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mercredi 12 octobre 2022

Secrets de famille dévoilés par publications interposées

Georges Ivanovitch Gurdjieff (photo : Yahne le Toumelin)

L’article “ What It Means to be a ‘Scientific Monk’ ” de Marion Dapsance[1], montre comment Matthieu Ricard aime jouer sur deux tableaux : docteur en génétique et moine bouddhiste, et de rapprocher la religion de la science, et la science de la religion, ce qui aboutit à des disciplines de “science contemplative”. Notamment dans le cadre de l’institut Mind and Life, de la Pleine conscience et de la recherche neurologique sur les effets de la Pleine conscience. Il participe également au projet éducatif[2] “Abiding Heart” de Mingyur Rinpoché, en tant que docteur.


Matthieu Ricard présente la complémentarité de ses talents comme un héritage de ses parents. De son père Jean-François Revel (1924-2006), il a hérité de l’esprit scientifique, et de sa mère Yahne Le Toumelin (née en 1923) le côté artistique et spirituel.

Yahne le Toumelin, Gurdjieff et d'autres disciples (photo : Yahne le Toumelin) 

Sa mère s’intéressait à la spiritualité dès son adolescence, et avait fréquenté les cercles parisiens de Georges Gurdjieff (1866/1872-1949). Le premier roman de son père “Histoire de Flore” (1953) serait inspirée de l’histoire de sa mère. Dans ce livre, Revel raconte “ l'évolution spirituelle d'une jeune catholique exaltée, qui sera une adolescente toumentée et fragile, puis devient, à vingt ans, l'élève obéissante de Gurdjieff - si obéissante qu'elle obéit à son maître lorsque celui-ci lui demande d'avoir des relations sexuelles avec lui, en lui disant que c'est "un test"[3]”. L'oncle maternel de Matthieu, Jacques-Yves Le Toumelin, l’avait introduit aux écrits de René Guénon. Sa mère avait pris les voeux de nonne auprès de Rangjung Rigpe Dorje, le 16e karmapa, à Rumtek en 1967, et serait devenu en 1968, disciple de Kangyour Rinpoché, avant que Matthieu Ricard ne la suive dans cette voie quelques années plus tard.
“Sans recourir à une théorie psychanalytique de bas étage, il est assez facile de voir comment Matthieu Ricard a essayé de donner un sens à son héritage familial conflictuel. Comme son père, il affirme que la science et l'empirisme doivent être à la base de la compréhension de la vie. Comme sa mère, il pense que la vie doit aussi avoir un sens - un sens personnel, individuel, existentiel - et que, pour trouver ce sens, il faut essayer de devenir une meilleure personne sous la direction de "grands maîtres", considérés comme des modèles de perfection "spirituelle" (plutôt que simplement intellectuelle).[4]” (trad. auto, What It Means to be a ‘Scientific Monk)
MR et JF Revel (photo : Luc Fournol/Photo12)

Seulement, Matthieu Ricard explique lui-même en 2016 dans Ultreia n° 07 que son père n’aurait pas toujours été si scientifique et empirique qu’il ne le voulait le laisser entendre. Sur le site de Yahne le Toumelin, celle-ci écrit avoir fréquenté Gurdjieff à partir de 1942. Dans l’interview précité de Matthieu Ricard, on apprend[5] que Revel, fréquentait lui-même les cercles de Gurdjieff entre 1945-1950. Revel et Le Toumelin s’étaient mariés en 1945. Matthieu Ricard est né en 1946. Selon Daniel Goleman (Destructive Emotions, 2014), Gurdjieff était même son parrain. Gurdjieff est mort en octobre 1949. S’il n’était pas mort, les parents de MR l’auraient-ils suivi plus longtemps ? En 1952, Revel et Le Toumelin se séparent. En 1953, Revel publie son roman.
“Si j’en crois ma mère, Yahne Le Toumelin, ses Mémoires n’étaient pas d’une totale objectivité. Il a indéniablement été pendant un temps sympathisant de Gurdjieff, un personnage sur lequel je ne me suis pas beaucoup penché et dont je n’ai pas lu les écrits. Mon père parle de ses “années noires" en y incluant sa vie avec ma mère. C'est pour le moins exagéré car au début, ils s'aimaient bien quand meme…”

“Ultreia : Il affirme que l'influence qu'a pu avoir sur lui votre mère, fascinée par l’Orient a été “éphémère”...
- Il a certes écrit que cette orientation avait été une erreur mais ma mère m’a confirmé qu’il participait bien aux danses de Gurdjieff. J’ai même une photo où on le voit, assis en méditation, avec moi dans son giron
.” 
"Mouvements", danses de Temple (photo : John G. Bennett)

Matthieu, petit, dans un salon de Gurdjieff ? Revel aurait donc, à son insu, fait des danses vajra ?

Dans son dernier livre (07/10/2022), Carnets d’un moine errant, dans le chapitre 9 - Qu’est-ce qu’un maître authentique ? MR rappelle une fois de plus l’importance de bien examiner et choisir son maître spirituel.
“Au disciple, il est donc fortement recommandé de ne pas se fier au premier venu et d’examiner tout d’abord minutieusement les qualités du maître potentiel, en commençant par s’informer auprès de tierces personnes, puis en s’assurant que l’opinion qu’il s’est faite est conforme à la réalité. Il est conseillé de laisser s’écouler plusieurs années avant d’accorder à un maître son entière confiance, car s’en remettre à un individu non qualifié revient à absorber du poison.

