, le bouddhisme (vajrayāna, Dzogchen ésotérique, Shingon), le taoïsme etc. ont également des traditions ésotériques. Le mot ésotérisme ne se limite pas non plus aux seules traditions anciennes et bien établies, mais peut s’utiliser aussi pour les traditions plus récentes (théosophie, New Age,…), notamment par rapport au type de contenu et aux thèmes ésotériques.

Les transmissions ou initiations ont pour but de transmettre une connaissance ou une expérience (illumination,…) relative à Dieu ou une Divinité, au monde divin, à la Nature vivante gérée par des agents[2]. Dans les traditions posant une dualité forte entre un Dieu transcendantal et le monde créé, la connaissance ésotérique (des œuvres divines et des intermédiaires) n’a pas vraiment lieu d’être. La connaissance de la Divinité, ou l’union avec celle-ci, est plutôt de type mystique, un silence plus silencieux... Les transmissions ésotériques se trouvent surtout dans les traditions où (un) Dieu s’implique directement ou indirectement (par le biais de la Nature) dans le monde. Les connaissances ésotériques se rapportent dans ce cas le plus souvent aux entités intermédiaires (anges, intellects agents) de la Nature. Plus ces entités sont haut placées dans l’hiérarchie céleste, c’est-à-dire plus proche de la source qu’est la Divinité, et plus la connaissance (gnose) sera profonde et secrète (occulte).

La gnose peut-être de différentes natures et accessible par différentes approches. Historiquement, le mot gnose se rattache au gnosticisme (essor au IIème siècle).

« jusqu’au baptême, disent-ils, la Fatalité [astrale) est réelle : mais après le baptême, les astrologues ne sont plus dans la vérité. Ce n’est pas seulement le bain qui est libérateur, mais c’est aussi la gnose :
‘ Qui étions-nous ?’
‘ Que sommes-nous devenus ?’
‘ Où étions-nous ?’
‘ Où avons-nous été jetés ?’
‘ Vers où nous hâtons-nous ?
‘ D’où sommes-nous rachetés ?’
‘ Qu’est-ce que la génération et la régénération ?
’ (doctrine du Cercle de Théodote, disciple de Valentin, cité par Clément d’Alexandrie).
On remarque au passage, que le Bouddha aurait jugé ce type de question « mal posée » (voir le Phagguna Sutta). Cette gnose, qui affranchit de la « Fatalité astrale », embrasse la destinée humaine dans son ensemble : avant, pendant et après l’existence terrestre. Les questions posées suggère que la vie d’ici-bas est une déchéance : on y est jeté malgré soi ; on devient autre chose que ce qu’on était primordialement ; cette aliénation équivaut à une sorte de captivité, d’où l’on a besoin d’être racheté.Naître en ce monde de la génération conduit obligatoirement à la mort, a moins qu’on ne soit régénéré. L’agent de cette libération et avant tout la gnose, associé au bain baptismal. »[3]

