dimanche 7 février 2021

La femme a-t-elle la nature de Bouddha ?



Srinmo du Tibet (illustration des archives d'Erwan Temple)

Une des sources principales pour connaître les thèses de l’école bouddhiste Yogācāra est le Yogācārabhūmi, la “Fondation pour les pratiquants de Yoga”, où Yoga prend le sens de méditation (samādhi). Ce texte aurait été composé à Ayodhyā, une ville dans l'État de l'Uttar Pradeshan, sur les rives de la rivière Ghāgharā, au III-IVème siècle. Ce texte a beaucoup évolué et s’est étoffé au cours des siècles[1]. Le Yogācāra se caractérise par une approche plus positive et graduelle du bouddhisme. La spéculation et les affirmations de tout genre ne lui font pas peur.

Un des maîtres principaux de l’école Yogācāra-Vijñānavāda fut Asaṅga (env. 300-350), qui serait né à Ayodhyā. Selon les sources hagiographiques, il aurait pu monter à Tuṣita, pour y recevoir des enseignements[2] directement de Maitreya, le dauphin du Bouddha, qui y attend son tour. Selon la tradition tibétaine, Asaṅga aurait reçu le Yogācārabhūmi, en plus des Cinq Traités de Maitreya. Un des cinq traités, l’Ornement des sūtras mahāyāna (Mahāyānasūtrālankārakārikā, tib. mdo sde rgyan) est d’ailleurs composés selon la même structure que le Bodhisattvabhūmi (attribué à Asaṅga dans la tradition tibétaine, où il est publié séparément[3]), qui fait partie d’un volume (n°12, niveau 15) du Yogācārabhūmi.

Le Bodhisattvabhūmi se divise en trois “sections de yoga” (skt. yogasthāna tib. rnal 'byor gyi gnas), divisées en chapitres (paṭala), et qui traitent respectivement du Yoga de la Base (skt. ādhārayogasthāna tib. gzhi'i rnal 'byor gyi gnas), du Yoga des facteurs en accord avec la Base (skt. ādhārānudharmayogasthāna tib. gzhi'i mthun pa'i chos kyi rnal 'byor gyi gnas), et du Yoga sur le point culminant de la Base (skt. ādhāraniṣṭhāyogasthāna tib. gzhi'i rnal 'byor gyi gnas tha ma).

Les premiers deux points du texte expliquent la Base (skt. ādhāra tib. gzhi) et les Signes (skt. liṅga tib. rtags) d’un bodhisattva. La “Base” est la triple “précondition” (traduction d'Ulrich T. Kragh) d’un bodhisattva. D’abord la Filiation (l’Appartenance, la Famille, le Lignage[4] skt. gotra tib. rigs), que Kragh traduit par “prédisposition”. Ensuite, la résolution (skt. cittotpādaḥ tib. sems bskyed), et finalement la pratique de tous les facteurs de l’éveil (skt. bodhipakṣyā dharmāḥ tib. byang chub kyi phyogs kyi chos). Ces trois préconditions sont “le buddhakṣetra des Bodhisattva” (ch. 1 Vimalakīrtinirdeśa). La précondition la plus importante est innée[5], c’est la “prédisposition”, la Filiation. Sans cette précondition, il est impossible de devenir un bodhisattva, car les deux autres (acquis) ne suffisent pas. Tous les êtres humains ne naissent donc pas avec cette Filiation. Ceux à qui la première “prédisposition”, la Filiation, fait défaut sont “Sans Famille” et appelés “ceux qui n’appartient pas à la Famille” (skt. agotrastha tib. rigs la gnas pa ma yin pa). De telles personnes, en quelque sorte “a-spirituelles”, n’appartiennent pas à une Famille (spirituelle), ne seront jamais des bodhisattvas, et ne pourront pas devenir un Bouddha, même en prenant la résolution de l’éveil, et en pratiquant ensuite les 37 facteurs de l’éveil. Si votre résolution et pratique ne font pas de vous un bodhisattva, cherchez du côté de votre Filiation… Le Yogācāra serait-il un bouddhisme brahmanique ?

En revanche, ceux qui ont une Filiation spirituelle, sont des champs, sur lesquels des “semences” (skt. bīja tib. sa bon) peuvent être semées. Leur maturation est inéluctable et elles porteront des fruits bien spécifiques. Les autres sèmeraient sur un champ spirituellement infertile. On pourrait aussi s’inspirer de la doctrine karmique du Jainisme et traduire gotra par “statut (social)”. Chez les Jaïns, le genre (masculin, féminin et neutre) est également un facteur karmique[6].

Cela devait nous préparer à ce qui va suivre. Un bodhisattva est supérieur aux Auditeurs (śrāvaka) et aux Bouddhas solitaires (pratyekabuddha), non pas à cause de sa résolution ou de sa pratique, mais à cause de sa “Filiation” innée, ou son statut spirituel, grâce auquel il serait doté d’autre qualités innées, qui le rendent supérieur aux autres chercheurs. Il est par nature plus intelligent (skt. tīkṣṇendriyaḥ tib. dbang po rno ba), qualité innée. En outre, il pratiquerait pour le bien de tous les êtres (résolution supérieure), et sa réalisation serait supérieure (qualités “acquises”).

Passons maintenant aux “Signes”, aux caractéristiques, du bodhisattva. Je laisse de côté ici les qualités spirituelles. Tournons-nous vers le Bodhisattvabhūmi d’Ārya Asaṅga/Maitreya, qui nous présente le bodhisattva en ses qualités innées, prérequises pour celui qui souhaite devenir un Bouddha charismatique, c’est-à-dire avec toutes les qualités requises pour convertir les êtres. D’abord une petite explication sur le terme “champ” (skt. kṣetra tib. zhing). On trouve dans le premier chapitre du Vimalakīrtinirdeśa une interprétation “spritualisée” du champ de Bouddha, qui n’est autre que le champ d’un être (ordinaire).
12. Le Bienheureux leur dit alors : Fils de famille (kulaputra), le champ des êtres (sattvakṣetra) est le buddhakṣetra des Bodhisattva.” Vimalakīrtinirdeśa (Lamotte, p. 112-113)

Dans le même texte, suit alors une énumération de diverses perfections (pāramitā) etc., tel “le champ des bonnes dispositions (āśayakṣetra) est le buddhakṣetra des Bodhisattva” (VKN p.114), d’où il ressort que le “champ”, et ”la purification des champs de Buddha (buddhakṣetra pariśodhana), n’est autre que la purification de la pensée.
S’abstenir de tout mal (pāpa), s’exercer à l’efficace (kusala),
Purifier son propre esprit, tel est l’enseignement des buddha
” (Dhammapada (n° 183).
Comme nous l’avons vu ci-dessus, selon le Yogācāra, “l’esprit”, “la Base” ou “le champ”, d’un être “incarné” vient avec une triple “précondition”, ce qui revient un peu à dire que les âmes sont distribuées avec du firmware différent… Vous allez comprendre.