Le Dalaï-lama conseille avec insistance à tous, Orientaux comme Occidentaux, de mûrement réfléchir avant d’étudier auprès d’un maître pour s’épargner de possibles et amères déconvenues. Il ne s’agit pas pour autant de s’adonner à un papillonnage spirituel auprès de toutes les traditions de la planète et de tous ceux qui enseignent à tout vent. Comme le disait ma mère, Yahne:
« Lorsque vous trouvez un puits avec de l’eau vraiment pure, si vous avez soif, buvez[6]. Ne vous lancez pas dans le tourisme des puits ! »
Jean-François Revel est l’auteur du roman Histoire de Flore (1953), qui raconte la vie de "Flore", en trois parties : la famille, l’amitié et l’amour et l’ésotérisme. C’est dans le milieu ésotérique que JF Revel dit avoir fréquenté personnellement, qu’il avait rencontré la jeune femme en question, “Flore”. “On peut dire que, dans mon livre, il y a une part de document.” (Interview au début du livre). Le milieu ésotérique dans son roman, est celui des cercles parisiens des années d'après-guerre, et notamment ceux de “M. F…” (Gurdjieff), “un septuagénaire chauve et ventripotent, en pantoufles, avec une veste d’intérieur sale, le visage rond, un peu mongol, le regard fort” (p. 179). “Flore” a de la chance, car le maître lui dit de passer directement au groupe de jeudi.
“Le grand avantage était évidemment de pouvoir approcher deux ou trois jeunes filles assez jolies, quoique pauvres, comme Flore, mais aussi une ou deux femmes du plus grand monde, admirablement habillées, dont Flore se souvenait d'avoir vu parfois le nom dans « Paris Match » ou dans « France-Dimanche » [ ] Aussi M. F... avait-il laissé entrevoir à Flore que le groupe n'était pas seulement la base du travail intérieur, mais aussi le moyen de s'organiser une vie extérieure donnant toute la liberté qui était nécessaire à l'édification du vrai moi.” (pp. 184-185)
Comme “Flore” s’intéresse à l’art, le maître (Gurdjieff) lui parle d’art lors de leurs entretiens privés. Et Revel décrit parfaitement le modus operandi qui aurait pu être celui de Sogyal Lakar, et la réaction de Flore, en pleine dissonance cognitive, grâce au “travail” préparatoire (“grooming”). Réduire la victime à zéro, lui faire sentir qu’elle doit se détacher d’elle-même et qu’elle doit passer par une grande “épreuve”, faire quelque chose qui lui coûtait vraiment.
“A toutes ces questions, M. F... se borna à répondre, un soir, que l'art et la littérature actuels n'étaient que du fumier, des manifestations nuisibles de psychopathes vaniteux. D'ailleurs, tous les arts étaient en décadence depuis et y compris les Grecs, comme la philosophie, la littérature, la science et la religion.”
[ ]
- Et... les cathédrales du Moyen Age? demanda Flore - Cathédrales: merde, répondit M. F... Art vrai : Tibet, ajouta-t-il.
- Et la musique? Mozart?
- Mossart : merde.
”
Seul Max Linder trouva grâce aux yeux du maître. “L'art doit être objectif, il doit venir de vrais hommes, qui possèdent le vrai être. Vous voulez voir un exemple d'art objectif?” Et le maître lui montre une photographie pornographique, en observant de près la réaction de Flore, puis lui faisant comprendre que jusque-là elle n’avait pas encore réellement travaillé sur elle.
“Ce qui la frappa, d'abord, ce fut la laideur monstrueuse des participants et la bizarrerie de leur position. Elle leva la tête et surprit le regard de M. F... qui observait les réactions de son visage. Elle se redressa, fut prise d'un tremblement terrible et se sentit pâlir. Elle sentit, en même temps, tout le ridicule du calme prétentieux qu'elle se figurait avoir atteint depuis quelques mois, sa précarité, son existence. Elle se laissa retomber sur son tabouret, l'épaule contre le mur, regardant devant elle. Elle apercevait à l'horizon le visage de M. F... qui la contemplait avec placidité, et, sur la table, entre eux, la photo.

Votre travail jusqu'à présent n'est rien, dit M. F..., vous: nullité. Vous voyez : une seule chose, et vous êtes perdue. Vous êtes complètement identifiée à votre sexe, hystérique, psychopathe. Savez-vous ce qu'il vous faut pour vous aider à lutter contre vous-même ? Et aussi pour vous redonner une sexualité normale? Coucher avec moi. [188]”
Il est évident que Revel sait ce dont il parle, il reproduit parfaitement le discours du maître : sur “le travail”, le travail sur l’ego dirait-on maintenant. Flore avait sursauté à la question du maître, mais dans les cercles on parlait d’une grande “épreuve”. Quand elle répond que le maître pouvait être son grand-père, celui-ci répond :
“- Moi, pour vous, répliqua M. F... en colère, grand-père, père, mari, frère, amant, tout[7]. Si vous voulez que je vous aide, il faut avoir avec moi une relation intégrale, complète. Si vous ne voulez pas coucher avec moi, c'est que vous accordez justement encore trop d'importance à cela. Il faut arriver à en faire une chose extérieure à vous, dont vous ne soyez pas esclave. - Un jour ou l'autre, il faudra que cela arrive, ajouta-t-il. Nécessaire, à un certain moment du travail. Sans ça, pas travail : titillation, philosophie. Réfléchissez et venez me voir demain. Puis il se calma, et, d'une voix rassurante, se mit à exposer son point de vue, comme sur une affaire tout à fait impersonnelle, avec mesure et réalisme. Flore se leva, enfila péniblement son manteau, sans faire attention au col qui resta à [189] moitié replié à l'intérieur, et se trouva dans la rue, étourdie, accablée.”
Gurdjieff était un modèle pour Chögyam Trungpa, qui admirait le “trickster” (filou), la maîtrise de la manipulation à dû lui inspirer. La fréquentation des cercles, l’invitation au groupe privilégié, avec d’autres jolies filles, des femmes de notables, dont certaines étaient déjà passées par “l’épreuve”, les entretiens privés avec le maître, travaillant son ego, faisaient sentir à Flore qu’elle était nulle ; tout cela la travaillait.
“Le sens de l'épreuve, certes, était clair. Mais triompher de cette épreuve, qu'était-ce? Avait-il fait cela simplement pour l'observer au moment où elle avait totalement perdu le contrôle de son visage, de sa voix, de ses gestes? Que convenait-il de faire maintenant? Abandonner, “ tomber “ ? Y retourner, sans accepter? Mais quelle vie d'enfer! Accepter, mais peut-être était-ce là justement ce qu'il ne fallait pas faire. Ne serait-ce pas se trahir, tomber dans le piège, révéler qu'elle croyait à l'illusion que le progrès spirituel peut s'acheter par des dons matériels, d'argent ou de son propre corps. Mais quelle est la chose la plus difficile? songea-t-elle. La plus coûteuse? Celle qui me force le plus à me détacher de moi-même ? C'est l'acceptation, sans aucun doute. Elle restait immobile, debout dans la rue, prise par cette évidence de plus en plus claire qui triomphait en elle avec une rapidité effrayante, et elle, Flore, se voyait de plus en plus en arrière, de moins en moins sensible à elle-même, engluée dans une sorte de grand ralentissement de tout l'être, d'affaissement et d'oubli.”
Et Flore retourne chez le maître à quatre heures du matin, pour ressortir de chez lui à six heures du matin.

Dans son livre cinq de ses Mémoires, Le voleur dans la maison vide, où JF Revel parle des “influences néfastes”, il décrit les cercles de Georges Ivanovitch Gurdjieff, cette fois-ci nommément, tels qu’il les avait connus pendant cinq ans. Le jargon parlé dans ces cercles pouvait être celui dans les cercles BT… être ou entrer dans le Dharma, les trois corps, le travail sur l’ego…

“Mme de Salzmann, rassurante confidente, explique à tous que ces exigences sont dénuées de tout égoïsme et dictées par le seul souci de nous faire " avancer dans le travail ". De même, c'est encore Mme de Salzmann qui est là pour traduire, quand Gurdjieff se lance dans une réponse trop subtile pour son piètre français et passe donc au russe. Avoir suscité une réponse " en russe " signifie, pour le disciple, un degré de sollicitude supérieur de la part du maître et donc d'avancement marqué chez lui-même.”

