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mercredi 24 février 2021

Être grand avant même la naissance


Allégorie de la naissance du dauphin, Gabriel Blanchard, Château de Versailles

Un autre signe de la brahmanisation du bouddhisme est l’invention des 32 marques du grand homme (mahāpuruṣa), qui auraient permis à un brahmane d’identifier et reconnaître le futur Bouddha comme un “grand homme”, un futur monarque universel (cakravartin) ou un Bouddha. Le “grand homme” fait à la fois allusion à l’Homme cosmique (lokapuruṣa), qui n’est autre que le corps du dieu macrocosmique, par exemple Brahma, dont sont issus les quatre castes (varṇa), et à l’incarnation humaine mâle dans son potentiel maximal et toute sa puissance, le mâle alpha ultime. C’est le charisme maximal d’un être humain.

Il semblerait que les élites bouddhistes, vivant dans une société brahmanique ou progressivement brahmanisante, aient voulu donner davantage de panache à leur Bouddha, en le dotant des marques d’un “grand homme”, concept qui aurait son origine dans les Védas, mais dont les marques (lakṣana) ont été sujet à changement, et en partie empruntées à l’astrologie mésopotamienne, grecque, indienne…, et assez tardivement.

Dans le processus de divinisation du Bouddha, celui-ci s’approche de plus en plus du modèle de l’Homme cosmique. Les “grands hommes” qui naissent, ou descendent (avatar) sur la Terre ont un lien évident avec l’Homme cosmique, et ce lien se traduit en marques, que seuls les sages savent lire et interpréter. Ce corps parfait est un corps symbolique, et ce corps symbolique est éternel et partagé/revêtu par tous les “grands hommes”. Il sera le saṃbhogakāya, qui permettra aux Bouddhas d’enseigner avant, pendant, et après leur véritable mission de Bouddha, partout et continuellement.

Ce corps faisant le lien entre le corps de l’Homme cosmique et le corps du “grand homme” incarné a tout d’un corps “astral”, et c’est l’astrologie qui permet de déterminer et interpréter ses marques dans la chair. Notamment, l’astrologie/astronomie indienne de “la deuxième période” (IVe siècle av. J.-C. au Ve siècle ap. J.-C, classement de Francis Zimmermann), “caractérisée par l'influence des astronomies mésopotamienne, puis grecque” et qui comporte des méthodes de divination et d’interprétation des signes physionomiques. Le nom “Yavanajātaka” (horoscopie des Grecs) de Sphujidhvaja (de descendance grecque) témoigne de cette influence. Mais c’est surtout un traité astrologique brahmanique (Jyotiḥśāstra) du VIème siècle, le Bṛhatsaṃhitā de Varāhamihira, qui nous renseigne sur l’interprétation des marques des hommes, des femmes et des “grands hommes”, et où l’on trouve des parallèles avec les 32 marques du Bouddha. Pour une traduction anglaise en ligne du Bṛhatsaṃhitā.
Ce Varāhamihira vécut au VIème siècle et fut influencé par le Romaka Siddhanta ("Doctrine des Romains") et le Paulisa Siddhanta, le Siddhanta de Paul qui ne serait pas le Paul d’Alexandrie (c. 378 CE), mais un autre. Il n’est pas exclu que les vedas auraient influencé les Grecs et les Romains, qui auraient influencé en retour Varāhamihira et d’autres.”[1]

Quoi qu’il en soit, par ce corps d’un “grand homme” aux 32 marques, qui n’est pas le corps physique du Boudha Śākyamuni, sa divinisation et brahmanisation est inéluctable. C’est la fin du guide humain, de la rareté de l’enseignement du Bouddha, qui est désormais disponible 24/7 pour ceux qui ont accès au saṃbhogakāya du Monde imaginal, et il n'est plus nécessaire d’attendre la venue d’un futur Bouddha. Le Bhikkhu éduqué devient l’officiant du culte du Bouddha, un prêtre, un paṇḍit versé en astrologie, divination, etc., qui sait reconnaître les “grands hommes”, les avatars, les bodhisattva, les nirmāṇakāya, les tulkus, etc., autrement dit les Nobles (ārya), qui viennent avec une mission : diffuser, maintenir et transmettre la Doctrine, qui met fin aux désordre.

C’est le caractère (vertu) qui fait le “grand homme”, et cette “vertu” est déterminée par le ciel. Voici la conception de Dante (1265-1321) au sujet

« Comment décrire la production, l’engendrement, d’un être humain ? Dante répond :
‘Je dis que quand l’humaine semence tombe dans son réceptacle, c’est-à-dire dans la matrice, elle y porte avec soi la vertu de l’âme générative, et la vertu du ciel et la vertu des éléments liés, c’est-à-dire la complexion ; et elle mûrit, disposant la matière aux influences de la vertu formative qu’apporta l’âme de l’engendrant ; et la vertu formative apprête les organes à la vertu célestiale qui, à partir de la puissance séminale, produit l’âme à la vie. Ladite âme aussitôt produite reçoit de la vertu du moteur du ciel l’intellect possible ; lequel en lui-même apporte en puissance toutes les formes universelles selon qu’elles sont dans son producteur et d’autant moins qu'il est plus éloigné de la première intelligence
.’ » Penser au Moyen-Âge, Alain de Libera, p. 279.

La vertu de l’âme générative, la vertu du ciel et la vertu des éléments. Un être humain, et donc aussi un “grand homme” est le mélange de ces trois vertus, qui ont leur puissance maximale dans le “grand homme”. La part du ciel étant déterminant pour la brillance, la noblesse, la grandeur, le charisme. Les “grands hommes” sont déjà des “grands hommes” en naissant, leurs trois vertus se déployant au fur et à mesure de leur vivant sous le regard complice des astres, quoi qu'en dise le "Machiavel de l'Inde" ("Un homme est grand, par ses actes, non par sa naissance") ...


MN 91 - Brahmāyu sutta (traduction française du site Dhammadhana)
"Le récit de Brahmāyu
Le respecté brahmane Brahmāyu a 120 ans. Il envoie son disciple Uttara voir si le Bienheureux a les 32 marques des grands hommes. Un grand homme de type laïque devient un empereur possédant les 7 trésors, mais un grand homme renonçant devient Bouddha.

Uttara voyage, trouve le Bienheureux et voit 30 des 32 marques. Le Bienheureux montre alors sa langue et permet par magie à Uttara de voir la partie cachée dans un étui. Il a donc les 32 marques au complet. Uttara suit le Bienheureux pendant 7 mois pour observer comment il se conduit, puis revient rendre compte à Brahmāyu.

Description des 32 marques, ainsi que de la façon de marcher, de regarder, d’entrer dans une maison, de s’asseoir, de laver le bol, de manger, de laver le bol de nouveau, de s’habiller, de s’asseoir pour enseigner, de parler.