Le Bodhisattvabhūmi explique que la pureté du champ est en fonction de la bonne exécution de l’application et de la stabilité de cette bonne exécution, en vue d’un résultat. Quels sont les résultats des maturations d’un bodhisattva ? Par exemple, l’apparence physique excellente. Un bodhisattva est beau (oui, au masculin), car il doit être aimé par le monde. Il doit naître dans une bonne famille, car ainsi il sera respecté, vénéré et loué par le monde. Les gens obéissent au doigt et à l’oeil un beau bodhisattva de bonne famille. Il doit être puissant, c’est-à-dire avoir du pouvoir, une belle voix, etc. Un tel bodhisattva est un Grand homme (mahāpurusa)

Résultats d'une recherche Google sur "bodhisattva" et "Gandhara"

Le bodhisattva est mâle, car un véhicule mâle possède toutes les qualités pour exercer toutes les activités qui requièrent un effort et du discernement. Un homme de bonne famille est intrépide, et a la liberté de voyager, débattre, séjourner avec qui il veut, où il veut, il peut manger avec qui il veut, ce qui n’est pas le cas des femmes... Il a ainsi huit résultats de maturations karmiques, l’aidant à bénéficier les êtres et à développer les qualités d’un Bouddha. Ne disposant pas de ces conditions, les efforts des autres êtres resteraient stériles et futiles. Leurs champs n’ont pas été suffisamment purifiés, et leur Filiation est déficiente.

Comprenons-nous bien, ce n’est pas parce qu’étant née esclave, femme, moche, manquant d’intelligence, avec une voix désagréable, etc., que l’on est limitée dans ses actions, mais on naît dans ces conditions, parce qu’on “n’appartient pas à la Famille” et que l’on a commis des actes dans une existence précédente qui font que l’on se trouve dépourvu des “qualités” requises, qui vont avec le statut social (gotra) …

Il y a la croyance en “le karma” et la naissance, qui est définie selon chaque école des religions indiennes, tibétaines, etc.; c’est une chose. Il y a aussi ce que le lien entre des actes sélectifs, leur maturation, et les résultats correspondants allégués nous apprend en creux sur leur doctrine de “karma”, ou plutôt sur ceux qui nous le font connaître et sur leur vision de la société, notamment dans le domaine du statut social, du genre, etc.

Ce serait un bon karma de naître comme le fils de la reine dAngleterre et un mauvais karma de naître petit africain souffrant de malnutrition. Ce serait un bon karma de naître comme un enfant mâle dans une bonne famille célèbre, très riche, très influente, en bonne santé, avec un beau corps, une belle voix, de l’assurance, du pouvoir, etc., car en tant que bodhisattva, les gens vous respecteront, vous aimeront, vous obéiront au doigt et à l’oeil, et si vous accédez au pouvoir, vous pourrez même les gouverner de façon éclairé, tout en les conduisant à l’éveil par la religion bouddhiste. En multipliant les contacts de tout genre[7], Le bodhisattva créera les connexions karmiques, qui vont mûrir davantage existence après existence, et au moment de devenir un Bouddha, c’est des millions d’êtres qu'il libérera.

La définition du bodhisattva est très claire, une femme ne peut pas être un bodhisattva dans le sens où l’entend le Bodhisattvabhūmi : elle n’a pas un “statut” suffisant. Le traducteur anglais Artemus B. Engle[8] a beau écrire “il ou elle” quand il réfère au “bodhisattva”, Asaṅga est très clair à ce sujet, il suffit de relire les conditions ci-dessus. Une femme ne peut pas atteindre l’état de Bouddha, et ne possède pas les trois “préconditions” et la “prédisposition” d’un bodhisattva. Elle a beau semer des résolutions et des pratiques dans son champ, celles-ci ne porteront pas les mêmes fruits que chez le bodhisattva. Au mieux, elles aideront à progresser la femme à créer les conditions pour une naissance mâle future, en espérant que ce mâle soit bien-né. Même en naissant dans un corps mâle, il faudra de nombreuses naissances mâles, pour se débarrasser totalement des imprégnations (skt. vāsanā) féminines.
Une femme ne peut pas atteindre le parfait et plein éveil. Pourquoi cela ? Lorsqu’un bodhisattva sort de la première période d’un nombre infini de kalpas [à partir de l’état d’ārya], il renonce à l’état féminin, et à partir de ce moment, jusqu’à qu’il s’assoit sur le siège de l’éveil, il ne redeviendra plus jamais une femme. Toutes les femmes ont par nature de nombreuses passions (kleśa) et une sagesse déficiente (skt. duḥ tib. ‘chal ba). La personne qui a un continuum avec de nombreuses passions et une sagesse déficiente ne peut pas atteindre le parfait et plein éveil.”[9]
Le bouddhisme Yogācāra n’est pas la seule religion à instiller ainsi une image négative de la femme, cosmogoniquement justifiée. C’est d'ailleurs loin d’être le seul élément (voir un échantillon ci-dessus) qui pose problème dans le Bodhisattvabhūmi aux niveaux des valeurs et de jugements de valeurs, d’un point de vue contemporain. Il pose un omniscient, qui est censé avoir vu la réalité telle qu’elle est, mais qui est incapable de voir à long terme et au-delà de l’idéologie dans lequel il baigne. Une idéologie n’est pas la réalité telle qu’elle est (skt. tattvatas). L’idéologie et les valeurs du temps du Bodhisattvabhūmi ne sont pas les nôtres, et ne nous doivent pas servir de modèle. Quand on a la prétention d’enseigner une méthode intemporelle (“des trois temps”, “bonne au début, au milieu et à la fin”), on ne devrait pas y mêler des éléments idéologiques sociétaux, comme ceux exposés ci-dessus. Un bodhisattva, qui selon le Bodhisattvabhūmi est quasiment une sorte de noble (ārya) bien né, n’est pas une femme, peut être fortuné, peut avoir des femmes, et un entourage (skt. parivāra tib.’khor) avec des servants et des esclaves[10]. Mais les bodhisattvas du Bodhisattvabhūmi n’avaient pas les scrupules de certains bodhisattvasde gauche d’aujourd’hui. Certes, les bodhisattvas bien-nés du Bodhisattvabhūmi pouvaient offrir leurs servants, leurs femmes, leurs enfants, leurs yeux, leurs corps, mais ils n’étaient jamais des femmes, ni des losers. Les tulkus tibétains ne sont pas des losers non plus, et les valeurs et critères qu’ils enseignent en Occident sont souvent tout à fait compatibles avec les valeurs et les critères du Bodhisattvabhūmi du IVème siècle, comme si l’on n’avait pas changé d’époque et de région.

Légalité foncière (samatā), si chère au bouddhisme, n’est pas une égalité idéologique. La nature de bouddha d’un homme ou d’une femme ne donne pas un accès égal à la bouddhéité. L’une en est, par nature, plus éloignée que l’autre, cela se mesure en kalpas… Il faudrait presque amender la doctrine du précieux corps humain, car une femme n’a pas accès à la bouddhéité, ni au statut de bodhisattva, pas de son vivant, et pas tant qu’elle revient “en femme”. En cela, une naissance féminine est comparable à une naissance dans un des mondes malheureux. C’est assez tôt (à l’état d’ārya) qu’un bodhisattva aspirant à la bouddhéité doit laisser derrière lui les naissances dans un corps féminin. Connaissons-nous un jātaka, où le Bouddha était né dans un corps féminin ? Il en existe un dans une version médiévale de jātaka théravadin[11]. L’exception qui confirme la règle. L’histoire se situe dans le dernier kalpa, avant le kalpa où le Bouddha devint le Bouddha, donc à une distance temporelle sûre et pure. Il s’agit d’une princesse qui était la soeur du Bouddha précédent Dīpaṃkara.