Notons au passage que les questions citées ressemblent aux 14 questions métaphysiques que le Bouddha refusa de répondre.[4] Mais c’est justement ce type de questions qui intéresse la gnose et l’ésotérisme en général, qui ne manquent pas de fournir des réponses (et bon nombre d’injonctions associées). La gnose fait naître ou renaître[5] (régénère), et en ce faisant nous unifie et libère.[6] Dans la gnose, la connaissance de soi et la connaissance de Dieu ne font qu’un, mais elles ne peuvent être atteintes que par un troisième type de gnose, qui est la « connaissance de la voie », révélée par un sauveur.[7] Une Révélation qui conduit à une connaissance entre croire et savoir, qui est « imaginal », à ne pas confondre avec imaginaire, mais à prendre au sens du monde imaginal de Henry Corbin.
« La gnose en effet n’est pas le savoir tout court ; entre croire et savoir il y a ce troisième terme, l’Imaginal. »[8] 
« La gnose est vision intérieure. Son mode d’exposition est narratif ; c’est un récital. En tant qu’elle croit, elle sait. Mais en tant que ce qu’elle sait ne relève pas des évidences positives, empiriques ou historiques, elle croit. Elle est sagesse et elle est foi. Elle est « Pistis Sophia ». »[9]
C’est une connaissance qui se construit degré après degré (sct. krama) et qui libère progressivement. C’est une ascension progressive. Ce type de pensée, que nous connaissons surtout par le gnosticisme, est initialement une conception chaldéenne « adoptée par les « maguséens » des mages Iraniens immigrés qui propagent en Mésopotamie et en Asie Mineure un mazdéisme syncrétique. Rencontrant les Grecs en Ionie, ils transmettent aux pythagoriciens la conviction que l’âme est immortelle et divine, comme les astres dont elle est issue. Développé dans le Phèdre de Platon, cette doctrine est devenue, au début de notre ère, une opinion commune. Néanmoins, les gnostiques lui impriment leur marque spécifique : selon eux, la chute de l’âme est antérieure à la création du cosmos. Elle remonte à une catastrophe primordiale survenue au sein du Plérôme, dans l’entourage même de Dieu. Alors que les idées divines se constituent en entités spirituelles appelées « éons » [kalpas], qui célèbrent éternellement la gloire du Premier Père, l’une d’entre elles, qui s’est détournée de son rôle, et exclue de la plénitude de l’être. Son affliction donne naissance à la matière, où elle enfante un Démiurge qui façonne le monde visible. La création de l’homme, capable d’intelligence et de gnose, est une ruse de la providence pour récupérer la lumière déchue. »[10]

Le monde « sous-lunaire » est sous l’influence des astres, qui sont des dieux, des intermédiaires de la Nature divine, d’où l’importance de l’astrologie (et sciences associées) pour les chaldéens et tous ceux qui ont subi leur influence directement ou indirectement. Par voie religieuse, philosophique, ésotérique, et « scientifique ».

La gnose, et la connaissance ésotérique de manière générale, est souvent transmise comme une voie initiatique. Une voie qui comprend un initiateur, qui a reçu la révélation ou la transmission, une connaissance occulte et un initié. La connaissance occulte régénère et « fait renaître » l’initié qui est réintégré dans le Corps mystique ou le maṇḍala des initiés. C’est une voie progressive qui passe par des intermédiaires, humains, divins, anges etc., ou, en absence de ces entités dans un système non-théiste, par des stades, terres et niveaux plus ou moins enchantés et habités, ou des dhyāna, samādhi et samāpatti. L’ombre de Dieu est toujours un peu Dieu…

Les sciences ésotériques (toutes traditions confuses), pour scruter la volonté divine ou acquérir des gnoses pratiques sont très variées : l'astrologie, la magie, l'alchimie, l’aéromancie, l’astromancie, la bibliomancie, la capnomancie, la cartomancie, la chiromancie, la cristallomancie, la dactylomancie, la nécromancie, la divination, la médecine occulte, l’hermétisme, l’angéologie, la gnoséologie, la prophétologie, l’immamologie, la « lamalogie », etc. etc.

L’ésotérisme connaît cependant aussi des formes de gnose non-progressive, directe, sans intermédiaires, et qui sont de type « illuministe ». Le mot, et le phénomène en Occident, ont leur origine en le XVIIIe siècle. Je reprends ici un passage de la page Wikipédia.
« L’illuminisme est un courant de pensée philosophique et religieux qui se développe au XVIIIe siècle en Europe et qui se fonde sur l'idée d'illumination, c'est-à-dire d'une inspiration intérieure directe de la divinité ou de ce qui en émane. Il revendique une croyance affranchie de la religion révélée et reliée intérieurement à Dieu sans médiation autre que spirituelle. S'appropriant la métaphore associée aux Lumières, l'illuminisme propose une définition élargie des « lumières » de la raison, compatible avec l'imagination et la sensibilité, et s'associe à une conception du divin susceptible de faire entrer en résonance l'homme, la société et l'univers.

Ce courant de pensée peut être interprété comme une réaction à l’esprit matérialiste des philosophes encyclopédistes du XVIIIe siècle et à la philosophie institutionnelle à laquelle ils appartiennent. Il constitue le principal courant de la théosophie à partir de cette période.