Plus tard Brahmāyu peut rencontrer le Bienheureux, voit les 32 marques sauf 2, puis toutes les 32, pose une série de questions et rend de grands honneurs au Bienheureux. Celui-ci explique la générosité, la vertu, le ciel puis, quand l’esprit du brahmane est prêt, le malheur et la fin du malheur. Brahmāyu nourrit le Bienheureux et les moines pendant 7 jours. Puis il meurt en ayant atteint l’état de Sans-retour."
Pour rappel :

Le Bouddha historique a rappelé à plusieurs reprises que le véritable Bouddha/tathāgata n’était pas son corps et ses attributs (rūpakāya). « Celui qui me voit, voit le dhamma ; celui qui voit le dhamma me voit. » Le Bouddha n’est pas non plus un autre, autre que nous-mêmes. Dans le Milindapañho III.5.18 le moine Nāgasena dit : "De même on ne peut désigner le Bienheureux comme étant ici ou là. Mais il peut être désigné par le Corps de la Loi (dhammakāya) : car la Loi a été enseignée par lui." Dans les légendes des vies antérieures du Bouddha (S. avadāna T. rtogs brjod) comptées parmi les textes du mahāyāna, on trouve l'affirmation "Le Tathāgata ne peut être vu par son corps formel (S. rūpakāya)".

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[1] Sen, Samarendra Nath; Shukla, Kripa Shankar (2000). History of astronomy in India. Indian National Science Academy. pp. 85, 114, 345. Voir mon blog Jeux d'ombres et de lumières.

mercredi 27 novembre 2019

Astrologie et magie astrale


Manuscrit De radiis d'Al-Kindi 17ème siècle. Cambridge, Trinity College Library, Medieval manuscripts, MS R.15.17 (937)

Le néoplatonicien Al Kindi (801-873) était une figure clé pour la connaissance de l’astrologie et de la magie au Moyen-äge en occident. Son disciple Abu Ma’shar (787-886) était de Balkh (est de l’Iran), un véritable carrefour d’échanges[1], ou Indiens, Scythes, Chinois et Iraniens (des hindous, des bouddhistes, des juifs, des nestoriens, des hindous et des zoroastriens) se rencontraient. On attribue à Al Kindi le traité De radiis stellarum, aussi appelé Theorica artium magicarum, qui fut traduit en latin au XIIIème siècle[2].

Le chercheur canadien Jeffrey Kotyk est un spécialiste en astrologie bouddhiste, notamment sous la dynastie Tang. Il explique que l’astrologie introduite en Chine autour de l’an 800 était d’origine indienne avec des éléments iraniens, spécifiquement afin de permettre l’exécution conforme de rituels tantriques par rapport à la situation céleste. L’architecte de l’astrologie chinoise (d’origine indo-iranienne) était le maître tantrique Amoghavajra (705-774), né d’un père indien et d’une mère peut-être sogdienne. L’astrologie était une science nécessaire à la “magie astrale” du vajrayāna en Chine. L’astrologie chinoise (bouddhiste) s’est par la suite exportée, notamment au Japon.

Signes zodiaques dans le Taizō zuzō, une collection japonaise d'icônes du Garbhadhātu-maṇḍala bouddhiste, recopiés par le moine Enchin (814–891) en Chine en 855 (photo Jeffrey Kotyk)
Afin de permettre aux adeptes du vajrayāna de pratiquer conformément “la magie astrale”, il fallait connaître la position des planètes et étoiles connues à l’époque et utilisées dans l’astrologie. 

L’astrologie, très en vogue entre le III-VIIème siècle dans l'Iran sassanide, était un mélange d’astrologie helléniste et indienne. L’astrologie helléniste était essentiellement constituée de la cosmologie et de lamagie astralenéoplatonicienne. Le texte attribué à Al-Kindi était traduit en latin vers la fin de la XIIème siècle. Ce n’est pas un livre de recettes, mais un traité philosophique et métaphysique expliquant la nécessité de l’astrologie et de la “magie astrale”, pour ceux qui désirent influencer l’harmonie céleste, qui influence toute chose sublunaire.

Contrairement au bouddhisme (vajrayāna etc.), qui avait intégré l’astrologie, la “magie astrale” et les agents de la Nature jouant un rôle dans celle-ci, l’église catholique avait décidé au XIIIème siècle, qu’elle ne voulait pas de ce déterminisme astral et de sa magie associée. Certaines de ses thèses étaient condamnées par Etienne Tempier en 1277. Thomas d'Aquin (1225-1274) aurait eu connaissance de ce livre, “lorsqu’il attaque la théorie de l’influence astrale sur les opérations magiques et refuse de l’admettre en tant qu’explication valable de leur efficacité”[3]. Le pape XXII (1244-1334) interdira la sorcellerie et la magie. Les éléments métaphysiques et ésotériques non tolérés par l’église, vont s’exprimer autrement et ailleurs. L’ésotérisme, l’occultisme etc. en occident se développeront surtout en dehors de l’église comme des filières séparées, à dominante laïque et pseudo-scientifique.


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[1] “The eastern Iranian city of Balkh, Abu Ma'shar’s birthplace, was a centre of cultural and religious diversity filled with Indians, Chinese, Scythians, Greco-Syrians, and Iranians who were Jews, Nestorians, Buddhists, Hindus, and Zoroastrians. A third-generation member of the Iranian, Pahlavi-oriented elite who had played a vital role in establishing the Abbasid Empire, Abu Ma'shar was a dedicated Muslim (probably a Shi'ite) who began his career in Baghdad as a Hadith (traditions of the prophet) expert. In his forty-seventh year he quarrelled with Abu Yusuf Ya'qub ibn Ishaq al-Sabbah al-Kindi (796 873), the leading Muslim philosopher and mathematician of his day. Al-Kindi eventually convinced him to change his scholarly orientation - from the traditional sciences (Arabic grammar, Qur’anic interpretation, traditions of the prophet, and jurisprudence) to the rational sciences (logic, philosophy, mathematics, astronomy, astrology, and medicine). Employing his newly-acquired skills, Abu Ma'shar wrote a philosophical justification of astrology along with a practical guide for its everyday use.” Astronomy and Astrology in the Islamic World, Stephen P. Blake, pp. 28-29




[2] Il existe une traduction française, Al-Kindi De radiis, par Didier Ottaviani, publiée par les éditions Allia.


[3] Dans les chapitres 104 et 105 du livre III de la Summa contra Gentiles. Al-Kindi : De radiis de Marie-Thérèse d'Alverny et Françoise Hudry. Archives d'histoire doctrinale et littéraire du Moyen Age

Vol. 41 (1974), pp. 139-260.

samedi 16 novembre 2019

Des sorts et des bulles



Je viens de lire deux articles intéressants sur l’interdiction de la sorcellerie (pour faire court) au Moyen-Âge : La sorcellerie : de lerreur à la faute à la fin du Moyen Âge (xivexve siècles). Ambivalence dun phénomène littéraire et de société par Aurélie Dumoulin, et Satan hérétique : linstitution judiciaire de la démonologie sous Jean XXII par Alain Boureau. Comme on le verra, le pape Jean XXII (1244-1334) y prend une place particulière.