On aurait tort de faire grand cas de ce genre de “femmes éminentes” dans le bouddhisme et de les présenter comme des trophées féministes, quand il s’agit de figures légendaires, de pures fictions, ou de déesses et de ḍākinī, bref, toujours de femmes imaginaires et non de femmes historiques en chair et en os.

***
Quelques billets et articles associés :

Être, être déterminable et ne pas être

Source d'inspiration pour le titre provocateur :
"A monk asked, "Does a dog have a Buddha-nature or not?"
The master said, "Not [Mu]!"
The monk said, "Above to all the Buddhas, below to the crawling bugs, all have Buddha-nature. Why is it that the dog has not?"
The master said, "Because he has the nature of karmic delusions
".
- The Recorded Sayings of Zen Master Zhao Zhou, koan 132

"A monk asked Master Zhao Zhou, "Does a dog have Buddha Nature?"
Zhao Zhou replied, "Yes."
And then the monk said, "Since it has, how did it get into that bag of skin?"
Zhao Zhou said, "Because knowingly, he purposefully offends
."
- Book of Equanimity or more formally the Hóngzhì Chánshī Guǎnglù

[1] Voir l’article The Yogācārabhūmi and Its Adaptation, Introductory Essay with a Summary of the Basic Section, par Ulrich Timme KRAGH, d’où je tire la plupart des infos de ce blog.

[2] Ses enseignements auraient fait l’objet de cinq textes, intitulés les “Cinq Traités de Maitreya” (tib. Byams pa chos lnga), à savoir :
Abhisamayālankārakārikā (« Ornement de la réalisation ») ;
Mahāyānasūtrālankārakārikā (« Ornement des sūtras mahāyāna ») ;
Madhyānta-vibhanga (« Discrimination entre le milieu et les extrêmes ») ;
Dharmadharmatāvibhanga (« Discrimination entre existence et essence ») ;
Mahāyānottaratantra-śastra ou Ratnagotravibhaga (« Traité sur la nature de Bouddha »).

[3] T1579.35-50.478b6-576b27; D4037.1a1-213a7

[4] Avec des majuscules pour indiquer un sens “spirituel” qui n’est pas leur sens habituel. La Filiation s’applique à la Base, pas à la naissance dans une famille humaine.

[5]First, the bodhisattva 's predisposition is established as an original nature (prakṛtisthaṃ gotram , běnxìng zhù zhǒngxìng 本性住種姓, rang bzhin gyis gnas pa'i rigs), meaning that it is a particular [inborn] trait nestled in the character of such predisposed persons that has always been present in them as an inherent quality throughout rebirth after rebirth.”

[6]The vedas or the gender passion hinders the jiva from obeying the laws and from practicing self-discipline. It is of threefold variety, according to the three species of sexes:[13]

Purusa veda (the male gender and corresponding gender passion) - Through this, in the man the desire for union with a female is produced. Also man has at first an exceedingly strong desire, which disappears as soon as his lust is satisfied.

stri veda (the female gender and corresponding gender passion) – Through this, in a woman the desire for union with a man is excited. Also the desire in the woman is weak so long as she is untouched, but grows into immensity through the enjoyment of intercourse.

napumsaka veda (the third gender are to the burning of a town, which lasts long and finds no satisfaction
.”

[7] Lors de sa visite à Vajradhatu en 1992, Gyatrul Rinpoché[3] expliquait aux disciples de Trungpa et de Rich, que ceux qui avaient eu la chance d’avoir eu des rapports sexuels avec ces maîtres, qui étaient des grands bodhisattvas, de ne pas s’en vanter.

Et n’oubliez pas que c’était à cause de sa bonté qu’il avait reconnu votre karma de cultiver cette connexion et de l’actualiser. Si votre attitude en est une d’humilité et de dévotion, et que vous suivez ses instructions, cela pourra être très bénéfique pour vous à cause de la nature particulière de votre connexion avec lui.” La réhabilitation d'un détenteur de lignée déchu

[8]I am personally sympathetic to the fact that many female readers will react unfavorably to this dogma. At the same time, I do not believe that it needs to be taken as simply a gratuitous denigration of the female. Since this issue has been addressed at length by a number of contemporary scholars, I will not comment upon it further here beyond expressing the sincere hope that all readers will be able to appreciate the singular importance that this work clearly merits in the history of Buddhist literature.”

Commentaire personnel : Il ne s’agit pas d’avoir de la sympathie ou non pour telle ou telle “cause“, quand il s’agit clairement d’un problème qui concerne l’humanité toute entière. L’esclavage n’est pas le problème des esclaves, le racisme n’est pas le problème des membres des races opprimées, le dénigrement de la femme par les religions, etc. n’est pas le problème des femmes. Ces problèmes sont le fait de ceux qui ont décidé d’utiliser ces discriminations pour imposer un rang inférieur à d’autres êtres humains, ou qui les reprennent à leur compte. A mon avis, le mot sympathie est déplacé ici.

[9]A woman cannot attain unsurpassed true and complete enlightenment. Why is that? [This should be understood] as follows: Once a bodhisattva has passed beyond the first [period of a] countless number of kalpas he abandons the state of being a woman, and [from then on] until he sits at the seat of enlightenment, he will never again become a woman. The entirety of womankind naturally possesses a great many mental afflictions and is subject to inferior wisdom, and it is not possible for [a person with] a mind stream that naturally possesses a great many mental afflictions and is subject to inferior wisdom to attain unsurpassed true and complete enlightenment..”

Tibétain : bud med kyis kyang bla na med pa yang dag par rdzogs pa'i byang chub mngon par rdzogs par 'tshang mi rgya ste/_de ci'i phyir zhe na/ 'di ltar byang chub sems dpa' ni bskal pa grangs med pa dang po 'das pa nyid nas bud med kyi dngos po spangs pas na/ nam byang chub kyi snying po la gnas kyi bar du nams kyang bud med du mi 'gyur ba dang / bud med thams cad ni rang bzhin gyis nyon mongs pa mang ba dang / shes rab 'chal ba yin la rang bzhin gyis nyon mongs pa mang ba'i rgyud dang / shes rab 'chal pa'i rgyud kyis kyang bla na med pa yang dag par rdzogs pa'i byang chub tu mngon par rdzogs par 'tshang rgya bar mi nus pa'i phyir ro/

[10] BBhV ṛ (f. 52b): “A retinue is made up of children, wife (or wives), male and female servants, workers, and the like.”)