Revel décrit aussi ce qui ressemble au néo-bouddhisme à la française quelques décennies en avance :
“La substance proprement dite de l'enseignement de Georges Ivanovitch Gurdjieff - Ghiorghivantch pour les familiers - rassemblait en un pot-pourri trivial des traits empruntés au vieux fonds universel des doctrines de conquête de la sagesse et de l'illumination spirituelle. Ses principales sources se situaient en Orient, parce que c'est l'Orient qui plaît en Occident, comme le montre par ailleurs, avant et juste après la guerre, le succès des Oeuvres de René Guénon, qui ne séduisirent pas seulement de vieilles rombières crédules, puisque le persifleur Jean Paulhan et même un intransigeant rationaliste comme Etiemble m'en parlèrent, plus tard, avec un évident intérêt.”
Toute ressemblance avec les cercles de Trungpa et de Sogyal, etc. n’est pas fortuite. J’irai plus loin que Matthieu Ricard dans son conseil : ne fréquentez pas les cercles, n’examinez même pas leurs maîtres, n’y allez pas, ne demandez pas de l’aide pour “travailler sur vous”. Ne perdez pas votre temps et votre intégrité.

***

"A l’instar du fondateur du «Point», Claude Imbert, dont il fut un des intimes, le philosophe et essayiste fait partie des hommes accusés par Inès Chatin de lui avoir fait subir des violences sexuelles pendant son enfance."
Voir aussi : Controversial Reputation on the website http://gurdjiefffourthway.org

"By the early 1930s Gurdjieff’s reputation among many of his students was in tatters.
They were disillusioned by his seedy appearance, unprincipled behaviour, and his alleged use of hypnosis and unorthodox medical treatments as a source of income. By the summer of 1933 scandalous rumours about Gurdjieff had reached a crescendo: he was slovenly and debauched; he was afraid of the dark and of being alone; he was out of control and destroying everything; he was alienating even his closest students."


[1] What It Means to be a ‘Scientific Monk’, Matthieu Ricard and the Influence of Western Esotericism on the Mind and Life Institute
Talk delivered at the Conference on Buddhism and Neuroscience at Columbia University on Nov. 11, 2016, “Beyond the Hype. Buddhism and Science in a New Key”.

[2] Le nom du cours est « Le développement de l’enfant, de la naissance à la réincarnation » (‘Child Development from Birth to Rebirth’). Il durera 10 semaines et comprendra sept modules. Le « campus » Abiding Heart Education forme également les enseignants, les éducateurs, les moniteurs, les parents etc. au « développement holistique de l’enfant ». C’est une nouvelle approche éducative, combinant la vision bouddhiste du monde, la méditation, la méthodologie Steiner/ Waldorf, ainsi que la « science du développement », le meilleur de ce que l’Orient et l’Occident ont à offrir dans le domaine du développement de l’enfant. Voir mon blog Le réincarnationisme à l’école.

“The curriculum fuses the live Buddhist experiential tradition which emphasizes applying the knowledge acquired to everyday experience, with Steiner/Waldorf methodology and developmental science, giving rise to a unique and transformative children’s pedagogy.” Site : Courses

[3] “In this book, the reader can follow the spiritual evolution of a young exalted Catholic child, who grows up to be a tormented and fragile teenager, and then becomes, in her twenties, Gurdjieff’s obedient student – so obedient that she obeyed her master when the latter asked her to have sex with him, telling her it was ‘a test’.” Marion Dapsance

[4] “Without resorting to cheap psychoanalytic theory, it is rather easy to see how Matthieu Ricard tried to make sense of his conflicted family heritage. Like his father, he claims that science and empiricism should be the basis for one’s own understanding of life. Like his mother, he thinks that one’s life should also have a meaning – a personal, individual, existential meaning – and, in order to find such meaning, that one should try to become a better person under the direction of ‘great masters’, considered to be models of ‘spiritual’ (rather than merely intellectual) perfection.” Marion Dapsance

[5] “Il y avait sans doute dans votre famille un terreau propice à l’éclosion d'une vocation comme la vôtre, entre modernité et tradition. Dans ses Mémoires [Le voleur dans la maison vide, Plon, 1999], votre père - le philosophe et journaliste Jean-François Revel — reconnaît avoir été le disciple de Georges Ivanovitch Gurdjieff pendant cinq ans, de 1945-1950. Mais il se montre très critique à son égard en partant d’une ‘influence néfaste’’ qui l’a partiellement ‘deconstruit"...” Ultreia n° 07

[6] JF Revel, Mémoires : « Le monarque [Gurdjieff], environné de sa cour, portait les toasts à la santé de diverses catégories d'idiots - tous les humains qui ne suivaient pas son enseignement. Toasts nombreux, et Gurdjieff veillait à ce que nous finissions la soirée ivres. Avec un oeil infaillible de vieil alcoolique, il repérait les petits verres que certains emplissaient subrepticement d'eau, dont la couleur blanche, croyaient ces naïfs, se confondait avec celle de la vodka. La différence, c'est que l'eau offre à sa surface un ménisque, et pas la vodka. Décelant cette imperceptible convexité, un Gurdjieff courroucé exigeait que le coupable ingurgitât sans délai deux vodkas coup sur coup " à la santé de tous les idiots buveurs d'eau ". »

René Daumal, auteur de « La Grande beuverie » était également un disciple de Gurdjieff, avant l’époque des Ricards.
« — Buvons d’abord, prononça lentement l’homme de derrière les fagots. Ensuite je vous endormirai d’un discours plus ou moins consistant sur les emplois coupants, piquants, contondants, écrasants, désintégrants et quelques autres, du langage humain et peut-être de celui des oiseaux, mais buvons d’abord. »

[7] « Vajrayana texts state that for one who seeks enlightenment a guru is more important than all the buddhas of the three times put together. His job is not only to teach students but to lead them. He is our most important companion, our family, husband, wife and beloved child, because only he can bring us to enlightenment. » Dzongsar KR, Not for Happiness: A Guide to the So-Called Preliminary Practices.

jeudi 28 octobre 2021

A quoi rêve un bouddhiste ?

Couronnement du roi thai Rama II

“Puissé-je devenir un sauveur pour ceux qui n’en ont pas,
Un guide pour ceux qui s’engagent sur le chemin,
Une barque, un navire, un pont,
Pour ceux qui désirent traverser [la grande rivière].

Que je devienne un parc pour qui cherche un parc,
Une lumière pour qui désire une lumière,
Un lit pour qui cherche un lieu de repos ;
Pour les êtres qui désirent un serviteur, que je devienne le serviteur de tous
.”

Ainsi Shantideva.

Les jatakas et les hagiographies des grands personnages bouddhistes devraient alors être pleins d’histoires de barques, ponts, parcs, lits et serviteurs, et les fidèles bouddhistes faire le culte de ces bodhisattvas-barques, -lits et -serviteurs.

Mais c’est plutôt le contraire, les barques, lits et serviteurs ont toujours été au service des clercs bouddhistes, et les bodhisattvas choisissent de naître dans de bonnes familles (descendance royale de préférence) tant qu’à faire, et en tant que mâles de surcroît. Pourtant, ils connaissent par coeur ces vers de Shantideva, qu’ils récitent tous les jours. Les prières à souhaits ne se réaliseraient-elles pas alors ?