Si l'illuminisme est surtout représenté par des « théosophes », influencés par la pensée de Jacob Boehme, il l'est aussi par ceux qui se trouvent en affinité intellectuelle ou spirituelle avec eux : certaines figures du romantisme allemand et de la Naturphilosophie, par exemple, certains mouvements ou organisations ésotériques, aussi, parmi lesquels on compte des sociétés initiatiques d'obédience maçonnique ou para-maçonnique, des fraternités à teneur occultiste, etc. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Illuminisme)
Les illuministes sont aussi des anti-Lumières dans le sens que, même s’ils sont moins ésotériques, ne veulent pas exclure les lumières divines des Lumières… Il y a deux types d’illuminisme : un illuminisme qui s’appuie sur des lumières divines ou équivalentes, et un illuminisme qui s’appuie sur les lumières humaines, la raison, en rejetant les autres lumières, qu’il considère comme de l’obscurantisme. A ne pas confondre les deux précise la page Wikipédia.

Quand on dit que le Bouddha atteint l’Illumination[11], de quel type d’« illuminisme » parle-t-on ? Les bouddhistes ésotériques diront le premier type, gnostique, tandis que les bouddhistes « rationalistes » diront plutôt le deuxième type, vu le pragmatisme du Bouddha pāli notamment (les 14 questions, les paraboles de la flèche, de la poignée de feuilles, l’interdiction de la magie, les critiques du ritualisme brahmaniste etc.). Ces derniers parleraient plutôt d’éveil, de bodhi ou même de prajñā, qui n’est pas une gnose dans le sens ésotérique du terme. Charles (Karl Eugen) Neumann, l’inventeur du Bouddha « illuminé », est d’ailleurs aussi l’auteur de « Die innere Verwandtschaft buddhistischer und christlicher Lehren », qui avait inspiré le théosophe Karl Hecker, adepte du « réincarnationisme », et qui fut peut-être un des premiers inventeurs du « bouddhisme protestant ». Il avait comparé le Bouddha à Luther, dans le sens qu’il le vit comme le réformateur de l’hindouisme.[12]

Avant les illuministes du XVIIIème siècle, il y a eu d’autres formes d’« illumination ». Ainsi par exemple Saint-Augustin parle d’une lumière éblouissant son esprit :
« Et lorsque l’éclat même de la vérité me frappait les yeux, et me faisait violence en quelque sorte, mon esprit s’éblouissait de sa lumière, et se tournait aussitôt de la considération des choses incorporelles pour s’attacher aux couleurs, aux linéaments et aux grandeurs palpables et sensibles qui se trouvent dans les corps. Et parce que je ne pouvais former dans mon esprit aucune image corporelle, par laquelle je me pusse figurer mon âme, je croyais qu’il m’était impossible de la concevoir. »[13]
Il y a l’épisode de la Lumière du ciel enveloppant soudainement Saint Paul sur la route de Damas et qui l’éblouit[14]. Ou, déjà davantage ésotérique, la philosophie « illuminative » (Ishrâq) de Sohrawardi (1155-1191), dont la possible influence, directe ou indirecte, sur le bouddhisme ésotérique tibétain et le Bön reste éventuellement à déterminer. De toute façon, n’oublions pas le rôle primordial des Chaldéens, dont les idées furent « adoptée[s] par les « maguséens » des mages Iraniens immigrés qui propagent en Mésopotamie et en Asie Mineure un mazdéisme syncrétique ». (Faivre). La philosophie de la lumière de Sohrawardi est considérée comme « la restauration de la sagesse de l’ancienne Perse »[15].

Même si le bouddhisme, dès le bouddhisme pāli, parlait de la pensée naturellement lumineuse (s. cittaṃ prabhāsvaram), il s’agissait plutôt d’une métaphore de la pureté de la pensée, qui tout en pénétrant partout restait indemne, semblable à la lumière du soleil. Par la suite, notamment dans la doctrine du tathāgatagarbha, la pensée lumineuse gagnait en substance, et devenait une sorte de gnose (jñāna) primordiale autogénérée. Même en la disant vide ou vacuité par nature, on ne se débarrasse pas ainsi de l’idée positive d’une entité spirituelle. Dans les pratiques ésotériques du Kalacakra Tantra (où l’astrologie et les sciences associées jouent un rôle prépondérant), des cycles de l’Essence séminale du Cœur, des Yogas de Nāropa etc., cette Lumière ou Luminosité devient l’objet à atteindre, rejoindre ou réintégrer. Semblablement à la gnose, elle est à la fois la base, la voie et l’objet. Surtout la voie d’ailleurs, qui constitue proprement une religion.