[11]This jātaka is found in several medieval Pāli texts.The translation of the story in this chapter is the longest and most elaborate version of the story titled “The Princess Who Gave the White Mustard Oil” (“Princess Jātaka”) from the Sotaṭṭhakīmahānidāna (Sotaṭṭhakī), a biography of the Buddha written (or, more accurately, compiled) by a monk named Culabuddhaghosa, of unknown date and provenance, but known throughout the Theravādin medieval world.” Karma Lekshe Tsomo, Eminent Buddhist Women.

samedi 6 février 2021

Bouddhisme "de gauche" et "de droite"



Il y a un bouddhisme “de gauche” et un bouddhisme “de droite”, l’un enseigne l’égalité foncière (skt. samatā) et l’autre une inégalité “mobile”. Les racines de l’égalité plongent dans la véritable nature des choses et des êtres, définie par la coproduction conditionnée, et/ou les trois caractéristiques, dans deux quatrains célèbres.
Tous les composés sont impermanents (P. sabbe saṅkhara annicā)
Tous les composés sont souffrance (P. sabbe saṅkhara dukkhā)
Tous les phénomènes (dharma) sont sans soi (P. sabbe dhammā anatta)
[La destruction (de tous les liens), c’est le nirvāṇa (S. śantaṁ nirvāṇaṁ).
]”
Les trois premiers vers de ce quatrain (“les quatre sceaux”) se trouvent dans le Dhammapada[1]. Le quatrième vers est un ajout plus tardif. Selon Phillip Stanley, le premier auteur à mentionner les quatre sceaux comme un ensemble au Tibet était Longchenpa (1308 - 1364 ou 1369) dans son Trésor des doctrines philosophiques (tib. grub mtha' mdzod)[2].

Pour ce qui est de la coproduction conditionnée, il y a deux citations célèbres.
Ceci étant, cela devient ;
Ceci apparaissant, cela naît.
Ceci n'étant pas, cela ne devient pas ;
Ceci cessant, cela cesse [de naître]
.”[3]
et :
De tout ce qui est produit par une cause,
Le Tathāgata en a dit la cause
Ainsi que la cessation ;
Telle est la doctrine du Grand Renonçant
.”[4]
La danse des morts (Basler Totentanz)

La véritable nature des choses et des êtres n’est donc pas une essence immuable, à moins que l’on considère la coproduction conditionnée et les trois caractéristiques comme telle, exprimant du même coup “la vérité absolue” (skt. paramārtha-satya). Celle-ci, tout comme la mort, est alors le “grand égalisateur”. La thèse principale du Samādhirājasūtra se retrouve dans le titre au complet : “l’égalité de tous les dharma dans leur essence” (skt. sarvadharmasvabhāvasamatāvipañcita-samādhirāja). Le sūtra explique cette seule qualité, l’égalité (tib. mnyam nyid) de la pensée conduit à l’éveil et à l’obtention du samādhi de l’égalité de tous les dharma (chapitres 1, 8, 11, 12, 13, 19, 33).

La vérité conventionnelle (saṃvṛti-satya) est celle du monde des conventions dans lequel nous vivons. Elle se retrouve dans les concepts et le langage, qui sont coproduits, impermanents, imparfaits, et sans essence, autrement dits “vides” d’essence propre. Idéalement, l'expérience du bodhisattva est celle des deux vérités à la fois. La coproduction conditionnée est vide aussi, comme le montre Nāgārjuna (MMK, ch. 17). En essentialisant la cause et le fruit, “vous butez sur de faux problèmes [...], parce que vous hypostasiez l’acte (karman), les passions (kleśa), l’agent (kartṛ), le fruit (phala), celui qui le déguste (bhoktṛ), c’est-à-dire le sujet de la vie affective, le corps (deha), etc. Dans la réalité nue (tattvatas), aucune de ces entités n’a d’existence autonome[5].

L’égalité de la vérité absolue vide de sa substance les inégalités de la vérité conventionnelle. Elle peut devenir un refuge et un abri pour ceux qui souffrent des inégalités, qu’ils soient victimes ou bourreaux. Pour un bodhisattva, qui allie les deux vérités, ce refuge n’est pas la bonne solution. Si la vérité conventionnelle produit des inégalités, elle peut être amendée à cause de la coproduction conditionnée : “Ceci étant, cela devient, Ceci cessant, cela cesse”. Si les causes des inégalités et des injustices cessent, les inégalités et les injustices cesseront. L’intervention d’un bodhisattva est alors souhaitable et nécessaire. Si le statu quo produit de la souffrance, afin de faire cesser la souffrance, il faut intervenir sur les causes du statu quo.

Il y a aussi un bouddhisme qui salue les inégalités, et qui y voit même une sorte de justice. Une justice qui produit des inégalités, à cause d’actes commis dans le passé par des agents qui dans leur existence actuelle en dégustent le fruit. La coproduction conditionnée devient alors la Loi du Karma, une dure loi, ou une sorte de volonté divine, dont il accepte les décrets. Au lieu de voir les inégalités et les injustices comme un problème social, elles deviennent des problèmes individuels, dont ceux qui dégustent (bhoktṛ) sont entièrement responsables. Si tout le monde respectait la Loi du Karma et vivait conformément à elle, tous seraient heureux et le monde serait un champ de Bouddha, en théorie. C’est la responsabilité individuelle et le mérite de chacun qui crée l’inégalité. Si chacun gère bien son karma individuel, le monde ne peut qu’en devenir meilleur. Vouloir s’y prendre autrement pour changer le monde serait une illusion. La vérité conventionnelle ou plutôt symbolique de la vie sous une théocratie ou une monarchie de droit divin suffit à prendre les sujets par la main et de les conduire droit au salut, au choix en une seule existence, en plusieurs, en passant par un purgatoire, etc.

Dans le bouddhisme “de droite”, la vérité conventionnelle ou plutôt symbolique avec ses hiérarchies et ses inégalités et injustices “divines” pèse de tout son poids. Elle n’est pas à prendre à la légère, et il vaut mieux que “l’égalité” de la vérité absolue n’y soit pas trop présente, afin d’éviter que la machinerie méritocratique du monde symbolique ne se grippe.

Un “bodhisattva” dans un bouddhisme “de droite” est le clerc de la vérité symbolique. Le bouddhisme “ de droite” n’a pas intérêt à ce que ses sujets ne s’évadent dans “l’égalité” de la vérité absolue. Il préfère qu’ils restent éternellement figés dans la vérité symbolique. Le traitement des inégalités et des injustices est symptomatique et passe par une pitié mesurée et par de la charité. Le “bodhisattva” “de droite” n’interviendra pas sur les causes des inégalités et des injustices, qui selon lui et la Loi du Karma ne relèvent que de la responsabilité individuelle de “ceux qui dégustent” (bhoktṛ).

Pour le bodhisattvade gauche la situation est plus ouverte. Il n’y a pas de vérité symbolique à défendre, pour sauvegarder la méritocratie de la Loi du Karma. Son traitement des inégalités et des injustices n’est pas symptomatique, et veut intervenir directement au niveau de leurs causes. La charité, qui permet un soulagement temporaire, n’est pas la solution. C’est en tant que citoyens de la société dans laquelle ils vivent, que les bodhisattvas “de gauche” agissent collectivement pour remédier aux inégalités et les injustices, pas en faisant le vide dans leurs têtes, chacun chez soi. La vérité symbolique, ce sont alors la solidarité et les valeurs partagées dans une société qui ne récompense pas l’avidité, la haine et l’ignorance.

***

[1] Vers n° 5, 6 et 7 de chapitre XX.