Il suffit de lire les hagiographies des plus grands bouddhistes, ou des bouddhistes les plus illustres, ce qui revient au même, à commencer par le Bouddha. S’il n’avait pas été un fils de roi, s’il n’avait pas été l’égal des dieux, puis même leur supérieur, mais une barque ou un serviteur, aurait-il pu avoir un culte à son nom ? Et ce culte porte évidemment la marque de la grandeur du fondateur, et de tous les grands bouddhistes après lui. Asaṅga et ceux qui le suivaient en étaient bien conscients. Seuls les bien-nés peuvent être des bodhisattvas, dignes de ce nom. Pour être respecté et écouté, disent-ils, il faut d’abord être respectable, et le monde ne respecte pas les lits et les serviteurs.
“J’ai donné ce corps (les agrégats impurs) à tous les êtres,
Pour qu’ils l’utilisent selon leur bon plaisir.
Même si les autres toujours me tuent, me critiquent,
me rouent de coups et tant d’autres choses ;
Qu’ils fassent ce que bon leur semble
.”
Écoute Shantideva, t’es bien gentil, mais on essaie de gérer une religion ici ! Les bouddhistes n’aspirent pas à devenir des barques et des serviteurs ! Il faut les faire rêver, il faut qu’ils puissent devenir des bodhisattvas comme sur les jolis icônes, des Bouddhas en corps de gloire, des tulkous, des clercs et des maîtres à leur tour. Des objets de dévotion et des champs de mérite, pas une barque !

Tu les a entendus quand ils parlent de la réincarnation, qui est leur rêve américain spirituel à eux, “The sky is the limit” ? Ils pensent avoir été untel ou untel, que des noms illustres, dans une existence précédente, et leurs ambitions pour les vies futures n’ont pas de limite. D’accord, si pour que ces ambitions se réalisent, il faut réciter parfois “que je devienne le serviteur de tous”, pourquoi pas, mais il n’est pas question que cela se réalise !

CT et Perks

Et une fois “réalisé” et revenu uniquement pour le bien de tous, quand il s'agit d’adopter “des apparences nirmanakaya à travers des modalités culturelles” ("pour offenser le politiquement correct") pourquoi ne pas choisir celles qui en mettent plein les yeux : aristocrate, chef des armées, magnat de pétrole, homme d’affaires réussi, maître de l’univers (sakyong) ou autre mâle alpha. Et du point de vue de l’accumulation de mérite, servir les êtres au mieux, n’est ce pas leur donner l’occasion de servir un grand bodhisattva, en les utilisant selon votre bon plaisir ? Ah Shantideva, tu n’es vraiment pas un meneur d'homme !

Ce n’est pas en leur proposant de devenir un serviteur qu’ils te suivront. C’est en les attrapant par leurs ambitions non-avouées que tu feras d’eux tes serviteurs, parole de Trungpa ! Evidemment, dans une autre vie ils guerroieront à tes côtés dans les remakes des batailles de Ling Gésar ou de Shambala, mais en attendant ils aspirent d’abord à devenir des maîtres à l’image de leur maître, le Sakyong, et de permettre à d’autres de leur servir, pour qu’eux aussi puissent un jour rejoindre le rang des maîtres. C’est cette ambition là qui est le moteur derrière leurs ambitions bouddhistes et de leur croyance en le karma, c’est cela qu'il faut leur mettre devant les yeux.

Une barque, un lit, … Mais un puits de pétrole pourquoi pas ?


DJKR au Bhoutan, Puissè-je devenir une chaise à porteurs

lundi 7 juin 2021

La célébration d’une expérience


Le système des informations satellites de l'action vécue (Vermersch, 1994, p. 45)

Il y a Francisco Varela, sa vie et son oeuvre, et l’exploitation de sa vie et de son oeuvre par d’autres, pour développer une science de l’esprit ou une science spirituelle, un terrain d’entente espéré où la science et la spiritualité pourraient se rencontrer et idéalement s’augmenter. Dans ces milieux, Francisco Varela reste une référence, peut-être aussi parce que de nouvelles références de taille font défaut et que les véritables “progrès” sur ce terrain d’entente se font attendre ?

Son apport le plus apprécié dans les milieux scienti-spiritualistes semble être la neurophénoménologie, “une approche nouvelle de la conscience émergeant mais irréductible à la dynamique neuronale”[1]. Une “conscience” émancipée de tout support “matériel” a toujours été et reste un espoir. “[Varela] a également fondé le Mind and Life Institute, un lieu de dialogue avec le Dalaï Lama et de réflexion sur les liens possibles entre sciences et pratiques contemplatives, notamment la méditation.”

Je n’ai aucune connaissance dans le domaine de la neurologie, et encore moins des liens (neurophénoménologiques) possibles entre les sciences et la méditation, mais je m’étais intéressé un temps à la méditation dans le bouddhisme tibétain, et j’en avais pratiquée les différentes formes. Je m’intéresse donc plus particulièrement aux interventions de Matthieu Ricard et de Fabrice Midal pendant les Colloques Cérisy 2021, consacrés à Francisco Varela, et plus particulièrement encore à l’émouvant documentaire sur Varela, intitulé “Francisco in Monte Grande and afterwards”, où Varela est filmé à Monte Grande en 2001, trois mois avant sa mort.[2]

Les méditations qu’avait pratiquées Varela était celles que lui avaient transmises deux grands maîtres du bouddhisme tibétain, Chögyam Trungpa de l’école Nyingma-Kagyu (à partir de 1974), et Tulku Urgyen de l’école Nyingma (en 1984). Comme Varela avait rencontré Chögyam Trungpa en premier, je commencerai par l’intervention de Fabrice Midal, qui considère Chögyam Trungpa, qu’il n’a jamais rencontré, comme son maître principal. Il avait reçu des instructions de méditation de disciples directs de Trungpa, comme Francisco Varela et Andy Karr de Vajradhatu Paris.
 

Fabrice Midal sur Varela

24:19 “[Francisco Varela] le raconte lui même très très souvent, qu’il se trouva à Boulder, et il voit cet homme, Chögyam Trungpa, qui était ce maître tibétain, qui est peut-être le premier maître tibétain à avoir cru que l'essentiel de ce qu'il avait à transmettre à l'occident, ce n'était pas la religion bouddhiste, une doctrine bouddhiste, des rituels, mais la pratique de la méditation. Et Francisco a souvent dit : “ce qui m'avait frappé, dit-il à Trungpa, cette présence qui est la vôtre, tellement légère, prégnante, profonde, ouverte, solide,... cet ancrage existentiel, je veux la même chose !” Et Chögyam Trungpa a éclaté de rire : “ça, c'est pas un truc que j'ai comme ça, c'est quelque chose qui peut s'acquérir, et ça s'acquiert par la méditation”.

Dans le documentaire Monte Grande, Varela parle lui-même de cette rencontre en 1974. Lors de l’entretien avec Trungpa, et en parlant de la pratique de “la méditation”, Trungpa se penche vers lui et demande “Pourquoi ne pas apprendre à ne rien faire ?” Et il lui donna śamatha/vipaśyanā. Autrement dit “Mindfulness”, “être là, être pleinement présent” (21:30).



Matthieu Ricard avait connu Varela par les rencontres Mind and Life. Il fait référence au documentaire Monte Grande, où Varela raconte sa rencontre avec le maître Nyingmapa Tulku Urgyen.

01:27 “De mon côté, j'ai aussi été au premier rang pour constater à quel point son engagement spirituel était profond. C'était quelque chose, dont, lorsqu'il en parlait, il était extrêmement éloquent, comme dans le documentaire sur sa vie, où il décrit la façon de reposer dans la présence éveillée, la nature ultime de l'esprit, avec des mots qui sont d'un niveau de ce que les plus grands maîtres spirituels pourraient dire, qui est à la fois réconfortant et inspirant”.