Indrabhūti écrit dans son Jñānasiddhi-nāma-sādhanopikā[16] :
« Le foudre universel s'étend partout
Et pénètre entièrement l'espace (sct. ākāśa)
Il pénètre le mental de tous les êtres
Et il est la source universelle de tout ce qui est vertueux (sct. puṇya)
Le foudre qui pénètre les contraires
Est ce qui connaît (sct. saṁvedya) tout, le Guide du monde
Ce roi qui tient le foudre
Est le sujet de tous les tantras
»[17]
Comparez par exemple avec le texte gnostique (Nag Hammadi) Tonnerre, l’Intellect parfait, où c’est la déesse Isis, personnification divinisée de la Nature, qui parle et qui dit qu’elle est tous les contraires. Elle est présente en tous les plaisirs et peines du saṁsāra et du nirvāṇa pourrait-on dire, tout en restant insaisissable.
« C’est moi (celle) qu’on appelle « la vie »
et vous m’avez appelé la mort.
C’est moi (celle) qu’on appelle « la loi »
et vous m’avez appelé là « non-loi ».
C’est moi (celle) que vous avez poursuivie
et c’est moi que vous avez saisie.
C’est moi (celle) que vous avez dispersée
et vous m’avez rassemblée
. »

« C’est moi dont vous vous êtes cachés
et vous m’êtes manifestés.
Or quand vous vous cacherez,
moi-même, je me manifesterai.
Car [quand] vous vous [manifesterez à moi],
moi-même,[ je me cacherai] de vous
. »[18]
Même « philosophiques », les doctrines lumineuses sont souvent des mélanges d’éléments mystiques et ésotériques. A se demander aussi, si, dans le cadre d’une religion, le classement en exotérisme et ésotérisme a un sens, au niveau du contenu. Contrairement aux doctrines exotériques, les doctrines ésotériques sont secrètes et se rapportent à des connaissances approfondies et pratiques des mêmes éléments mythologiques, cosmogoniques, astrologiques, théogoniques, hiérarchiques, anthropogoniques, généalogiques et sont comme des spin-off d’éléments que partagent l’exotérisme et l’ésotérisme. D’un côté, la connaissance est superficielle (simple), de l’autre « approfondie » (experte, docte). C’est par le biais de cette « expertise » que les experts sont habilités à guider les simples. Cela ne se limite d'ailleurs pas à la religion…

En même temps, plus les siècles passent et plus des secrets sont dévoilées et plus la connaissance occulte « s’approfondie » et devient vaste. Comme si la Révélation était plus pauvre à l’origine (ne disposant pas des spin-off futurs), au moment même de la Révélation… Les experts expliquent cela par l’éternité du monde imaginal. Les ésotériques ont des réseaux de contacts divins, semi-divins et démoniaques, qui leur permettent de toujours approfondir, renouveler et remettre à jour leurs connaissances. Sans y avoir accès, les exotériques croient néanmoins en l’existence de ces êtres et du monde imaginal, et se laissent guider par les experts.

En ce qui concerne le yoga de la Lumière, ou « Claire Lumière », du bouddhisme ésotérique, il tente de réintégrer la Lumière le jour, la nuit pendant le sommeil et après la mort. Le yoga de la Lumière est intégré le jour par une pratique, telle la mahāmudrā[19], non-tantrique de type mystique. L’intégration nocturne et post-mortem sont en revanche des pratiques tantriques, initiatiques et donc ésotériques. La Lumière y est une gnose, un savoir qui croit ou une croyance qui sait. La luminosité fondamentale est définie comme « l’expérience (rig pa) instantanée, lumineuse et infinie, qui éprouve les bonheurs et les souffrances du saṁsāra et du nirvāṇa »,[20] qui peut être rejoint, au niveau de la voie, de façon mystique (« illuministe ») et ésotérique.