[2]phyag rgya bzhi'i bsgom tshul ni sems bskyed nas/'dus byas thams cad mi rtag pa dang*/zag pa dang bcas pa'i rang bzhin 'khor ba sdug bsngal dang*/chos thams cad bdag med pa dang*/mya ngan las 'das pa zhi bar bsgom pa'i rjes la bsngo ba byed pa'o/ et : 'dis ni mya ngan las 'das pa zhi ba dang zag bcas thams cad sdug bsngal ba khas len mod kyi/chos thams cad bdag med pa dang*//'dus byas thams cad mi rtag pa spangs pa yin te sngar bshad pa bzhin no//de ni yang dag par 'thad pa ma yin te/”

[3]imasmim sati, idam hoti ;
imassuppâdâ, idam uppajjati.
Imasmim asati, idam na hoti ;
imassâ nirodha, idam nirujjhati
.”

[4] Ye dharmā hetuprabhavā hetuṃ teṣāṃ tathāgataḥ hyavadat teṣāṃ ca yo nirodha evaṃ vādī mahāśramaṇaḥ. En tibétain : chos rnams thams cad rgyu las byung// de rgyu de bzhin gshegs pas gsungs// de yi 'gog pa gang yin pa// dge sbyong chen pos de skad gsungs//

[5] Guy Bugault, Stances du milieu par excellence, Gallimard, p. 209

dimanche 24 janvier 2021

Que faire du "lien féodal" désuet de l'institution des lamas ?


“I feel some of this lama institution is some sort of interference of feudal system,
that is out of date. It now must end.”

Le bouddhisme tibétain est une forme de bouddhisme tantrique indo-tibetain, où le guru prend une place centrale. Cette place devient encore essentielle dans la pratique dite “guruyoga” (tib. bla ma’i rnal ‘byor), où le disciple cherche à unir son esprit avec celui du guru, d’où l’importance de bien choisir le guru humain, qui va servir de médiateur. Dans certaines écoles, notamment l’école Kagyu, le chemin du guru, et la dévotion au guru deviennent la méthode d’éveil de prédilection.

Comme l’expérience directe, l’analyse (les listes de dharma, les cinq skandhas, les cinq éléments etc.), l’introspection, etc. sont importantes dans le bouddhisme, et qu’il convient d’examiner le buddhadharma, comme un orfèvre testerait de l’or, le vajrayāna, qui est une forme de bouddhisme, propose de bien examiner le guru, avant de se lier à lui, à travers des initiations, des instructions avancées, etc., car l’approche du vajrayāna ne permet pas que l’on revienne sur sa décision. On reviendra plus loin sur “ce qui” ne permettrait pas de revenir en arrière, ou de changer d’avis.

La voie du guruyoga est donc en quelque sorte contraire au bouddhisme, en ce qu’il convienne de ne plus utiliser son esprit analytique, et de développer la perception pure, afin d’aboutir à une réalisation de non-dualité, une fois l’examen du guru terminé. Elle demande l’engagement total (samaya) de celui que l’on ne peut pas appeler autrement que le disciple. La perception pure implique que ce que le bouddhisme considère être des fautes, ne sont plus considérés comme tels[1], dans l’apprentissage de la non-dualité.

Le cérémoniel du vajrayāna, et une partie de sa terminologie, reprend ceux du sacre d’un suzerain (rājādhirāja) médiéval indien[2]. Dans ce contexte, le mot samaya désigne le “lien féodal”. Briser ce lien conduirait, selon le vajrayāna, aux pires souffrances (infernales), et à l’exclusion du fruit ultime, le parfait état de bouddhéité.

Dans une vidéo Youtube (Dalai Lama speaks out about Sogyal Rinpoche), le Dalaï-Lama parle des abus de la part de certains guru, et met en cause le système qui permet cela. Il parle d’un système “féodal”, lequel terme est très approprié.
I feel some of this lama institution is some sort of interference of feudal system, that is out of date. It now must end.”
On voit bien que ce qui pose le problème à ce niveau du bouddhisme tibétain est cette relation au maître. Vu de l’occident, cette relation est en effet désuète, et cette soumission quasi-totale peut être qualifié de "féodale", quant à son principe. Dans le vajrayāna il s'agit de la relation maître-serviteur, avec l’engagement de loyauté totale, de perception pure, qui ne peut voir aucune faute en le maître.

Pourtant, le DalaÏ-Lama ne dit rien qui va dans le sens de l’abolition de ce système guruvāda féodal désuet. Il évoque la nécessité d’examiner le maître au préalable, avant de s’engager avec lui. Mais cela était déjà une recommandation faisant partie de ce système féodal. Au final, une petite indignation, mais rien ne change. “It now must end”, mais qui va l’abolir et comment ?

DKR à Londres, 1ère conférence

Dans la tournée de maîtrise de dégâts de Dzongsar KR, qui a eu lieu en 2018, après l’affaire Sogyal, celui-ci avait deux conférences au centre Rigpa de Londres. J’ai regardé la première qui est en ligne. Rien de vraiment intéressant la première heure et demie. Des questions sur le consentement (1:03), la folle sagesse et les moyens habiles (1:04), n’ont pas réellement reçu de réponse (1:24. On se tourne vers l’avenir, que faire désormais ? Une citation de Mingyur Rinpoché est présenté à DKR (1:32:00).
When the issue is people being hurt or laws being broken, the situation is different.
In that case, the violation of ethical norms needs to be addressed. If physical or sexual abuse has occurred, or there is financial impropriety or other breaches of ethics, it is in the best interest of the students, the community, and ultimately the teacher, to address the issues. Above all, if someone is being harmed, the safety of the victim comes first. This is not a Buddhist principle. This is a basic human value and should never be violated. The appropriate response depends on the situation. In some cases, if a teacher has acted inappropriately or harmfully but acknowledges the wrongdoing and commits to avoiding it in the future, then dealing with the matter internally may be adequate. But if there is a long-standing pattern of ethical violations, or if the abuse is extreme, or if the teacher is unwilling to take responsibility, it is appropriate to bring the behavior out into the open.
In these circumstances, it is not a breach of samaya to bring painful information to light. Naming destructive behaviors is a necessary step to protect those who are being harmed or who are in danger of being harmed in the future, and to safeguard the health of the community
.” Extrait de Lions Roar, When a Buddhist Teacher Crosses the Line, 26/10/2017 Mingyur Rinpoche
DKR est d’accord avec cette déclaration, mais remarque qu’il y a divers degrés d’engagement. L’engagement est généralement marqué par la prise d’une initiation auprès d’un maître. Certains prennent cependant des initiations, pour établir une connexion ou pour recevoir une bénédiction. Si, après analyse et après avoir pris la décision de s’engager avec un maître, l’on constate au bout d’un temps qu’il se comporte mal, etc. et que l’on rompt l’engagement, il s’agit d’une rupture du samaya (1:36:24). Une des solutions, est alors de s’éloigner du maître, sans faire de bruit (1:37:10). De toute façon, la critique n’est pas réellement admise dans aucune des écoles du bouddhisme. Une autre solution est de continuer son apprentissage auprès de ce maître, jusqu’à ce que l’on ait reçu les instructions les plus avancées, et ensuite on peut se retirer. Pourquoi perdre du temps à s’engager avec un autre, nous n’avons pas beaucoup de temps.