Notre conception du Moyen-Âge (500-1500) est souvent très monolithique, et c’est ainsi que cette période est souvent représentée. En regardant de près, on peut voir des évolutions et des transformations en cours, y compris au sujet de ses “superstitions”, la sorcellerie et la persécution de celle-ci. Les procès en sorcellerie datent surtout de la fin du Moyen-Âge et se poursuivis bien au-delà. Comme le montrent bien les deux articles, l’attitude envers la sorcellerie et “la magie” en général a beaucoup changé au cours du Moyen-Âge. La sorcellerie était un simple fait de société avant d’être considérée comme une erreur, une faute puis une hérésie. La sorcellerie est souvent considérée (et parfois définie) comme une forme populaire de magie noire, une magie maléfique, faite pour nuire. La “magie”, c’est en grande partie l’état des “sciences”, lorsque celles-ci ne s’étaient pas encore émancipées de la religion et de la croyance en une Nature investie par des forces immanentes et surnaturelles : l’astrologie, la nécromancie, la chiromancie, l’alchimie, etc. Aurélie Dumoulin écrit que la magie était le domaine réservé “à une élite lettrée, savante, éclairée” et la sorcellerie était plutôt destinée à “une population pauvre, encline aux superstitions et aux croyances païennes”.

Le haut Moyen Âge (500-1000) est relativement tolérant envers la sorcellerie. À l’époque carolingienne, cette indulgence relative se poursuit : “les peines demeurent tout à fait légères et sans conséquence majeure”.
Les pratiques considérées autrefois comme des manifestations véridiques et authentiques sont subitement reléguées au rang d’illusions diaboliques. Elles ne sont plus que des fantasmes, des actions conçues par l’imagination du sorcier ou de la sorcière.”[1] (Dumoulin)
Cette nouvelle vision est attestée dans le Canon Episcopi de Reginon de Prüm au Xe siècle. Au cours des deux derniers siècles du Moyen Âge, la sorcellerie se criminalise et à partir de la seconde moitié du XVe siècle, les textes se focalisent davantage sur les femmes.
“Le tournant décisif se situe au milieu du XIVe siècle. La société est en crise et nous assistons à une montée de l’angoisse face à ces malheurs des temps. Il semble donc inévitable de rechercher des coupables. La menace cathare ayant été écartée au XIIIe siècle, il s’agit de trouver de nouveaux responsables aux maux de la société. Les sorciers et les sorcières semblent être les coupables parfaits. Selon les inquisiteurs, principaux auteurs des grands manuels démonologiques, la criminalisation de la sorcellerie est nécessaire afin de mettre un terme à ce nouveau fléau.” (Dumoulin)
Les hiérarques du Clergé, issus de l’élite, s’intéressaient eux-mêmes à la magie, jusqu’au XIIIème siècle environ, où eut lieu la fameuse condamnation (1277) par l'évêque Étienne Tempier adressée aux membres de la Faculté des Arts. L'alchimie fut protégée par les papes, qui étaient eux-mêmes en quête de l'élixir de longue vie jusque dans les années 1270 (Boureau)[2]. Tout cela avait lieu au moment même où “les conquêtes de la science naturelle apparurent comme dangereuses pour la foi”.

Un cardinal (Francesco Orsini) ordonna en 1304 de brûler à sa mort tous ses livres d'alchimie. Un professeur d'astrologie (Cecco d'Ascoli) fut brûlé pour hérésie à Florence en 1327, “en compagnie de ses livres d'astrologie”. Le pape Jean XXII (élu en 1316) sortit en 1326 la bulle Super illius specula, assimilant pratiquement la sorcellerie à l'hérésie. L’interdiction de la sorcelleries et arts magiques associés avait aussi été instrumentalisée par le pape Jean XXII, par exemple dans l’affaire contre Robert de Mauvoisin, archevêque d'Aix, jugé en 1318. Il aurait eu recours « aux sortilèges, à l'art de la magie (arti mathematice) et aux divinations ». Dans son interrogatoire, Robert prit soin de qualifier constamment ses différents conseillers d'« astrologues », qualification moins grave… “il pensait de bonne foi que ces pratiques astrologiques étaient licites.” (Boureau). La sanction se limitait pour lui à être éjecté de son siège.

Boureau avance plusieurs raisons pour cette décision de Pape Jean XXII. A titre personnel, il voyait des démons partout[3]. Il avait aussi échappé à unattentat magique. Dans une lettre (1318), le Pape écrit :
Ces arts de la magie sont étroitement reliés à l'invocation des démons ; ils sont « des arts de démons, dérivés d'une pestifère association des hommes et des mauvais anges ». Les magiciens « usent fréquemment de miroirs et d'images consacrées selon leur exécrable rite et se plaçant en cercle, invoquent de façon répétée les démons. qu'ils enferment dans les miroirs, les cercles ou les anneaux ». Par ces invocations, les accusés tentent de nuire ou de prédire le futur.” (Boureau).
Il semble avoir cru lui-même en l’efficacité des rituels magiques, qu’il condamnait surtout à cause de l’implication des mauvais anges, d’où la notion d’hérésie. Mais il avait aussi un côté “positiviste” selon Boureau.
Le pape croyait en la force des faits, en droit comme en théologie. Ainsi, en mai 1330, il s'adressa au roi de France pour lui demander d'interdire la pratique de la preuve par combat judiciaire ou duel en notant que « par de telles pratiques, la vérité n'est pas prouvée » (per talia...veritas non probatur). Le pape, au nom de l'expérience maîtresse des choses (magistra rerum experiencia) fait remarquer au roi qu'en cas d'accusation de fausse monnaie, jamais le souverain ne se contenterait d'une telle preuve, précisément parce qu'en ce cas, les faits matériels et la vérité pure importent.”
Ce qui gênait surtout le Pape était le fait que les adorateurs des démons produisaient “de nouveaux faits, susceptibles d'engendrer de nouvelles adhésions”. De nouvelles idéologies pourrait-on dire.
La construction même de faits inédits est une menace pour la foi. Car ce sont les faits qui induisent la confiance et la foi. La qualification traditionnelle de l'hérésie, en s'en tenant au rejet des opinions orthodoxes, ne considère pas le processus qui conduit à la foi.
Ce processus, la construction des “faits” (idées) inédits, semble avoir été redouté par le Pape. Il s’agissait de faits ou d’idées sur lesquels le Pape n’avait pas de contrôle, hormis leur répression au nom de la bonne foi justement. Boureau explique le “positivisme” du Pape par la naissance du principe du relativisme et de l’enquête contradictoire dans le droit. Même si “l'attachement à la factualité tenait aussi à une réaction de l'Église contre les entreprises hérétiques appuyées sur une pratique du secret et de la double entente”.

Avec leur interdiction officielle, les sciences magiques devenaient clandestines et étaient condamnées pendant une période à être pratiquées en secret. On voit bien que même avant le siècle des Lumières, on était en mesure de prendre des mesures contre certaines superstitions.
 