L’éveil non-ésotérique du Bouddha, tel qu’on peut le déduire des « fragments les plus anciens », n’est pas une gnose qui se transmet dans un cadre initiatique. Les éléments du monde imaginal, qui font partie de la conscience et de l’imaginaire humain, n’y jouent pas un rôle prépondérant. Leur présence ne dérange pas, mais ils ne font pas partie du travail à faire. Comme le Bouddha n’admet pas d’essence à l’âme, et ne se pose pas de questions sur ce qui advient au tathāgata après la mort, ni sur son origine, son éveil n’est pas non plus une illumination, c’est-à-dire une intelligence ou lumière reçue d’une autre entité ou d’ailleurs. Il n’a besoin que de sa propre lumière naturelle. « Soi-même est la lampe ».

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[1] Faivre, p. 17

[2] Justin Barrett, chercheur en anthropologie à l’université d’Oxford, « attribue l’émergence de la pensée religieuse à un mécanisme cognitif mis en branle par notre cerveau, le «hypersensitive agency detection device» (HADD). Lorsque le cerveau s’avère incapable d’expliquer un phénomène de manière intuitive, il l’attribuerait à des agents intentionnels non naturels (esprits, dieux) qui lui fournissent une explication cohérente à des évènements inhabituels (maladie, catastrophe naturelle, survie inespérée, etc.). Le succès de la religion pourrait, selon lui, être dû au fait qu’elle donne un sens aux expériences HADD. » http://hridayartha.blogspot.com/2013/11/un-bouddhisme-theiste.html

[3] Ecrits gnostiques, La Pléiade, pp. XV-XVI.

[4] « Les questions "qui n'ont pas reçu de réponse" du Bouddha (Majjhima Nikaya 63 [2] & 72, ainsi que les 16 questions mal pensées Sabbasava Sutta (Majjhima Nikaya 2 Qui suis-je etc.)
1. Le soi et l'Univers sont-ils éternels?
2. Le soi et l'Univers sont-ils transitoires?
3. Le soi et l'Univers sont-ils à la fois éternels et transitoires?
4. Le soi et l'Univers ne sont-ils ni éternels ni transitoires?
5. Le soi et l'Univers ont-ils un commencement?
6. Le soi et l'Univers n'ont-ils aucun commencement?
7. Le soi et l'Univers ont-ils à la fois un commencement et aucun commencement?
8. Le soi et l'Univers n'ont-ils ni commencement ni absence de commencement?
9. Le Bienheureux est-il existant après la mort?
10. Le Bienheureux est-il non-existant après la mort?
11. Le Bienheureux est-il à la fois existant et non-existant après la mort?
12. Le Bienheureux est-il ni existant ni non-existant après la mort?
13. L'esprit est-il la même chose que le corps?
14. L'esprit et le corps sont-ils deux entités séparées?
Tout l'Univers dans un Atome, p.95 /SS Dalaï Lama-Robert Laffont

[5] Dans un Corps mystique, une Eglise, un maṇḍala…

[6] Antoine Faivre, Accès de l’ésotérisme occidental, p.18

[7] Ecrits gnostiques, La Pléiade, pp. XVI

[8] Antoine Faivre, p. 19

[9] Citation de Henry Corbin.

[10] Ecrits gnostiques, La Pléiade, pp. XX

[11] « Robert S. Cohen notes that the majority of English books on Buddhism use the term "enlightenment" to translate the term bodhi. The root budh, from which both bodhi and Buddha are derived, means "to wake up" or "to recover consciousness". Cohen notes that bodhi is not the result of an illumination, but of a path of realization, or coming to understanding. The term "enlightenment" is event-oriented, whereas the term "awakening" is process-oriented. The western use of the term "enlighten" has Christian roots, as in Calvin's "It is God alone who enlightens our minds to perceive his truths".

Early 19th century bodhi was translated as "intelligence". The term "enlighten" was first being used in 1835, in an English translation of a French article,[8] while the first recorded use of the term 'enlightenment' is credited (by the Oxford English Dictionary) to the Journal of the Asiatic Society of Bengal (February, 1836). In 1857 The Times used the term "the Enlightened" for the Buddha in a short article, which was reprinted the following year by Max Müller. Thereafter, the use of the term subsided, but reappeared with the publication of Max Müller's Chips from a german Workshop, which included a reprint from the Times-article. The book was translated in 1969 into German, using the term "der Erleuchtete". Max Müller was an essentialist, who believed in a natural religion, and saw religion as an inherent capacity of human beings. "Enlightenment" was a means to capture natural religious truths, as distinguished from mere mythology.