Même en ce qui concerne l’examen au préalable, c’est très bien, mais pendant combien de temps on va examiner son futur maître ? Tant que nous fonctionnons dans la dualité, nous trouverons toujours des défauts en le maître.

Petite digression, dans le cas de Dagri Rinpoché, Lama Zöpa Rinpoché de la FPMT avait écrit que Dagri Rinpoché était un saint, et que seul un autre saint était en mesure les actions d'un saint[3].

DKR nous suggère que cet examen préalable soit en fait impossible et infaisable. Quand il vient trop tard il est illégitime.

La différence entre le Dalaï-Lama et DKR est que le premier semble penser que ce système féodal est désuet, et qu’il faut l’abolir, mais sans ne rien faire qui va dans ce sens, et que le dernier ne veut pas “assouplir ("bend") les principes du vajrayāna”(1:14:40), il ne veut d’aucune réforme du vajrayāna, motivé par un changement d’époque, par le politiquement correct... S’il changeait les règles du vajrayāna, il deviendrait par là, le leader d’une secte.

DKR tente une esquive par le bouddhisme mainstream, en demandant Que se passerait-il si on mettait en cause le principe que tous les composés sont impermanents ? Il confond ainsi l’approche d’analyse et d’expérimentation directe, avec une approche de transmission d’une Révélation venant du Corps symbolique d’un Bouddha ou d’une divinité. La première se vérifie, la deuxième s’accepte par confiance et foi.

C’est à partir de 1:51:00 que DKR, après avoir répété que l’objectif final est de réaliser l’état du Guru, vient réellement aux faits.
Il y a des gurus ambitieux, mal formés, vicieux, égoïstes, qu’ils soient des gurus auto-proclamés ou officiellement reconnus, peu importe. Les abus, l’abus de faiblesse, l’abus sexuel, l’abus physique, financier, émotionnel, cela existe en effet. Il ne faut pas être naïf au point de penser que tous les lamas tibétains soient des saints. Non vraiment pas, et nous ne pouvons et ne devons pas les défendre, dans l’intérêt du Buddhadharma et du vajrayāna”. (fin de vidéo 1).
Quel est alors le principe du système féodal, désuet, auquel il faut mettre un terme ? Comment y mettre un terme, qui s’en chargera ? Le lien féodal (samaya) entre maître et disciple etc. etc. détermine la structure et l’hiérarchie féodale de tout l’ensemble. Il empêche que les uns critiquent les autres, même si la critique est justifiée et les faits avérés. Ni avant (pas le temps, la "dualité" empêche de juger), ni pendant, ni après. Dans le bouddhisme tibétain, ce lien féodal (samaya) sera-t-il plus fort que l'intérêt du buddhadharma et le vajrayāna, et causera-t-il un jour la ruine des deux ? 


"Old Boys'Club" film Guru in Disgrace de Jaap verhoeven

C’est pourquoi je pense que nous devrions retourner à la situation indienne originelle : ni réincarnation, ni institution de lamas. C’était une certaine tradition, mais une tradition très reliée au système féodal, une conception ancienne qui doit disparaître. Comme je l’avais dit précédemment, nous devrions être des bouddhistes du XXIème siècle. Pas suivre un chemin orthodoxe.”
Rencontre à Dharamsala le 25 octobre 2019 entre le Dalaï lama et des étudiants de l'Inde et du Bhoutan.

***

[2] Indian Esoteric Buddhism, a social history of the tantric movement, Ronald M. Davidson, p. 106 etc.

[3]We will have to achieve enlightenment in order to investigate the beginningless rebirths of Dagri Rinpoche. We have to be enlightened; otherwise, we can’t investigate. This is my logic.” Lama Zopa Rinpoches Advice to Students of Dagri Rinpoche 14/05/2019

samedi 23 janvier 2021

Briller comme mission



Il y a une vue gnostico-alchimique manichéenne dans le bouddhisme tibétain, où, dans la bataille des forces de la Lumière contre celles de l’Obscurité, les Envoyés des Lumières tentent de récupérer et sauver les âmes emprisonnées dans l’Obscurité. Leurs âmes sont des étincelles de Lumière perdues dans l’Obscurité. Il est alors essentiel pour les Envoyés des Lumières d’attirer l’attention des âmes perdues, et d’établir des connexions avec elles, de quelle nature que ce soit. Toute attention qu’une âme perdue accorde à un Envoyé va alors dans le bon sens, même si les contacts établis sont perçus de façon négative par les âmes perdues, parce que le lien (tib. rten ‘brel) est établi, c’est le début du début de la conversion, qui conduira ultimement au sauvetage de l’âme perdue par l’Envoyé en question, et le retour de cette étincelle dans la Lumière du Plérôme.

C’est cette croyance, qui permet de dire à un Gyatrul Rinpoché, suite aux abus dans la communauté Vajradhatu/Shambala par les Envoyés (“grands bodhisattvas”) Chogyam Trungpa et Thomas Rich, que les personnes abusées ont de la chance, car l’Envoyé “voyait en vous une connexion karmique à cultiver” et “c’était à cause de sa bonté qu’il avait reconnu votre karma de cultiver cette connexion et de l’actualiser”.

C’est la même croyance, qui fait dire à un Dzongsar KR :
Aspirez à créer des connexions avec les gens, même ceux qui ne perçoivent qu’une bribe de votre T-shirt aux couleurs voyantes dans une foule, ce qui aura pour conséquence qu’un grain de dharma soit semé dans leurs esprits.[1]
Si vous croyez en la Bataille entre les Forces des Lumières et les Forces de l’Obscurité, dans un Plérôme de Lumière qui envoie des Envoyés sur la Terre, pour capturer l’attention des âmes perdues, par tous les moyens, afin de les sauver et ramener vers la Lumière, ce bouddhisme est le vôtre. Vous serez entre de bonnes mains. Si vous avez une autre idée du bouddhisme, par exemple celui que le Dalaï-Lama enseigne en public, plus rationnel, plus digestible aux occidentaux, le plus souvent en anglais, il ne correspondra pas forcément à celui de votre lama-racine. Pour en être certain, vérifiez auprès de lui/elle ce qu’il/elle pense des “connexions karmiques à cultiver”.


Brochette de gourous
GàD : Namkhai Nvingpo Rinpoche. Dzigar Kongtrul Rinpoche (debout). Shechen Rabiam Rinpoche (tenant une photo de Jigme Khyentse Rinpoche. le dernier fils de Kangyur Rinpoche), Dzongsar Khyentse Rinpoche (en parinirvana), Neten Çhokling Rinpoche (debout)

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[1] "Aspire to create connections with people, even those who catch no more than a glimpse of your brightly coloured T-shirt in a crowd, that result in the seed of dharma being sown in their minds." Source https://www.facebook.com/IAmSamLongSamIAm/posts/10221779572896678

vendredi 22 janvier 2021

La réhabilitation d'un détenteur de lignée déchu


Chogyam Trungpa et le Régent Vajra Ösel tendzin (Thomas Rich) (photo FB Vajra Regent Ösel Tendzin Library)

Un autre chapitre (15) du livre Enthralled de Christine A. Chandler traite du régent vajra de Chogyam Trungpa. Il s’agit de Thomas Rich ou Osel Tendzin (1943–1990). Je ne vais pas rappeler ici les détails de ses comportements[1], qui ont entre autres conduit au déces dun jeune homme contaminé par le VIH, fait relaté dans le New York Times du 26 février 1989. Tout comme Chogyam Trungpa, Thomas Rich eut de nombreuses relations sexuelles, parfois plusieurs par jour[2]. Il était réputé pour inciter et parfois forcer des hommes hétérosexuels à avoir des rapports avec lui. En cas de résistance, c’est l’ego du disciple qui fut mis en cause. En décembre 1988, la direction de Vajradhatu avait communiqué à ses membres que le VR avait contracté le virus il y a trois ans, donc autour de 1985. Cela ne l'avait pas empêché de rester sexuellement actif. Trungpa lui aurait dit que ses pratiques tantriques le protègeraient.