02:13 “Dans des moments cruciaux de son existence, cet aspect-là, bien sûr, venait à la surface depuis les profondeurs de son être. Il m'avait raconté notamment comment, lorsqu'il s'est réveillé de l'anesthésie de l'une de ces pénibles et longues opérations pour la transplantation du foie, dès les premiers instants de conscience, ont été entièrement remplis de la présence de son maître spirituel, et on peut dire que ces moments là sont révélateurs de ce qui finalement est au plus profond de nous, ce qui compte le plus.”
 

Francisco Varela à Monte Grande

Donnons maintenant la parole à Francisco Varela lui-même, quand il raconte sa rencontre avec Tulku Urgyen et la transmission de “la méditation” (ici : introduction à la nature de l’esprit - ngo sprod) par ce dernier. Je résume. Varela vient de subir une très lourde opération et sait qu’il va mourir (il lui restera encore trois mois). Il se trouve alors à Monte Grande au Chili, où il avait grandi. Il est très émotionnel, et les souvenirs de son enfance, de son grand-père, de sa mère émergent en lui, et restent très présents tout le long de l’entretien. Il raconte.

En 1984, il va à Kathmandou, et rencontre l’homme peut-être le plus important de sa vie, Tulku Urgyen. Suit une description de Tulku Urgyen et de l’endroit, ses conditions de vie très frugales et simples… 24:08 Un ami lui conseille de demander des “Pointing out instructions" (tib. ngo sprod) au Rinpoché. Au sommet d’une montagne, dans une petite maison, dans une petite chambre, Rinpoché assis sur son lit, regarde le ciel, “comme un grand-père” … Varela est très ému.

Rinpoché lui demanda alors de lui raconter sa pratique de “la méditation”. Varela précise que comme beaucoup de pratiquants, on a le sentiment de beaucoup travailler en pratiquant et qu’il manque quelque chose. Varela demande alors le ngo sprod (27:30). Varela explique que Rinpoché l’aida à entrer en lui-même.

Il y a des moments où c’est comme si le flux de la conscience s’arrêtait. Varela parle d’une sorte de lumière derrière Rinpoché, “qui dans le même temps est sans contenu”. La vacuité (“emptiness”), que l’on pourrait aussi appeler connaissance (“con saber”, “cognisance”), parce que ce n’est pas comme l’espace ordinaire (“bruto”), mais un espace infini. Et en même temps, il y a comme une qualité lumineuse aah ! C’est frais, avec une brillance…

29:10 J’avais déjà vécu cela, mais c’est comme on dit pffff <il fait un bruit de quelque chose de fugace qui passe>. Pour Varela, Tulku Urgyen savait identifier le moment précis, en lui disant “C’est ça ! là”. Lâche, lâche, c’est ça. Varela donne ensuite sa propre interprétation de ce moment (“la base même de l’Être”).

32:42 Tout ça est très agréable...très sentimental. [...] à la fin, c’est comme un endroit où l’on peut dire Ouf ! C’était comme mettre ma tête sur les genoux de mon grand-père <Varela est ému> “Sauf que le sentiment ne te quitte jamais.” Alors, je lui dis “est-ce que c’est tout ce qu’il y a Rinpoché ?”. Il répondit : “C’est tout”. La seule différence entre un bouddha et un être ordinaire, même un chien, est qu’il a conscience de cela, et peut s’y reposer.” Alors il me dit c’est ça, c’est ça.

Varela parle ensuite de l’expérience, à laquelle fait référence Matthieu Ricard. Les douleurs intenses, les souffrances suite à la transplantation du foie, l’arrêt du flux de la conscience, qui l’aida à tenir, mais aussi les pertes de cette expérience. L’expérience d’être comme un enfant, qui pouvait simplement grimper sur les genoux d’une sorte de mère, qui est toujours là <Varela est ému>, qui est la mère de tous. “Ainsi, tu peux voir pourquoi ce petit vieux était la chose la plus importante dans ma vie”. Puis Varela se reprend et devient plus théorique.

Varela est très sincère, touchant et ému quand il parle de sa rencontre avec ceux qui lui ont appris/transmis “la méditation”. Les souvenirs de son vieux maître et de son grand-père semblent se confondre et sont très clairement associés. Se poser, se reposer dans "la nature de l’esprit" (“la méditation”) est comme poser sa tête sur les genoux de son grand-père, ou d’une sorte de mère, c’est comme redevenir un enfant qui se sent aimé et protégé. Et cela, tout en subissant les plus durs épreuves de sa vie et tout près de la mort. Il doit se souvenir de son enfance et de ceux qu’il a aimé, il voit son fils passer devant lui, qui va bientôt perdre son père. Ce n'est évidemment pas le simple souvenir du vieil homme en haut d'une montagne qui lui a appris "la méditation", qui lui fait éprouver tout ce qu'il éprouve en même temps à ce moment. C'est ça.  

“La méditation” n’est pas la méthode infaillible (disponible partout) qui conduit à l’expérience de “vacuité” ou de “connaissance”, et qu’il suffit de pratiquer, guidé par un “maître spirituel”, qui serait la chose la plus importante dans sa vie… La vie elle-même reste la chose la plus importante et est notre maître de “méditation”. C’est ça c’est ça

Varela le dit bien : “J’avais déjà vécu cela, mais c’est comme on dit <il fait un bruit de quelque chose de fugace qui passe>” Et puis “l’expérience” peut se perdre dit-il. Façon de parler bien sûr, car qu’est-ce qui viendrait et s’en irait ?

D’un côté, un homme vers la fin de sa vie se livre tout entier. Et de l’autre, des hommages (“tributes”), à des “produits”, j’ai envie de dire. A tel ou tel maître, à Varela devenu lui-même un “maître” (ou un disciple qui a réussi), à telle ou telle “méditation”, qu’on peut apprendre d’un “maître”, dans des livres, par des apps, pendant des stages, avec un coach homologué… Plus besoin d’aller chercher un vieux lama au sommet d’une montagne.

Et puis, dans cette approche, le bouddhisme tibétain et le rôle du maître vajrācārya est réduit à la transmission de “la méditation”. Celle dont on parle partout. “Est-ce vraiment tout ?”, “oui, c’est tout”. Et pourtant quand on regarde ce que pratiquent les tibétains et les vajrācārya (leur “méditation”), on voit bien que ce n’est pas tout. Loin de là. Et pourtant, à écouter Matthieu Ricard et Fabrice Midal, ce que transmettaient ces maîtres, “ce n'était pas la religion bouddhiste, une doctrine bouddhiste, des rituels, mais la pratique de la méditation” (Midal). Mais "la méditation" non plus n'est pas "ça", ni tel maître.