***


[1] “De nombreux écrits, tels le Canon Episcopi ou La Fourmilière de Jean Nider11, publié vers 1437, démontrent que les pratiques de sorcellerie ne sont rien d’autre que des illusions orchestrées par le diable et son armée de démons. L’imagination humaine est alors pervertie par l’action démoniaque puisque les agissements des sorciers et sorcières ne sont pas réels. “ (Dumoulin)

[2] “Le grand alchimiste anglais John Dastin, qui avait écrit des ouvrages d'alchimie pour le cardinal Napoléon Orsini, ennemi et familier du pape, envoya à Jean XXII une lettre sur l'or potable, susceptible de prolonger la vie.” (Boureau)

[3] “À cette inquiétude générale et ambivalente, s'ajoutait le souci propre de Jean XXII qui paraît avoir considéré que les démons se mêlaient directement à ces arts suspects et exerçaient un rôle redoutable dans la vie et la mort des humains.”
“En 1332, dans un sermon, le pape dit : « En effet, les damnés, c'est-à-dire les démons ne pourraient nous tenter s'ils étaient reclus en enfer. C'est pourquoi il ne faut pas dire qu'ils résident en enfer, mais bien dans la totalité de la zone d'air obscur, d'où leur est ouverte la voie pour nous tenter » (Boureau).

jeudi 7 novembre 2019

Poussières d’étoiles, sémences divines et fluides universels




Quand les sciences étaient indissociables des religions et des spéculations religieuses, on étudiait le ciel pour connaître la volonté divine. Les astres étaient considérés comme des dieux, et leurs volontés pouvaient être déduites de leurs mouvements dans le ciel. Ceux qui savaient interpréter ces mouvements et donc la volonté des dieux, les prêtres et les astrologues, pouvaient prévoir et tenir compte des mouvements pour choisir les jours fastes, et éventuellement essayer de contrer ou influencer la volonté divine par la magie. Dans l’imaginaire des sciences religieuses, les jeux d’influence pouvaient ainsi aller dans les deux sens.

Les plus anciens écrits astronomiques et astrologiques ont été retrouvé en Mésopotamie et dateraient d’il y a 5 000 ans. Ces sciences furent passées aux Grecs par les Chaldéens. Pour Platon les astres étaient des “vivants divins et éternels” et des « dieux visibles » (Timée, 39e-40d). Aristote écrit Du ciel et sa théologie cosmique peut être trouvée dans le livre A de la Métaphysique. Avec la redécouverte des antiques, son système des sphères célestes, des intelligences et des âmes motrices des cieux était de nouveau accessible en Occident grâce à Avicenne et aux commentaires d’Averroès sur le traité Du ciel d’Aristote.
La vulgate philosophique du péripatétisme arabe, exposée dans le Livre des causes, faussement attribué à Aristote, donnait une représentation d’un monde parfaitement ordonné où la causalité des intelligences séparées, encore appelée « substances spirituelles», s’étendait à l’ensemble des phénomènes, depuis la Première Cause jusqu’au dernier ciel où était censée résider la dernière intelligence, le « trésor des formes », d’où s’écoulait comme d’une source la double série des formes corporelles et des formes intelligibles, ici pour illuminer les âmes, là pour organiser et structurer la matière.
Dans un univers de procession universelle où les intelligences séparées apparaissaient comme les vecteurs de l’activité d’un Dieu unique et éternel - le Premier Agent -, l’idée d’une influence des astres sur la destinée humaine pouvait passer pour le complément naturel de la cosmologie, voire pour le remplissement scientifique de la théologie philosophique
.”
Penser au Moyen-Âge, Alain de Libera, Points essais, pp.253-255
Les théologiens philosophiques ont spéculé sur le déroulement exacte des jeux d’influences, et conçu de différentes façons l’action “des substances spirituelles” dans l’univers et notamment dans les zones sublunaires habités par les hommes. Comment ceux-ci subissaient-ils l’influence spirituelle ?
« Comment décrire la production, l’engendrement, d’un être humain ? Dante [1265-1321] répond :
‘Je dis que quand l’humaine semence tombe dans son réceptacle, c’est-à-dire dans la matrice, elle y porte avec soi la vertu de l’âme générative, et la vertu du ciel et la vertu des éléments liés, c’est-à-dire la complexion ; et elle mûrit, disposant la matière aux influences de la vertu formative qu’apporta l’âme de l’engendrant ; et la vertu formative apprête les organes à la vertu célestiale qui, à partir de la puissance séminale, produit l’âme à la vie. Ladite âme aussitôt produite reçoit de la vertu du moteur du ciel l’intellect possible ; lequel en lui-même apporte en puissance toutes les formes universelles selon qu’elles sont dans son producteur et d’autant moins qu'il est plus éloigné de la première intelligence.’
»

« Pensée à la fois biologiquement, psychologiquement et cosmologiquement, la connexion parfaite du monde d’en haut avec le monde d’en bas donne donc lieu à un type d’homme nouveau : l’homme noble, l’« intellectuel » au sens de l’homme selon l’intellect. » Penser au Moyen-Âge, p. 279.
Ce genre d’idées existait également en Inde, grâce à l’influence des grecs et romains, et plus tard des arabes. Le Brihat Samhita de Varāhamihira (VIème siècle) est un livre d’astrologie qui explique l’influence des astres sur la terre, les animaux, les hommes, les grands hommes (mahāpurusa), les signes fastes et néfastes etc. Voici pour ce qui est des bases, les spéculations sur les “substances spirituelles” ont évolué au cours des siècles. (Blog Jeux dombres et de lumières)

A partir de la Renaissance, les sciences commencent leur lente émancipation de la religion, tout en restant profondément influencées par les idées religieuses ou “théologiques philosophiques”. Un Paracelse (1493-1541), s’oppose à la religion (catholique), mais la Nature qu’il étudie est encore pleinement régie par la théologie philosophique et les “substances spirituelles”. Il se considérait “comme le médecin-prophète du dernier âge[1].

Tout comme le “belge” (anachronisme) Jan Baptist van Helmont (1580-1644), l’écossais William Maxwell (1581-1641) et le jésuite allemand Athanasius Kircher (auteur du China Illustrata) (1602-1680), Franz Anton Mesmer était un médecin, particulièrement intéressé par le “fluide magnétique universel”. Il était l’auteur du livre De l'influence des planètes sur le corps humain (1766) et a rédigé plusieurs ouvrages sur le “magnétisme animal” (pour le distinguer du domaine de l’aimant minéral). Les mots mesmérisme et mesmériser sont dérivés de son nom. Ses thèses principales sont :
* un fluide physique subtil emplit l'univers, servant d'intermédiaire entre l'homme, la terre et les corps célestes, et entre les hommes eux-mêmes ;
* la maladie résulte d'une mauvaise répartition de ce fluide dans le corps humain et la guérison revient à restaurer cet équilibre perdu ;
* grâce à des techniques, ce fluide est susceptible d'être canalisé, emmagasiné et transmis à d'autres personnes, provoquant des « crises » chez les malades pour les guérir.
Mesmer fonde en 1783 la Société de Harmonie universelle[2] (voir aussi mon blog sur lharmonisme de la Nouvelle Pensée). Ses membres prêtent serment et reçoivent la mission de guérir l’humanité.
Je crois qu’il existe un principe incréé ; Dieu.
Que cet Être suprême a créé la matière indifférente de soi au mouvement et au repos, par un acte unique de sa pensée ; que par le même acte, il lui a imprimé le mouvement qui forme, développe et conserve tous les corps.
Qu'au moyen d'un milieu qui ne peut être qu'un fluide très-subtil, il existe entre tous les corps qui se meuvent dans l'espace, une action réciproque, la plus profonde et la plus générale de toutes les actions de la nature ; que cette action constitue l’influence ou le magnétisme universel de tous les êtres entre eux.
Que l’Être suprême, en créant l’homme, l'a doué d’une âme spirituelle et immortelle, lui a donné le pouvoir de modifier le fluide qui pénètre tous les corps, par un acte de sa volonté, parce que l’âme unie au corps, ne peut recevoir ou donner des perceptions à une autre âme, que par l’action sur la matière véhicule de toutes nos sensations.
Convaincu de ces vérités et du pouvoir donné par Dieu à l’homme, d’agir selon la loi universelle qui régit tout sur son semblable, pour son utilité, je promets et m’engage, sur ma parole d’honneur, de ne jamais faire usage du pouvoir et des moyens qui vont m’être confiés - d’exercer le magnétisme animal que dans la vue unique d’être utile aux hommes, de soulager l’humanité souffrante; et repoussant loin de moi toute vue d’amour-propre et de vaine curiosité, je promets de n’agir jamais que dans la vue de faire du bien à l’individu qui m’accordera sa confiance, et d’être à jamais uni de cœur et de volonté à la société bienfaisante qui me reçoit dans son sein.