Le Régent Vajra Ösel Tendzin

Lors de sa visite à Vajradhatu en 1992, Gyatrul Rinpoché[3] expliquait aux disciples de Trungpa et de Rich, que ceux qui avaient eu la chance d’avoir eu des rapports sexuels avec ces maîtres, qui étaient des grands bodhisattvas, de ne pas s’en vanter.
Et n’oubliez pas que c’était à cause de sa bonté qu’il avait reconnu votre karma de cultiver cette connexion et de l’actualiser. Si votre attitude en est une d’humilité et de dévotion, et que vous suivez ses instructions, cela pourra être très bénéfique pour vous à cause de la nature particulière de votre connexion avec lui.”
En 1989, le RV désigna Patrick Sweeny comme le successeur de sa lignée. Cette désignation fut confirmée par Thrangu Rinpoché et par Dilgo KR[4]. Sakyong Mipham étudiait auprès de son maître Dilgo Khyentsé Rinpoché au Népal, quand il fut appelé aux USA par le Régent Vajra, dans le cadre de la succession de son père Chogyam Trungpa, et la mort imminente du Régent Vajra porteur du virus du SIDA depuis 1985 environ. Les directions de Vajradhatu et de la fondation Nalanda avaient demandé (29/12/1988) au Régent Vajra de démissionner. Le VR répondit (17/01/1989) qu’il ne pouvait pas démissionner car cela briserait son engagement auprès de son maître Trungpa. 

Le seizième Karmapa aux USA, avec Trungpa et Rich

Thomas Rich et le seizième Karmapa

Le seizième Karmapa et Thomas Rich

Dans la crise qui sensuivit, Dilgo Khyentsé Rinpoché (17/10/1989), à la demande du VR et de Karl Springer, écrit à la communauté et demanda de suivre le RV, qui fut nommé par Trungpa et confirmé par le seizième Karmapa. Quand le conflit perdura, Dilgo KR recommanda au RV de faire une retraite, et demanda (15/02/1990) à la communauté de se regrouper, en faisant le rituel (composé par Trungpa) du Sādhana de la Mahāmudrā. Le lendemain de la mort du RV (26/08/1990), SE Jamgoeun Kongtrul demanda la communauté d’accepter le Sakyong Mipham comme successeur. Dilgo KR envoya une lettre allant dans le même sens, le même jour. 

Thomas Rich et Dilgo KR

En 1991, Karl Springer écrit à Dilgo KR pour lui demander de nommer un régent pour le régent, un successeur à Thomas Rich[5]. Le disciple principal du VR, Patrick Sweeny, fit de même. Dilgo KR répondit, en ce qui sera sa dernière lettre à la communauté (10/08/1991), que cela n’avait pas de sens, et qu’il convenait de mettre tous les problèmes et  allégations de côté[6]. Dilgo KR est mort en septembre 1991. 

Lettre de Dilgo KR du 17/10/1989

A la demande de se mettre en retraite, le VR déménagea en 1989 à Ojai, Californie, avec certains de ses disciples, parmi lesquels Patrick Sweeney, que le VR avait choisi comme son détenteur et successeur. Après la mort du VR, Sweeny créa Satdharma[7], afin de continuer la lignée du VR, séparée de Vajradhatu[8]. Le site web de Satdharma, fut actif pendant un certain temps, mais affiche actuellement uniquement une page d’accueil avec la possibilité de contacter Patrick Sweeny. Par le biais du site Wayback, on a accès à certains documents, où l’on voit apparaître de nouveaux joueurs tibétains[9].

Thrangu R. à Ojai, Californie, en 1995,
photo : Ladye Eugenia Stewart

Notamment Thrangu Rinpoché[10], qui fit construire, et qui consacra un stupa (stupa of the awakened mind) à la mémoire du VR à Ojai, Calfornie. Il composa également une prière d'invocation des bénédictions du Régent Vajra (en 1993). Il devint un des conseillers spirituels de la lignée du VR. Plus tard, Thrangu Rinpoché construira son propre stupa et centre à Crestone, Californie.

Sakyong Mipham et le RV (detail thangka du Vidyadhara de Greg Smith 

Un rapprochement entre la lignée de Sakyong Mipham et la lignée du VR et son sucesseur Patrick Sweeny fut rendu possible par l’intermédiaire de Khenpo Tsultrim Gyamtso[11]. Le 7 juillet 2005, Patrick Sweeny se rendit en France, au château du Mas Marvent (Dechen Chöling) pour y rencontrer le Sakyong Mipham[12]. Suite à cette rencontre, une lettre daccord entre les deux parties fut publiée, dans laquelle les deux lignées se reconnaissaient mutuellement. La lignée et l’héritage du Vajra Régent Ösel Tendzin, Thomas Rich, était reconnu par Vajradhatu/Shambala et par les grands khenpos de la lignée Kagyupa.
Whenever disharmony is followed by harmony, that harmony is strong, long-lasting and pure. Whenever contradiction is brought under the clear gaze of wisdom realizing equality and original purity, it self-liberates into spaciousness and openness that is filled with joy and love. Chogyam Trungpa Rinpoche and Vajra Regent Osel Tendzin demonstrated this path to beings” (extrait d’une lettre de Khenpo Tsultrim Gyamtso R, cité dans l’accord)
Patrick Sweeny fit allusion au schisme causé par le scandale autour du Régent Vajra comme un “tremblement de terre de samaya”. Il y eut un autre tremblement de terre en 2018, quand le Sakyong fut accusé d’abus sexuels[13]. Il n’est pas certain que le royaume de Shambala survive cette fois-ci. Satdharma, le site web de la lignée du Régent Vajra, ne consiste plus qu'en une simple page d’accueil, où la seule action possible est de contacter Patrick Sweeny, le successeur et le détenteur de la lignée.