Sinon, pour corriger un peu la description Shangrilesque des maîtres spirituels cités, pour ce qui est de Chögyam Trungpa je vous invite à lire les blogs cités ci-dessous. “Apprendre à ne rien faire” devenait de plus en plus laborieux, au fur et à mesure que Trungpa s’enfonçait dans sa folle sagesse. Et pour ce qui est du petit vieux lama simple Urgyen Tulku, c’était un tulkou reconnu par le 15ème Karmapa, qui avait fondé 6 monastères dans la vallée de Kathmandou. Sa famille est devenue une véritable usine à tulkous et il avait aussi transmis “la méditation” à Sam Harris[3]. Dans un podcast intitulé "#11 The Science of Meditation, Sam Harris parle avec Dan Goleman et Richie (Richard J.) Davidson de "la méditation". Vers la fin du podcast, les trois rigolent de tout le temps qu'ils avaient passé à pratiquer la méditation Vipassana (Birman), et que c'était seulement avec la pratique de "Dzogchen" qu'ils avaient l'impression d'avoir atteint un certain niveau d'éveil. "Dzogchen" se limitant ici à "la pratique", la vie (?), qui fait suite à l'introduction à "la nature de l'esprit" ("en quelques minutes", pas à la pratique de Dzogchen traditionnel.

Daniel Goleman et Richard J. Davidson "Does Mindfulness really work"?

“[Urgyen Tulku mort en 1996] s'est depuis réincarné comme Tulku Urgyen Yangsi. Il était le père de Mingyur Rinpoche (1975), de Chökyi Nyima Rinpoche, Tsikey Chokling Rinpoche et de Tsoknyi Rinpoche. Tsikey Chokling Rinpoché (1953), lui-même la réincarnation du terteun Chogyur Lingpa, est par ailleurs le père de Dilgo Khyentsé Rinpoché II (1993, dont la mère Dechen Paldron est la fille de Mindrolling Trichen Rinpoché, le père de Khandro rinpoché), reconnu par Trulshik Rinpoche (1924-2011), fils de coeur de Dilgo Khyentsé Rinpoché I, et avec ce dernier disciple de Dudjom Rinpoché (1904-1987), le père de Thinley Norbu Rinpoché (1931-2011), à son tour le père de Dzongsar Khyentsé Rinpoché (1961), une autre réincarnation de Jamyang Khyentsé Wangpo.” (voir Une famille royale).

“Est-ce vraiment tout ?”, “oui, c’est tout”


Anciens blogs sur Trungpa

Folle sagesse
Un gourou pour insulter l'ego (II)
Insulter l'ego en torturant des animaux
Réussir (siddhi)
"Faire les choses, sans les faire vraiment"
L'irrésistible énergie intérieure du maître
Noyades en série dans eaux de bain
La réhabilitation d'un détenteur de lignée déchu
L'autre livre sur le Vajradhatu-Shambala de Trungpa
Le mandala des facilitateurs selon Chris Chandler

***

[1] Les Colloques Cérisy 2020

[2] “The personal history of Francisco Varela as told by him on his veranda in Monte Grande, Chile, on February 17, 2001 when he was already greatly weakened by chemotherapy but still extremely present and awake, three months before he died on May 28, 2001.
As very few before him have done, Francisco Varela attained levels of accomplishment in Western science as well as in Buddhist philosophy and meditation
.”

[3] "The genius of Tulku Urgyen was that he could point out the nature of mind with precision and matter-of-factness of teaching a person how to thread a needle and could get an ordinary meditator like me to recognize that consciousness is intrinsically free of self... I came to Tulku Urgyen yearning for the experience of self-transcendence, and in a few minutes he showed me I had no self to transcend... After a few minutes, Tulku Urgyen simply handed me the ability to cut through the illusion of the self directly, even in ordinary states of consciousness. This instruction was, without question, the most important thing I have ever been explicitly taught by another human being. It has given me a way to escape the usual tides of psychological suffering - fear, anger, shame - in an instant."  ― Sam Harris, Waking Up: A Guide to Spirituality Without Religion



mercredi 6 janvier 2021

Lama Care, le service rend libre ?


Photo : Paramahamsa Sri Swami Vishwananda

Nous connaissons le "Lama Care" surtout à cause de ses abus, mais même si une institution comme le "Lama Care" ou autre "service au lama" (guru-sevā) se passait bien, on peut se demander à quoi il pourrait bien servir dans le bouddhisme. Le Bouddha avait-il un "Buddha Care" ? Milarepa et Gampopa avaient-ils un "Lama Care" ? N'est-ce pas plutôt un relief de ce monde féodal, auquel le Dalaï-Lama a dit vouloir mettre fin ? Est-ce que la dévotion envers le lama, et le service qui en serait le reflet pratique conduisent réellement à la liberté, à la fin de l'asservissement ? Est-ce que la "société éveillée" passe par la forme féodale d'un "maître-roi", d'un "Sakyong" ou autre illuminocrate ?         

Dans le passé, plusieurs maîtres bouddhistes tibétains en Occident avaient affirmé à leur disciples qu’ils étaient au fond des “rois”[1], des “maîtres-roi”, des “sakyong”, etc., et avaient constitué une cour autour d’eux. Dans sa thèse “Ceci n’est pas une religion” : l’apprentissage du dharma selon Rigpa (France), Marion Dapsance explique dans le chapitre sept, La société de cour, le fonctionnement d’une microsociété appelée “Lama Care”, qui fait partie de la cour du “roi”. Je ne vais pas ici rentrer dans trop de détails, cliquez sur les liens pour avoir plus d’infos sur des cas particuliers.

Dans la dévotion au lama (guru-bhakti), qui constitue le coeur de la pratique du bouddhisme tibétain, le service au lama est un aspect essentiel. Un des textes fondamentaux expliquant le service au lama est “Les Cinquante stances du service au Maître (skt. Gurupañcaśika tib. bla ma lnga bcu pa), un texte médiéval bouddhiste ésotérique. Voici quelques extraits de la version en ligne sur le site de l’Institut Vajrayogini (FMPT de lama Zöpa).
“13. Ne perturbez jamais l’esprit de votre Maître. Si vous êtes assez fou pour le faire, il est certain que vous irez bouillir en enfer.”

“21. Faire des dons [au Maître] est comme faire des dons ininterrompus à tous les bouddhas. Sur la base de ces dons, de nombreux mérites sont accumulés. De cette accumulation provient l’obtention suprême [de l’état de Bouddha].”

“33. Quand vous lavez les pieds ou le corps [de votre Maître], le séchez, le massez, etc., avant de commencer, puis après avoir terminé, faire trois prosternations. C’est seulement après avoir pris soin de lui que vous pouvez vous occuper de vous-même.”
La tradition tibétaine recommande par ailleurs de lire des hagiographies de maîtres qui avaient été des disciples exemplaires lors de leur apprentissage, pour s'en inspirer. Pour les hommes, l’exemple donné est celui du service de Nāropa à son maître Tailopa, et pour les femmes le service de la ḍākinī Yéshé Tsogyal à son maître Padmasambhava[2].