Après le serment, le Directeur et le Récipiendaire se mettent en rapport, debout, avec une certaine affectation, et par trois fois. Le Directeur embrasse ensuite le Récipiendaire sur les joues et sur la bouche, lui serre les mains, avec affection, et lui dit : Allez , touchez et guérissez
.” Système raisonné du Magnétisme universel, de M. Mesmer
Ce nouveau courant du “fluide magnétique universel” connaîtra plusieurs divisions, que raconte très bien Bertrand Méheust dans ses livres sur le somnambulisme (ou transe somnambulique), où l’influence peut passer par un fluide quasi-substantiel ou la suggestion, dans des cadres “théologiques-philosophiques” (ou thérapies psychiques) divers. Il s’agit toujours de rétablissement d’un certain équilibre, de réajustement à une harmonie (cosmique, sociale ou autre), voire de “guérir”.

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[1] Paracelse (présentation et traduction de Pierre Deghaye), La grande astronomie ou La philosophie des vrais sages, Philosophia sagax, Éditions Dervy, 2000.

[2] “A la fin de l’année 1783, le docteur Mesmer, avec le soutien de quelques disciples, fonde à Paris la Société de l’harmonie universelle pour l’enseignement et la diffusion du magnétisme animal. La Société connaît aussitôt un grand succès, comptant deux-cents membres en août 1784, tandis que des filiales se créent en province et hors de France. Mais l’engouement inquiète les autorités, qui chargent les institutions savantes et professionnelles d’enquêter sur le phénomène. La condamnation académique tombe en août 1784. Face aux attaques, les partisans du magnétisme animal ne tardent pas à se diviser. Mesmer quitte la France en août 1785 et la Société cesse ses activités en 1787. Malgré de nombreux travaux sur l’histoire du magnétisme animal, la Société de l’Harmonie universelle est restée jusqu’à aujourd’hui fort peu étudiée. La journée d’études vise à présenter les premiers résultats d’une enquête historique et prosopographique menée dans le cadre du labex HASTEC et à réexaminer, à la lumière de cette enquête, l’impact du phénomène mesmérien dans les années précédant la Révolution.”

mercredi 5 septembre 2018

Jeux d'ombres et de lumières


Le "raciologue" du Troisième Reich, Bruno Beger prend des mesures au Tibet
Le néoplatonisme se développe à Rome au IIIème siècle par Ammonios Saccas, maître de Plotin, et les élèves de ce dernier, Porphyre et Jamblique.
« Le néoplatonisme ou platonisme de l'Antiquité tardive tente de concilier la philosophie de Platon avec certains courants de la spiritualité orientale comme les Oracles chaldaïques, ainsi qu'avec d'autres écoles de la philosophie grecque, notamment celles de Pythagore et d'Aristote. » (Wikipédia)
L’intégration des spiritualités orientales, notamment les Oracles chaldaïques, (ré)introduit des éléments de Révélations dans ce qui avait plutôt commencé comme une philosophie (Blog).

Les Révélations sont comme le message du Ciel destiné à la Terre et introduisent des hiérarchies, dans le Ciel, entre le Ciel et la Terre, et sur la Terre. La verticalité est une caractéristique essentielle des hiérarchies et des Révélations. Le cours des astres - des dieux - influencerait le cours des choses la Terre et serait déterminant sur la vie des uns et des autres et sur leur caractère.

Pour connaître plus de détails, Penser au Moyen-Âge d’Alain de Libera, notamment les chapitres sur l’astrologie et sur Dante sont très intéressants et révélateurs. J’ai écrit sur les points de convergences de la théurgie et des tantras (La théurgie, un tantrisme occidental ?) et de la véritable période de melting pot (Les mystères du meltingpot hellénistique, au berceau des tantras), ainsi que sue les échanges entre Occident et Orient de manière générale (basé sur la recherche de Thomas McEvilley, auteur de Shape of Ancient Thought). En Occident comme en Orient, l’astrologie, l’alchimie et la magie (« héritage de l’hermétisme populaire dont les écrits les plus anciens remontent au IIIème siècle avant notre ère ») furent intégrées dans la philosophie et la religion, si elles n’en faisaient pas déjà partie.

Ce qui est particulièrement intéressant est l’idée que le Ciel, les astres, influence le caractère (vertu) d’un homme, et font qu’un homme soit plus ou moins noble, ou plus ou moins un « grand individu » (mahāpuruṣa). Ce caractère noble ou grand se retrouve même dans les caractéristiques d’un homme noble, forgées par le sperme des astres.
« Comment décrire la production, l’engendrement, d’un être humain ? Dante répond :
‘Je dis que quand l’humaine semence tombe dans son réceptacle, c’est-à-dire dans la matrice, elle y porte avec soi la vertu de l’âme générative, et la vertu du ciel et la vertu des éléments liés, c’est-à-dire la complexion ; et elle mûrit, disposant la matière aux influences de la vertu formative qu’apporta l’âme de l’engendrant ; et la vertu formative apprête les organes à la vertu célestiale qui, à partit de la puissance séminale, produit l’âme à la vie. Ladite âme aussitôt produite reçoit de la vertu du moteur du ciel l’intellect possible ; lequel en lui-même apporte en puissance toutes les formes universelles selon qu’elles sont dans son producteur et d’autant moins qu'il est plus éloigné de la première intelligence.’ » Penser au Moyen-Âge, p. 279.
Tournons-nous maintenant vers l’Orient et le bouddhisme aniconique et plutôt philosophique au départ. L’apport « théologique » du bouddhisme se loge plus particulièrement dans les théories sur ce qui est appelé le « corps symbolique » (sambhogakāya) du Bouddha. « Le Tathāgata ne peut être vu par son corps formel (rūpakāya) », « Celui qui me voit, voit le dhamma ; celui qui voit le dhamma me voit. » Le corps symbolique du Bouddha sera représenté et iconique. Ce corps sera celui d’un « grand individu » (mahāpuruṣa), voire d’un dieu, et doté de vertus particulières au nombre de 32.