On voit bien le rôle joué par des hiérarques tibétains dans l’aventure Shambala. Dilgo KR fut un des conseils de son disciple Chogyam Trungpa, et avait personnellement conduit son couronnement en tant que Sakyong. Le seizième Karmapa avait confirmé la désignation de Thomas Rich en tant que Régent Vajra de Chogyam Trungpa. Quand les scandales autour des contaminations VIH par le Régent Vajra ont éclaté, Gyatrul Rinpoché est venu pour rappeler à l’ordre tous ceux qui avaient eu des rapports avec sexuels avec Trungpa ou Rich. Dilgo KR avait initialement demandé à la communauté de rester loyal au Régent Vajra, avant de recommander que celui-ci fasse une année de retraite. Après la mort du VR en 1990, Patrick Sweeny, son détenteur de lignée, avait reçu le soutien de Thrangu Rinpoché, qui l’avait aidé à sauver la lignée du Régent Vajra, que le seizième Karmapa avait confirmé. Khenpo Tsultrim Gyamtso, avait aidé au rapprochement des deux lignées et à la réintégration de la lignée du Régent Vajra.

Livre paru à l'occasion du 25ème anniversaire du parinirvana de Thomas Rich

Reste à voir comment les hiérarques tibétains vont réagir après les scandales de l’été 2017 (Sogyal Lakar) et de Shambala en 2018. La disgrâce de Sogyal Lakar changera-t-il quelque chose aux sauvetages décomplexés de lignées et de lamas ?

Lire ou relire aussi Tibetan Buddhism Enters the 21st Century: Trouble in Shangri-la de Stuart Lachs

MàJ 19022021 Mme Rich prend le relais
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[1] Voir aussi John Steinbeck IV and Nancy Steinbeck (2001). The Other Side of Eden: Life with John Steinbeck, Prometheus Books. ISBN 1-57392-858-5.

[2] Encountering the Shadow in Buddhist America, Common Boundary Magazine 1990 May/June, Katy Butler

[3]N’ayez pas de pensée ordinaire à ce sujet, du type “Oh, il a couché avec moi, alors je suis son égal ; cela fait de moi quelqu’un de spécial, car il a couché avec moi”. Ce n’est pas la façon de penser qui convient à une sangyum. Il est de la responsabilité d’une sangyum de considérer qu’il voyait en vous une connexion karmique à cultiver. Et n’oubliez pas que c’était à cause de sa bonté qu’il avait reconnu votre karma de cultiver cette connexion et de l’actualiser. Si votre attitude en est une d’humilité et de dévotion, et que vous suivez ses instructions, cela pourra être très bénéfique pour vous à cause de la nature particulière de votre connexion avec lui. Si vous cultivez cette situation, vous pourrez progresser, et être très utile aux autres. Mais si vous ne reconnaissez pas le niveau de cette connexion et la percevez comme quelque chose d’ordinaire, en vous gonflant d’orgueil et d’ego, vous aurez réellement manqué cette opportunité. Ce serait plutôt comme coucher avec un roi, mais [votre maître] n’était pas un roi, mais un bodhisattva. C’est une grande différence”. Gyatrul Rinpoche, Oral Commentary on the Natural Great Perfection by Dudjom Lingpa, given in Boulder, 1992, trans. Sangye Khandro, ed. Ian Villarreal, later published by (Ashland, Oregon: Mirror of Wisdom Publications, 2000), 58-59

[4] Biography of Patrick Sweeney sur le site de Satdharma, via Wayback.

[5]In this letter, written almost a year after the Regent’s death, Karl expresses the difficulties that he and others have experienced since the Vajra Regent’s death. In particular, Karl points out that while the Regent had agreed to the decision that the Sawang would assume leadership of Vajradhatu, he did so under certain conditions. One of these conditions was that the Regent retained the right to choose his own dharma heir and lineage successor “regardless of who ran Vajradhatu.”

[6]His Holiness’ replies comes quickly. “There would … be neither purpose nor benefit in newly appointing a regent of the Regent, instituting a holder of his lineage, dividing the dharma centers into two sections and so on. Therefore, it is important that, beginning now, any and all allegations concerning this be set aside completely.” His Holiness died in September 1991, just seven weeks after this letter was sent.” Réponse à Karl Springer.

His Holiness’ letter to Patrick, dated the same day, conveys what is essentially the same message. “There would … be neither purpose nor benefit in newly appointing a regent of the Regent or instituting a holder of his tradition. Therefore, it is important that, beginning now, any and all allegations concerning this be set aside completely.” Réponse à Patrick Sweeny.

[7]SATDHARMA is the organization that organization that encompasses the Ojai encompasses the Ojai Valley Dharma Center alley Dharma Center, the Pullahari R ullahari Rullahari Retreat Center, and the Vajra Regent Ösel Tendzin Library and Archives. It was founded to hold and continue the transmission in the West of the Buddhist and Shambhala lineages of the Vidyadhara, Chögyam Trungpa Rinpoche and his Vajra Regent, Ösel Tendzin. Satdharma is under the direction of the current lineage holder lineage, Patrick Sweeney.” Satdharma Bulletin dec. 2002

[8] Letters of The Current Situation

[9]Spiritual Advisors

Satdharma is most fortunate to have the Venerable Khenchen Thrangu Rinpoche as a spiritual advisor. His encouragement and authorization have empowered the growth of Satdharma’s study and practice activities, including Vajrayana transmission given by Patrick Sweeney early last year and to be given again next January. Thrangu Rinpoche will continue to be a guide for further expansion. Mr. Sweeney will also be working closely with the Dzogchen Ponlop Rinpoche to develop our curriculum. Ponlop Rinpoche has requested him to teach a course in yoga at his annual Nalandabodhi sangha retreat. Ponlop Rinpoche will be visiting Ojai and Pullahari for one week in January of 2004. Additionally, Khenpo Tsultrim Gyamtso Rinpoche has tentatively scheduled a visit to Ojai and Pullahari in November 2003
.” Satdharma Newsletter March 2003

[10] "In 1995 Very Venerable Thrangu Rinpoche visited the Ojai sangha at Shantigar, Ojai, California, There he gave the Cakrasamvara Abisheka to senior students.

Afterwords there were several days of small group discussions and lunches while the practice instructions were given.

The day after that he gave a community talk articulating his view of the Vidyadhara's significance and legacy, the Vajra Regent's particular importance in that, and why it was essential to continue to preserve and share the Vajra Regent's teachings.

The Vajra Regent's Library and Archives and this Timeline are the result of many students' devotion. This particular talk was a vital inspiration and catalyst
.” Site https://www.vajraregent.org/ faire une recherche sur "Thrangu"

[11] Extrait d’une lettre du Khenpo envoyé à Patrick Sweeny :
Dear Patrick,

Sakyong Mipham Rinpoche has requested teachings from me on the Six Dharmas of Naropa. I have invited him to receive these teachings from me from December 3-11 at your Pullahari Retreat Center, and he has eagerly accepted. This is a very auspicious circumstance, because you are a student of Trungpa Rinpoche and Sakyong Mipham Rinpoche is also Trungpa Rinpoche's student and his son. So it makes a good connection.

From Khenpo Rinpoche

The sangha as a whole experienced what you might call a samaya earthquake back in the late 80’s and early 90’s. Both Khenpo Rinpoche and Thrangu Rinpoche have encouraged me to do whatever I can not to perpetuate that difficulty.” extrait de : Transcript of talk and discussion at Dechen Chöling en France PSTL.2005.07.07.DCL

[12] Transcript of talk and discussion at Dechen Chöling en France PSTL.2005.07.07.DCL

[13] TheKingof Shambhala Buddhism Is Undone by Abuse Report 11/07/2018
Les déboires financiers de Shambhala International