Chogyam Trungpa (1939-1987), se considérait comme un avatar des futurs rois (rigden)[3] du royaume légendaire de Shambala. Il s’était donné comme mission de préparer ses disciples à développer une société éveillée, dont il était lui-même le “maître-roi”, le Sakyong. Il avait rédigé un texte expliquant l’origine et le rôle du Sakyong, ainsi que l’étiquette à suivre à la “Cour de Kalapa” (The Court Vision and Practice). Trungpa était marié avec Diana J. Mukpo, mais avait également sept maîtresses officielles (sangyum), par le biais d’une cérémonie de mariage maison[4]. Après la mort de Trungpa en 1987, son “régent vajra”, Thomas Rich, alias Osel Tendzin, prit la relève[5], en attendant le règne du fils de Trungpa, Sakyong Mipham. Dans “Encountering the Shadow in Buddhist America” (1990) de Katy Butler, on lit que le même traitement “Lama Care” fut également réservé au régent vajra[6], y compris l’ordre de lui tendre la serviette, son slip et sa robe de chambre quand il sortait de la douche. Il fallait ne pas perdre les habitudes et la transmission.

Sogyal Lakar, grand admirateur de Chogyam Trungpa, avait son “maṇḍala secret”, son “Lama Care” à lui, dont le mode d’emploi très confidentiel fut distribué aux membres du “Lama Care”. Marion Dapsance avait eu accès à ces instructions par le biais de l’ex-membre “Mimi”.
“Un manuel d’instructions à l’usage des « intendants » m’a notamment été transmis, qui s’intitule « Rigpa Tour Manual ». Il s’adresse aux personnes de l’entourage de Sogyal Rinpoché, leur expliquant en détails le « Lama Care ». Ce document est extrêmement confidentiel et aurait dû être détruit par cette jeune femme [“Mimi”] si elle avait été obéissante.” (extrait de la Thèse de Marion Dapsance).
Le “service au lama” était différent pour les hommes et les femmes. Les hommes s’occupent généralement du fonctionnement du centre, les femmes plutôt de la sphère intime du lama. Les femmes faisant partie du “maṇḍala secret” du lama sont appelées “ḍākinī”. Les candidates “ḍākinī” sont souvent recrutées par des ḍākinī du maṇḍala secret du maître, et présentées à lui. Si le maître l’approuve, la candidate “ḍākinī” entre progressivement au service du lama et dans la sphère intime du maître. Ce processus est décrit en détail dans la thèse de Marion Dapsance.

Initialement ou théoriquement, le “service au maître” régit l’attitude qu’un disciple vivant près de son maître doit avoir envers lui et ses proches. Quand le maître est l’abbé d’un grand monastère, ou un yogi important, les “serviteurs” du maître deviennent plus nombreux, et constituent sa “suite”, sa “cour”. Le style de vie du maître est alors celui d’un V.I.P. ordinaire, d’une “Sainteté”, d’une “Éminence”, d’un “Maître-roi”, d’un “Sakyong”. A partir du XIIIème siècle, quand les détenteurs tibétains deviennent les “prêtres” des cours mongoles ou chinoises, ils sont reçus avec les meilleurs égards, et traités en V.I.P. par leurs hôtes. En plus de leur fonction sacerdotale, ils étaient souvent les administrateurs de leurs districts, et recevaient des fiefs, et des titres, comme p.e. « da si-tu » (taï sitou), qui signifie « ministre impérial ». Un ministre impérial, représentant la cour, se devait de vivre comme un V.I.P. Le “service au lama” devint alors une véritable étiquette de cour. Le chef spirituel et séculier du fief se devait de maintenir un certain niveau de vie, qui s’inspirait de celui de son suzerain, mais à un degré moindre évidemment. Il en alla de même, en descendant progressivement la pyramide du pouvoir séculier et spirituel au Tibet. Les plus petits voulant avoir l’air d’un grand, le style de vie courtisan devint un modèle de standing à tous les niveaux, selon les moyens de chacun, et en respectant bien les hiérarchies. Le “service au lama” fut dans ce cas synonyme d’ “étiquette de cour”.

Chogyam Trungpa and Karl Usow (1970)

Quand le bouddhisme arrive en Occident, il y a d’abord une période “lune de miel” d’ouverture, où l’on apprend à se connaître. Chogyam Trungpa vit en hippy parmi les hippies, et les “grands lamas” sont relativement faciles d’accès. Mais le bouddhisme tibétain a son programme à lui, et la fin de la récrée est sifflée avec un rappel aux liens hiérarchiques, qui met fin à une période de fraternisation relative. Le modèle bouddhiste tibétain ne se limitait cependant pas à son aspect spirituel, l’autorité de ses hiérarques était double : spirituel et séculier.

Staff of Kalapa Court, Mapleton Avenue, 1976

Quand Chogyam Trungpa arrive à imposer le “service au lama”/”étiquette de cour” aux anciens hippies, les hiérarques tibétains sont impressionnés et s’en félicitent. Chogyam Trungpa se fit couronner “Sakyong” par Dilgo Khyentsé R. (1910-1991), avec le même cérémonial que le roi du Bhoutan. 

Campement Kasung avec Sakyong Mipham à Magyal Pomra, 2008

L’étiquette de la cour du Sakyong est définie dans le livre “The Court Vision and Practice” ("Vision et pratique courtisane"). La même étiquette s'applique par la suite au service au Régent vajra Thomas Rich, et au Sakyong Mipham, le fils de Trungpa.

Cérémonie de longue vie (photo thèse M Dapsance)

Le “Lama Care” de Sogyal Lakar a sans doute été inspiré par l’étiquette Shambalienne, et/ou par “l’étiquette de cour”/”service au lama” tibétain traditionnel. On imagine très bien que toutes les “dérives” sont possibles dans un service, où il convient de tendre d’abord une serviette, ensuite un slip, et finalement une robe de chambre au lama/maître-roi/régent qui sort de la douche… Considérons que le “Lama Care” est “l’étiquette de cour” qui prévaut dans l’entourage d’un “grand lama”, que celui-ci soit un “grand lama” officiel, officiellement ou implicitement reconnu par ses pairs ou non. Si celui-ci en a les moyens, il peut “vivre comme un dieu en France”, comme disent les Allemands et les Néerlandais.

Même parmi ceux qui n’ont pas les mêmes moyens, un maître peut faire des jaloux et des émules. D’autres “grands “et moins grands lamas peuvent avoir leur “Lama Care” à eux. Tout lama mérite son “service au lama”, et tout lama ambitieux aimerait que le “service au lama” de ses disciples soit comme une “étiquette de cour” ou comme le “Lama Care” des grands. Il n’a pas forcément sa propre "Vision et pratique courtisane" publiée sous forme de livre, sa pratique courtisane est peut-être davantage improvisée, transmise oralement ou par des non-dits. Les femmes à son service ne sont peut-être pas traitées comme des ḍākinī[7]. D’ailleurs, certains se sentent peut-être obligés de frapper leurs femmes, comme Chogyam Trungpa l’avait tenté au début de son mariage avec Diana Mukpo, puisque ce serait selon lui une coutume tibétaine[8]. Peut-être même sont-ils des piètres amants, des pervers ou des sadiques. Peut-être leur bon plaisir consiste plutôt à humilier les “ḍākinī”, qu’à se soulager, qu’à leur faire l’amour, voire à “pratiquer la karmamudrā” (pour les plus hypocrites parmi nous). Peut-être le “service” à de tels lamas est une telle corvée que les femmes cherchent à l’éviter, à en diminuer la fréquence en multipliant leur nombre, même en recrutant d’autres “ḍākinī”, et en devenant ainsi involontairement complices du système “Lama Care”... Étant “complice”, on peut se sentir encore davantage violé·e et on hésite à en parler à d’autres, voire à porter plainte. C’est précisément cette complicité progressive, qui conduit à accepter l’inacceptable, qui constitue le véritable viol, la violence fondatrice du système, et qui assure sa reproduction dans le silence général. Comme le montre mon blog De la violence fondatrice comme "initiation" (21/10/2019), cela ne se limitait pas au “Lama care”, ou aux cercles intimes de Sogyal Lakar, mais pouvait même avoir lieu sous des formes relativement “plus bénignes” pendant des retraites, des enseignements publics ou des festivités[9].