Ces vertus ne sont pas une exclusivité du bouddhisme, aniconique et philosophique au départ. Sont-elles peut-être des emprunts ? La même série des 32 vertus est exposée avec richesse de détails dans le Brihat Samhita de Varāhamihira. Ce Varāhamihira vécut au VIème siècle et fut influencé par le Romaka Siddhanta ("Doctrine des Romains") et le Paulisa Siddhanta, le Siddhanta de Paul qui ne serait pas le Paul d’Alexandrie (c. 378 CE), mais un autre. Il n’est pas exclu que les vedas auraient influencé les Grecs et les Romains, qui auraient influencé en retour Varāhamihira et d’autres[1].

Le Brihat Samhita est un livre d’astrologie qui explique l’influence des astres sur la terre, les animaux, les hommes, les grands hommes (mahāpurusa), les signes fastes et néfastes etc. Le chapitre qui nous intéresse plus particulièrement est le chapitre sur les signes du grand homme (p.e. les rois, pas de grandes femmes, désolé, Aristote et Saint Thomas d’Aquin expliquent pourquoi), soit le chapitre LXIX (Signes des hommes p. 542, Signes des grands hommes p.567 ). Il y a néanmoins des chapitres (LXX) sur les qualités des vierges etc. qui ont sans doute servi à déterminer les caractéristiques d’une amante compatible (Kamasutra) ou d’une karmamudrā.

Les signes des hommes nous apprennent à reconnaître ceux qui ont les qualités d’un roi (carkavartin) ou d’un homme ordinaire, p.e. en regardant leur sexe. Ainsi, le sloka n° 7 apprend qu’un homme avec un petit pénis deviendra riche, mais sans issu ( ?) et qu’un homme avec un gros (stout) pénis sera pauvre. Un homme portant à gauche n’aura ni enfants ni fortune, tandis que celui portant à droite aura des fils. Celui dont le pénis pend plutôt vers le bas sera indigent, et un pénis avec des veines apparentes ne produira que peu d’enfants. Un pénis avec un gros bout est gage de bonheur, etc. etc. Le sloka n°7 explique qu’un pénis retracté dans un fourreau (comme un cheval) est le signe d’un roi et accessoirement d’un Bouddha[2]. Munissez-vous d’un petit miroir et faites nous savoir dans un commentaire s’il convient de vous féliciter ou non.

Ce qui est intéressant dans la partie concernant les cinq types de grands hommes, ce sont leurs vertus reçues d’astres ou de constellations spécifiques. Les 32 signes majeurs d’un Bouddha (ou d’un cakravartin) sont de telles vertus psychométriques et anthropométriques.

Selon ce type de théorie, le Bouddha était comme prédestiné pour devenir un Bouddha, comme un criminel pouvait être considéré destiné par ses qualités psychométriques et anthropométriques de devenir un criminel. Dante suit un raisonnement comparable de « généalogie d’ennoblissement ».
« Pensée à la fois biologiquement, psychologiquement et cosmologiquement, la connexion parfaite du monde d’en haut avec le monde d’en bas donne donc lieu à un type d’homme nouveau : l’homme noble, l’« intellectuel » au sens de l’homme selon l’intellect. » Penser au Moyen-Âge.
Ou encore le « Bouddha » du sambhogakāya... Les théories des qualités positives du mahāpuruṣa, déterminées physiquement, peuvent conduire à l'autre bout du spectre à la détermination de qualités négatives par psychométrie, anthropométrie etc. Ce qui est étonnant est que dans ces différentes généalogies d'ennoblissement, les qualités sont comparées positivement ou négativement à celle attribuées à des animaux. On trouve cela dans les qualités des hommes, des femmes et des mahāpuruṣa chez Varāhamihira  dans les catégories d'hommes et des femmes du Kamasutra, et puis dans les théories criminologiques et raciales plus tard. Des hiérarchies, toujours des hiérarchies et sur des bases quelquefois plus que douteuses.

RACE : Josiah Nott and George Gliddon's 800-page illustrated volume, Types of Mankind
   
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[1] Sen, Samarendra Nath; Shukla, Kripa Shankar (2000). History of astronomy in India. Indian National Science Academy. pp. 85, 114, 345.

[2] Sloka 7.—A man with a small penis becomes wealthy, but without issue ; one with a stout one, poor ; with one bent towards the left, devoid of children and wealth ; with one turned towards (bent) the right, blessed with sons; with one bent on the lower side, indigent; with one full of veins, begets few children ; with one with a thick knot, becomes happy; and with a soft one, dies of gonorrhoea and the like.

Sloka 8.—Men with the genital organ hidden in sheath-like skin become kings ; with a long and split one, devoid of wealth ; and with a straight and round one as well as with one having slender veins, wealthy.

mercredi 30 août 2017

Alain de Libera donne un coup de main


Diagramme astrologique tibétain

Au début fut la magie antique, puis la magie naturelle, les « sciences religieuses » (tib. rig gnas sct. vidyā-sthāna), la connaissance des influences des astres sur le cours de la vie sublunaire, et finalement la science se sépara de la religion. La religion, en revanche, a toujours eu du mal à se séparer de ses « sciences », notamment dans ses aspects plus ésotériques. Les sciences des religions sont en fait souvent des sciences antiques ou médiévales. Au lieu d’organiser des rencontres entre des bouddhistes et des scientifiques (Mind and Life), il faudrait organiser des rencontres entre bouddhistes et médiévistes. Ce serait sans doute passionnant.

L’ésotérisme (les mystères) héberge ou utilise souvent de nombreuses sciences anciennes, c’est-à-dire non encore séparées de la religion, ou de la Loi[1], le nom ancien de la religion. La « Loi » parle d’un univers encore envoûté, sous l’influence de forces surnaturelles, au-dessus de la Nature. Au-dessus du monde sublunaire se trouvent les astres/dieux.

Le Moyen-Âge connaît les sept arts libéraux[2] et leur oppose les arts mécaniques.
« Les sept arts mécaniques comprennent : la fabrication de la laine, l'armement, la navigation, l'agriculture, la chasse, la médecine et le théâtre. Parmi ceux-ci trois sont externes à la nature, puisqu'ils protègent celle-ci des préjudices, tandis que quatre sont internes, afin qu'elle se nourrisse, alimentée et entretenue » (Hugues de Saint-Victor) 
« Influencé par ses lectures des érudits arabes, le traducteur Dominique Gundissalvi définit les arts mécaniques comme étant de la géométrie appliquée. La notion est ensuite reprise au XIIIe siècle, dans une conception plus négative marquée par la théologie par Bonaventure, Robert Kilwardby ou encore Thomas d'Aquin. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Arts_m%C3%A9caniques)