By the mid-1870s it had become commonplace to call the Buddha "enlightened", and by the end of the 1880s the terms "enlightened" and "enlightenment" dominated the English literature
» Source Wikipédia

L’article auquel la note [8] fait référence est un article de Charles Neumann. « Charles Friedrich Neumann, “Buddhism and Shamanism,” Asiatic Journal and Monthly Register 16 (1835): 124. The French article is, “Coup d’oeil historique sur les peuples et la littérature de l’Orient,” Nouveau Journal Asiatique 14 [1834]: 39–73, 81–114. The original reads: “Chakya ayant épuisé toute espèce de science reçut le nom de Bouddha, c’est-à-dire le sage ou l’illuminé. C’est d’aprés ce titre honorifique que ses sectateurs furent nommés bouddhas ou bouddhistes” »

[12] « Thus, in 1831, Charles Neumann equated Buddhism to "Lutheranism” in describing it as “a reform of the old Hindoo orthodox church”; it was “a new building on the same ground, and with the same materials.’”This claim was immediately disputed and before long would be rejected entirely by scholarly specialists (whose understanding of Buddhism was transformed once Brian Hodgson shipped a cache of Sanskrit texts from Kathmandu to Europe in 1837).93 Nonetheless, the idea that Buddhism was Protestant persisted in popular literature and seems to have become more prominent in the 1850s (possibly influenced by the rise of British anti-Catholic sentiment during the same period). By the time the Atlantic Monthly published an article describing Buddhism as "The Protestantism of Asia” (1868), the comparison was commonplace. The case of the Protestant Buddha indicates how the Victorian Luther (as icon for a generalized reformation) was used to map the boundaries between religions, confirming the distinction between a mere heterodoxy or schism and a "world religion” proper. It also suggests the extent to which, even after a given religious boundary became self-evident to scholars, popular literature could continue to unsettle it. The notion of reform, like the notion of heterodoxy, destabilizes the borderlines separating world religions. »

Spiritual Despots: Modern Hinduism and the Genealogies of Self-Rule, J. Barton Scott

[13] Saint Augustin, Confessions, traduit par Arnauld d’Andilly, folio classique, Livre IV, ch. 25, p. 140

[14] « Comme il était en route et approchait de Damas, une lumière venant du ciel l'enveloppa soudain de sa clarté. Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? ». Il répondit : « Qui es-tu, Seigneur ? — Je suis Jésus, celui que tu persécutes. Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire ». Ses compagnons de route s'étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient la voix, mais ils ne voyaient personne. Saul se releva et, bien qu'il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. » Ac 9, 3-19

[15] Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, p. 285

[16] ye shes grub pa zhes bya ba sgrub pa'i thabs. Traduit par le khenpo indien Śraddhakaravarma et zhu chen lotsawa Gelong Rinchen Zangpo

[17] rdo rje chen pos kun khyab cing*/
nam mkha' kun la rab tu zhugs/
sems can kun gyi yid khyab cing*/
bsod nams thams cad 'byung ba che/
phan tshun khyab mdzad rdo rje ni/
kun rig 'jig rten 'dren pa po/
de ni rdo rje 'dzin rgyal pos/
rgyud rnams kun tu gsungs pa yin/

[18] Ecrits gnostiques, La Pléiade, pp. 857,858

[19] P.e. les six yogas de Tailopa : mi mno mi bsam, mi pyad ching*/mi bsgom, mi sems rang babs bzhag :

[20] De la gzhi’i ‘od gsal ni/ ‘khor ‘das kyi bde sdug la longs spyod pa’i da ltar gyi rig pa gsal la ma ‘gags pa ‘di yin. The Life and Teaching of Nāropa, Guenther, p. 260. Le livre de Guenther est basé sur un texte composé par Lha’i bstun pa Rin chen rnam rgyal (1473 - 1557) du clan Brag dkar, un disciple de Tsang Nyeun Heruka. Il s’agit d’un texte du XVIème siècle.