***

[1] “Guru in Disgrace” (1h26), de Jaap Verhoeven. [1:00:17 - 1:01:03] :“One day he just started saying "I am really a king". It was during the 3-year retreat. I think that was the seed of me losing faith in him. He just showed up one day and that was his teaching: "You know, really I’m a king". The hypocrisy of his lifestyle was getting caught out constantly from all quarters. So he was educating his cult to treat him like a king, because he is a king. And after I left, he upgraded himself again to mahāsiddha. “I am a living mahāsiddha”. Anyone who says that is going against everything they teach, because you never say that.”
Sangye Nawang, un des huit lanceurs d’alerte.

[2] “Les « dakinis » se voient recommander l’autobiographie de Yéshé Tsogyal, figure de dakini la plus célèbre du Tibet, dont elles doivent s’inspirer pour servir leur maître et comprendre leur propre statut. Ces femmes sont les seules personnes, chez Rigpa, auxquelles soit conseillée cette lecture. Cette princesse du VIIIe siècle aurait été l’épouse du roi Trisong Detsen. Elle tire cependant son prestige personnel d’avoir été la partenaire tantrique, la disciple et l’héritière de Padmasambhava, l’introducteur du bouddhisme au Tibet.” Thèse de Marion Dapsance.

[3] Je viens de découvrir que le terme "rigden" désigne désormais dans la communauté Shambala "Programme pour étudiants engagés dans la Voie Shambhala. Le Rigden est une représentation de notre nature éveillée et incarne le principe de la confiance inconditionnelle". Source : Rigden, la confiance inconditionnelle

[4] Ici, je reprends tel quel le terme "Sangyum" utilisé dans l'univers Shamballien de Trungpa, sans tenir compte du sens que ce terme pourrait avoir eu au Tibet.  
"During the last few years, after the Mill Village retreat, Rinpoche had officially appointed a group of seven women as his heart companions, or sangyum, which is usually a term reserved for the guru's wife. He had asked the sangyum both to be his personal attendants and companions during the last years of his life and to help provide leadership in the community. He had envisioned them overseeing the board of directors, and he considered them to be part of his family. So they were to be seated with us as well. All of them came to Karme Choling and helped with the practice and other preparations." Dragon Thunder: my Life with Chogyam Trungpa, de Diana J. Mukpo.

Voici un article selon la ligne officielle de l'institution des sangyum : Sangyum Anniversary Recollection  
Pour d'autres sons de cloche, notamment de la part de quelques sangyums :
Shambhala, the Boulder-born Buddhist organization, suppressed allegations of abuse, ex-members say
Survivors of an International Buddhist Cult Share Their Stories 

[5] Voir le témoignage de Leslie Hays sur sa page Facebook sur la culture du viol au sein de Shambala. Leslie Hays avait été « mariée » en tant que “sangyum” à Trungpa le 12 juin 1985, au Rocky Mountain Dharma Center (RMDC), actuellement le Sham Mountain Center (SMC).

[6] “The same deference was shown to his dharma heir. Osel Tendzin. “His meals were occasions for frenzies of linen-pressing, silver-polishing, hair­breadth calibrations in table settings, and exact choreographies of servers,” said television producer Deborah Mendelsohn, who helped host Tendzin when he gave two meditation retreats in Los Angeles, but has since left the community. “When he traveled, a handbook went with him to guide his hosts through the particulars of caring for him, including instructions on how and in what order to offer his towel, underpants and robe after he stepped from the shower.” “Encountering the Shadow in Buddhist America” (1990) de Katy Butler.

[7] "One day I arrived at the court for a shift and I was told I was to receive another transmission from Marty Janowitz. I assumed this was to be like the others, perhaps he was giving me TGS transmission early. Marty told me this transmission was extremely sacred and was only known to a few close students. He then pulled out a vial filled with a white powdery substance. Marty told me it was ground up vitamin D or something. (I really can’t remember exactly what he said it was). He put a bit of it on the spoon and told me to rub it on my gums, which I did. It was not cocaine. It was part of our job description to always carry a vial of “Tabi” which was the code name for cocaine. Due to his paralysis, CTR only had the use of one hand, so when he called for tabi it was our job to go into the bathroom with him, keep him steady, help him get his penis out before he wet his pants and put the coke on a spoon for him to inhale. It was also our job to keep his nose clean, and as you can tell from the picture, we were not always successful. Later, when I went to the bathroom alone, I put some on my gums. It was definitely cocaine." The first time I met His Majesty Chögyam Trungpa Rinpoche, 2017, Leslie Hays, ex-Sangyum.

[8]  "As much as I appreciated my husband, I wasn't always accepting of his behavior. When we were first married, Rinpoche told me that it was normal for Tibetan men to beat their wives. I told him this was barbaric, but he said that it was just common practice. In the first few months of our marriage, he tried -not very convincingly- to slap me a couple of times when we were arguing. I said to him, "What do you think you're doing?" And he said to me, "This is just what Tibetans do." I felt that this was definitely not okay. I waited until he was asleep one day, and I took his walking stick and began hitting him as hard as I could. He woke up, and he was quite shocked, and he said, "What are you doing?" I said, "This is just what Western women do." He got the message, and it was never an issue again." Dragon Thunder: my Life with Chogyam Trungpa, de Diana J. Mukpo.

[9] “Dans le bouddhisme tibétain, le respect aveugle des ordres d'un maître est une manière pour tester son progrès sur le chemin spirituel. Souvent l'ordre « déshabille-toi ! » fut utilisé pour cela, et de préférence devant une salle remplie d'une centaine d'autres étudiants. Un étudiant avancé se déshabille alors sans sourciller, et suit l'ordre sans protester ou juger, tandis qu'un débutant peut être reconnu à son embarras, et à son manque de confiance. Le plus souvent, Rinpoché vis au bout des premiers habits enlevés, comment réagissait l'étudiant, et celui-ci pouvait alors rester habillé. Une fois j'ai assisté quand c'était le tour d'anciens étudiants. « Mets-toi à poil » dit le maître. L'étudiant se mit alors debout devant la salle, et commença, le visage totalement détendu et entièrement à l'aise, à défaire le bracelet de sa montre. Il le fit très lentement de façon provocatrice, et en lançant des regards coquins au public, tout en ouvrant sa chemise, bouton après bouton. La salle était pliée de rire, et Rinpoché aussi en voyait l'humour, ce qui mit aussitôt fin à la représentation.” Extrait traduit du livre 'Vrij van gedachten' (Libre de pensées, 2015) de Jan Geurtz.