Selon Alain de Libéra (Penser au Moyen Âge), l’astrologie, la science des astres, se trouve à la fois parmi les arts libéraux (« astronomie »)[3] et les arts mécaniques (« appliquées »), mais elle ne fait pas partie, tout comme les autres arts divinatoires, de l’enseignement universitaire. 
« Telles que le Moyen Age les a connues, l’astrologie, l’alchimie et la magie étaient un héritage de l’hermétisme populaire dont les écrits les plus anciens remontent au IIIème siècle avant notre ère. L’astrologie gréco-égyptienne avait un corpus très étendu qui allait jusqu’à la médecine et à la botanique - c’est ainsi que les iatromathematika couvertes du nom d’« Hermès Trismégiste » étaient un ensemble de recettes destinées à prédire l’issue d’une maladie selon l’état du ciel au moment où elle avait commencé. A l’époque gréco-romaine, tout particulièrement à l’époque romaine impériale, les techniques de divination théurgiques avaient inondé le marché de la croyance religieuse.
Sous le règne de Néron, la magie était couramment pratiquée. La « descente » du dieu sur terre, sa révélation directe ou indirecte étaient recherchées par tous les moyens, depuis le « dressage spirituel » - la concentration ou « ligature » des sens - jusqu’à l’usage de drogues et d’excitants nerveux (fumigations, narcotiques, boissons enivrantes, baumes appliqués sur les yeux). La lychomancie (apparition du dieu dans la flamme d’une lampe ou d’une torche), la lécanomancie (apparition du dieu dans l’eau d’un bassin), le recours aux médiums, la divination goétique (où le dieu n’apparaît pas, mais « anime un objet » en lui communiquant certains mouvements ou en changeant certaines de ses propriétés) composaient un arsenal où le mysticisme hellénistique alimentait son désir de « vision ». C’est à ces pratiques que renvoient, entre autres, les définitions médiévales de la pyromantia et de l’hydromantia
Dans le monde du XIIIème siècle, l’aspiration à « voir un dieu » dans un support quelconque n’était évidemment plus de mise, même si - on y reviendra - certains astrologues devaient par la suite alléguer une dimension selon eux incantatoire de l’eucharistie. Ce que l’on attendait de la divination était moins une mise en contact avec un principe divin qu’une révélation sur la conduite de l’existence, voire une action, une intervention, susceptible d’en détourner partiellement le cours. Le savoir, la science ici mobilisés n’avaient, c’est le moins que l’on puisse dire, rien d’aristotélicien. 
Originairement diffusés dans le cadre d’une philosophie subjuguée par les religions à mystères, entièrement pénétrés par le « sentiment de la misère humaine » et travaillés par le « désir d’évasion » - ce qui les rendait plus proches de l’Ane d’or que de l’Éthique à Nicomaque -, ils ne pouvaient, même substantiellement renouvelés, apparaître aux intellectuels du Moyen Age comme dotés d’un sens authentiquement philosophique, du moins si l’aristotélisme constituait la norme principale de la pensée et de l’action d’un « intellectuel ».
Il faut cependant reconnaître que nombre de médiévaux ont accordé le plus grand crédit sinon aux pratiques divinatoires de l’Antiquité tardive, du moins aux prétentions scientifiques de l’«astrologie libérale». C’est le cas, on l’a vu, de Roger Bacon, c’est évidemment aussi celui d’Albert le Grand, dont le nom a couvert et couvre encore de nos jours toute une série d’opuscules et de traités d’astrologie savante ou de magie populaire. Comment expliquer ce phénomène ? La raison en est simple. 
Telle que la conçoivent les philosophes du XIIIème siècle, la partie «judiciaire» de l’astronomie a un sens philosophique parce qu’elle est solidaire du reste de l’astronomie et parce qu’elle vient, en outre, donner un contenu précis à la théorie philosophique de l'influence qui organise la perception médiévale des rapports entre le monde sublunaire et le monde supralunaire. 
En tant que branche des mathématiques, la science astrologique est compatible avec la vision du cosmos transmise par le péripatétisme gréco-arabe. Le monde de l’astrologue «libéral » est le même que celui du philosophe : il s’agit du système des sphères célestes, des intelligences et des âmes motrices des cieux. popularisé en Occident par Avicenne et les commentaires d’Averroès sur le traité aristotélicien Du ciel, c’est-à- dire une version péripatéticienne de la théologie cosmique esquissée dans le livre A de la Métaphysique d’Aristote
Dans le système des intelligences, chaque sphère céleste, disposée concentriquement autour de la Terre, étant animée et régie par un moteur « pensant », la notion d’« influence » jouait un rôle épistémologique central. La vulgate philosophique du péripatétisme arabe, exposée dans le Livre des causes, faussement attribué à Aristote, donnait une représentation d’un monde parfaitement ordonné où la causalité des intelligences séparées, encore appelée «substances spirituelles», s’étendait à l’ensemble des phénomènes, depuis la Première Cause jusqu’au dernier ciel où était censée résider la dernière intelligence, le « trésor des formes », d’où s’écoulait comme d’une source la double série des formes corporelles et des formes intelligibles, ici pour illuminer les âmes, là pour organiser et structurer la matière. 
Dans un univers de procession universelle où les intelligences séparées apparaissaient comme les vecteurs de l’activité d’un Dieu unique et éternel - le Premier Agent -, l’idée d’une influence des astres sur la destinée humaine pouvait passer pour le complément naturel de la cosmologie, voire pour le remplissement scientifique de la théologie philosophique. » (Penser au Moyen äge, pp. 253-255)
« L’astrologie a initialement bénéficié de l’ignorance des maîtres ès arts. Son absence d’ancrage institutionnel a renforcé son statut hors de l’institution. L’université étant muette au départ, le discours astrologique s’est imposé en dehors d’elle, sans butée ni contre-pouvoir théoriques. Naturellement, ce n’est pas sur le terrain de l’astronomie scientifique que l’astrologie a trouvé les racines de son pouvoir et le principe de sa diffusion, mais sur celui qu’elle partageait avec la théologie philosophique, celui du rapport entre l’homme et le monde. On peut même dire qu'elle s’est développée en parasitant l'aristotélisme. »
« Le thème fondamental de l’astrologie étant l’idée d’une influence des astres, il faut lui donner une certaine représentation du monde pour qu’il trouve les conditions d’un fonctionnement théorique de plein exercice. C’est ce qu’ont fourni le Livre des causes et l’ensemble des écrits théologiques faussement attribués à Aristote. En s’emparant de la « théologie » d’Aristote, l’astrologie pouvait accaparer le reste d’un « système » qui n’avait, en réalité, jamais existé dans l’aristotélisme authentique et orchestrer ainsi un « aristotélisme total », mais fantôme, où la Physique, le traité Du ciel et les Météorologiques étaient absorbés dans un ensemble d'autant plus impressionnant qu’il était aux trois quarts inauthentique. 
C’est en rendant le monde lui-même apocryphe que l’astrologie a conquis son rang de science universelle. Lestée de théories sur la providence et le destin, qui n’étaient pas aristotéliciennes, mais néoplatoniciennes, et qui allaient d’ailleurs elles-mêmes être continuellement déformées, la pensée d’Aristote a ainsi offert à sa principale concurrente (l’astrologie) l'outil de sa propre subversion. Les professionnels de l’astrologie, les mages et les faiseurs d’horoscope, dont les princes (Frédéric II, Manfred) et les papes aimaient à s’entourer, ne prétendaient certes pas rivaliser théoriquement avec l’Aristote authentique. En l’absence de tout débat universitaire, ils exploitaient tranquillement leurs recettes et leurs techniques dans les cours et les palais. »

Dans les cours et les palais. Et pas uniquement en Occident. En Orient, on trouvait, pendant la même période, dans les cours et palais des mantrins (Inde) et des mandarins (Chine, dérivé du mot « mantrin »). La mondialisation n’est pas qu’une invention récente, des réseaux existaient (Routes de la soie, …), beaucoup plus lents, mais ils étaient bien là, et depuis longtemps. L’aristotélisme « augmenté » des arabes ne s’est pas uniquement diffusé vers l’ouest. On a parfois tendance en Occident d’imaginer le monde ancien et médiéval comme la Grèce, la Perse, l’Inde et la Chine, avec entre ces pays des kilomètres de steppes, de toundras et de prairies, où il ne se passait pas grand-chose. Ah oui, il y avait le Tibet aussi un peu plus tard, où le bouddhisme avait un AOC purement indien (post Concile de Lhasa). Les produits passaient directement de l’exportateur homologué indien aux importateurs homologués tibétains. Du pur produit indien provenant du Bouddha indien. Quelques fois, les produits devaient être stockés pendant quelque temps au Tibet pour être redécouverts plus tard. Le tout fourni avec certifications et traçabilité.

Un exemple récent de l’importance de l’influence des astres dans le bouddhisme tibétain, la première réponse de Sogyal Rinpoché sur son retrait de Rigpa pour cause de prédictions astrologiques.
« As I have mentioned to you before, according to astrological predictions, this year and the next two years are a period when obstacles can arise for my health and for my life in general. This was confirmed to me a number of years ago by Kyabjé Trulshik Rinpoche, and then again later by Orgyen Tobgyal Rinpoche. I have decided therefore to follow their advice and to enter into retreat as soon as possible. » Letter from rinpoche to the sangha

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[1] Introduction to the science of religion, Max Muller.

[2] Grammaire, dialectique, rhétorique, arithmétique, la musique, la géométrie, l’astronomie.

[3] De Libera explique que l’astrologie libérale était une branche de l’astronomie qui faisait partie des sciences mathématiques, p. 252

mercredi 21 août 2013

Organigramme de l'Univers-Dieu



Le maṇḍala du Kālacakra Tantra est triple. D’abord le mont axial entouré des quatre continents reposant sur les disques des quatre éléments. Au sommet du mont axial se trouve la palais céleste. A l’intérieur de celui-ci la divinité avec son entourage.

Dans le périmètre direct du maṇḍala de Kālacakra, se trouvent les planètes, l’étoile polaire (Dhruva), Canopus (Agastya T. ri byi = rṣī), les 28 maisons lunaires, les 12 signes du zodiaque, les 16 phases de la lune, les 10 protecteurs des (dix) directions[1], Nandi[2], Mahākāla (nag po chen po), le rākṣasa Ghaṇṭākarṇa (T. dril bu'i rna ba can), l’ogresse Hāriti (T. 'phrog ma), le tripède Bhṛiṅgī (T. nyam chung), ainsi que des assemblées de protecteurs de champs (T. zhing skyong  S. kṣetrapāla), de messagers (T. pho nya S. dūtī) et de siddhas (T. grub pa).

L’idée étant que tout ce qui constitue notre univers, et que nous voyons sous son aspect ordinaire, est en fait conduit par des agents, sous les ordres[3] de la divinité première, dans ce cas Kālacakra.

« Ainsi l’Univers est un vaste corps mu par une ame, gouverné et conduit par une intelligence, qui ont la même étendue et qui agissent dans toutes ses parties, c’est-à-dire, dans tout ce qui existe, puisqu’il n’existe rien hors l’Univers, qui est l’assemblage de toutes choses. Réciproquement, de même que la matière universelle se partage en une foule innombrable de corps particuliers sous des formes variées, de même la vie ou l’âme universelle, ainsi que l’intelligence se divisant dans les corps, y prennent un caractère de vie et d’intelligence particulière dans la multitude infinie de vases divers qui les reçoivent : telle la masse immense des eaux, connue sous le nom d’Océan, fournit par l’évaporation les diverses espèces d’eaux qui se distribuent dans les lacs, dans les fontaines, dans les rivières, dans les plantes, dans tous les végétaux et les animaux, où circulent les fluides sous des formes et avec des qualités particulières, pour rentrer ensuite dans le bassin des mers, où elles se confondent en une seule masse de qualité homogène. Voilà l’idée que les Anciens eurent de l’âme ou de la vie et de l’intelligence universelle, source de la vie et des intelligences distribuées dans tous les êtres particuliers, à qui elles se communiquent par des milliers de canaux. C’est de cette source féconde que sont sorties les intelligences innombrables placées dans le Ciel, dans le Soleil, dans la Lune, dans tous les Astres, dans les Éléments, dans la Terre, dans les Eaux, et généralement partout où la cause universelle semble avoir fixé le siège de quelque action particulière et quelqu’un des agents du grand travail de la Nature. Ainsi se composa la cour des dieux qui habitent l’Olympe, celles des Divinités de l’Air, de la Mer et de la Terre ; ainsi s’organisa le système général de l’administration du Monde, dont le soin fut confié à des intelligences de différents ordres et de dénominations différentes, soit dieux, soit génies, soit anges, soit esprits célestes, héros, ireds, azes, etc.

Rien ne s’exécuta plus dans le Monde que par des moyens physiques, par la seule force de la matière et par les lois du mouvement : tout dépendit de la volonté et des ordres d’agents intelligents. Le conseil des dieux régla le destin des hommes, et décida du sort de la Nature entière, soumise à leurs lois et dirigée par leur sagesse. C’est sous cette forme que se présente la théologie chez tous les peuples qui ont eu un culte régulier et des théogonies raisonnées. Le sauvage, encore aujourd’hui, place la vie partout où il voit du mouvement, et intelligence dans toutes les causes dont il ignore le mécanisme, c’est-à-dire, dans toute la Nature : de là l’opinion des Astres animés et conduits par des intelligences ; opinion répandue chez les Chaldéens, chez les Perses, chez les Grecs et chez les Juifs et les Chrétiens ; car ces derniers ont placé des anges dans chaque astre, chargés de conduire les corps célestes et de régler le mouvement des sphères. »

Dupuis Ch. 3 De l’Univers animé et intelligent.

Sa Sainteté le Dalai-Lama aurait déclaré il y a quelques années à Dharamsala, ne pas croire en l'astrologie. Cela ne l'empêche pas de donner et d'enseigner fréquemment l'initiation du Kālacakra Tantra. Il la donnera de nouveau à Leh, au mois de juin de l'année prochaine.

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[1] Brahma (T. tshangs pa), Viṣṇu (T. khyab 'jug), Nairṛiti (T. bden bral), Vāyu (T. rlung lha), Yama (T. gshin rje), Agni (T. me lha), Samudra (T. rgya mtsho), Śaṅkara (T. bde byed), Indra (T. dbang po) et Yakṣa (T. gnod sbyin)

[2] Nandi (T. dga' byed).

[3] A l'origine, les officiers de Śiva étaient appelés des « Mantras ». "On nomme ainsi ces âmes divines, car dans les rituels, elles sont invoquées sous la forme de formules sonores que l’on appelle justement des mantras". (Les stances sur la reconnaissance du seigneur avec leur glose, David Dubois)